Islam de France: le gouvernement face à ses promesses de réorganisation

Islam de France: le gouvernement face à ses promesses de réorganisation

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Bernard Cazeneuve entouré par le président et le vice-président du CFCM, Anourar Kbibech (à droite) et Abdallah Zekri, lundi au ministère de l'Intérieur.

Après Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a promis des mesures sur le financement du culte musulman, la formation des imams et le contrôle des mosquées.

Après les récentes déclarations dans la presse de Manuel Valls qui veut«reconstruire l’islam de France», c’est au tour de Bernard Cazeneuve de s’exprimer sur le sujet. Au sortir d’un entretien lundi matin avec Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman, le ministre de l’Intérieur a dressé l’inventaire des mesures aujourd’hui en cours pour établir des nouvelles relations avec la deuxième religion de France. Un point d’étape sans mesures nouvelles mais nécessaire au lendemain des attentats de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray.

Conformément au souhait du premier ministre, Bernard Cazeneuve a donc rappelé que la Fondation de l’islam de France, créée en 2005 par Dominique de Villepin, allait être relancée. Après des années de fonctionnement qui furent, selon le chef du gouvernement, un «échec total», cette structure va donc renaître de ses cendres. «Nous y travaillons depuis plusieurs mois», indique-t-on Place Beauvau. Une fois remise sur pied avant la fin de cette année, comme cela a été annoncé lundi, la fondation aura comme objectif de lever des financements pour soutenir des projets culturels ou éducatifs.

Adossée à elle, une association cultuelle devra, quant à elle, trouver les ressources financières en France pour bâtir de nouvelles mosquées et empêcher, comme le veut Manuel Valls, le recours à des fonds étrangers. «Dès octobre prochain, il y aura des annonces sur ces projets», indique Anouar Kbibech qui, de son côté, a rappelé la mise en place depuis mai dernier d’un conseil théologique, notamment destiné à l’élaboration d’un contre-discours face à la propagande djihadiste. «Nous allons très prochainement occuper la Toile et mettre en ligne des conférences religieuses. Les jeunes qui utilisent des mots-clés pour obtenir des réponses tomberont sur nos enregistrements et non plus seulement sur des visions dévoyées de la religion musulmane», explique le responsable du CFCM.

Lors de cet échange, ce lundi, la formation des imams, autre point crucial, a été abordée. Du point de vue de Bernard Cazeneuve, celle-ci figure d’ailleurs parmi les «questions qui doivent continuer d’être traitées et qui jusqu’à présent ne l’ont pas suffisamment été». «Il faut repenser complètement la formation des imams et des aumôniers», avait même récemment jugé Manuel Valls dans la presse.

Or, déjà, et comme l’a rappelé le responsable de Beauvau, un travail a été mené dans ce sens. «Treize diplômes universitaires dans treize universités, qui permettent de former des imams à la fois à la langue française et au respect des principes républicains», ont été développés. Le CFCM va, quant à lui, instaurer d’ici à la fin de l’année une certification des imams, une sorte de validation du cursus suivi. Mais, bien que nécessaire, ce dispositif pourra-t-il empêcher la multitude d’imams autoproclamés qui officient aujourd’hui en France et qui échappent à tout contrôle?

Reste alors la répression et le ministre de l’Intérieur l’a clairement évoquée dans son discours. En rappelant qu’une vingtaine de mosquées et de salles de prière avaient déjà été fermées, ce dernier a indiqué que d’autres lieux de culte allaient subir le même sort. «Il n’y a pas de place en France (…) pour ceux qui, dans des salles de prière ou dans des mosquées, appellent et provoquent à la haine, ne respectent pas un certain nombre de principes républicains, je pense notamment à l’égalité entre les femmes et les hommes», a-t-il affirmé en rappelant aussi que 80 arrêtés d’expulsion avaient été pris. Plusieurs dizaines de dossiers aujourd’hui en cours d’examen pourraient d’ailleurs aboutir à des mesures similaires.

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