Johan Cruyff est mort

Johan Cruyff est mort

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Johan Cruyff s’est éteint ce jeudi à Barcelone à l’âge de 68 ans, des suites d’un cancer du poumon. Rares sont ceux qui peuvent revendiquer une plus grande influence sur le football depuis sa création à la fin du XIXe siècle.

Johan Cruyff est mort ce jeudi à Barcelone des suites d’un cancer du poumon à l’âge de 68 ans, «entouré de ses amis et de ses proches». Joueur de génie, figure de proue du légendaire Ajax du tournant des années 1970, symbole du «football total» néerlandais de cette époque, entraîneur boulimique de titres, théoricien dont les préceptes s’appliquent aujourd’hui encore dans les plus grands clubs de la planète… Rares sont ceux qui peuvent revendiquer une plus grande influence sur le football depuis sa création à la fin du XIXe siècle.

Né le 25 avril 1947 à Amsterdam dans une famille modeste, Johan Cruyff a grandi à quelques pas du stade de l’Ajax, De Meer. Entré au club à l’âge de 10 ans, il fait déjà partie de l’équipe première quand, alors qu’il n’a que 17 ans, un certain Rinus Michels devient entraîneur, en 1965. Ensemble, les deux hommes vont révolutionner le foot. L’Ajax remporte six fois le Championnat, quatre fois la Coupe et surtout trois fois d’affilée la Coupe d’Europe des clubs champions.

Le prince d’Amsterdam

Johan Cruyff sous le maillot de l’Ajax (L’Equipe)

Le «Hollandais volant» marque autour de 30 buts chaque saison. Surtout, il est le chef d’orchestre de son équipe, celui qui positionne avec autorité ses coéquipiers, y compris ceux qui ont dix ans de plus que lui. Le gringalet à la crinière blonde et aux accélérations fulgurantes devient l’une des premières rock stars du sport. Les posters à son effigie décorent les murs de toute une génération de jeunes Européens.
Le continent découvre cette autre façon de jouer qui élève la passe au rang d’art, faite de mouvement et d’interchangeabilité des joueurs, l’antithèse même du rigide catenaccio italien dominant. En 1972, quand l’Ajax bat l’Inter en finale de la Coupe d’Europe (2-0) avec deux buts de Cruyff, la passation de pouvoir est achevée. La démonstration (4-0) face au grand Bayern Munich de Beckenbauer l’année suivante marquera elle aussi les esprits.
En Oranje, pas de titre mais une trace indélébile

Johan Cruyff, star des Oranje (L’EQUIPE/L’Equipe)

Ce n’est pas seulement l’Ajax que le numéro 14 et sa bande mettent sur la carte du foot mondial mais aussi les Pays-Bas, véritable nain du ballon rond dont la dernière participation à un Mondial remonte à 1938. Les Oranje ne décrochent aucun titre majeur sous le règne de Johan 1er, la faute à une défaite de légende en finale de la Coupe du Monde 1974 face à l’Allemagne de l’Ouest de Beckenbauer, encore lui, mais leur style de jeu au rythme effréné envoûte les téléspectateurs du monde entier.

Ce sera le seul Mondial de Cruyff, qui prend sa retraite internationale après avoir aidé son pays à se qualifier pour l’édition 1978, à seulement 31 ans. Pendant longtemps, la légende dira qu’il s’agissait d’un signe de protestation contre la junte militaire argentine. Le Néerlandais révèle finalement en 2008 que c’est une tentative de kidnapping à Barcelone qui l’a poussé à arrêter la sélection.

Barcelone, la seconde maison

Johan Cruyff et le Barça… (L’Equipe)

Retour en 1973. Le «Prince d’Amsterdam» est devenu le joueur le plus cher de l’histoire en rejoignant Rinus Michels au FC Barcelone. Il aidera le club catalan à décrocher, en 1974, son premier titre de champion depuis 1960, tout en devenant le premier joueur à être élu trois fois Ballon d’Or (1971, 1973, 1974). C’est au cours de son deuxième passage au Barça (de 1988 à 1996) en tant qu’entraîneur qu’il marquera à jamais le club de son empreinte.

A son arrivée, en regardant jouer l’équipe de jeunes, il repère un gamin chétif qui commande le milieu de terrain. Le jeune Josep Guardiola est lent et maigre ? Peu importe, il comprend mieux que les autres la notion d’espace, la base du jeu cruyffien. Quatre ans plus tard, sa Dream Team remporte la première Coupe des clubs champions du club avec «Pep» à la baguette.

Autoritaire, manipulateur, égocentrique, colérique… La personnalité conflictuelle de Cruyff, véritable moteur de toute sa carrière, explique l’emprise totale exercée partout où il passe. Au-delà des titres, il transforme les centres de formation de l’Ajax puis du Barça en véritables écoles de la passe et du mouvement.

L’immense héritage
A Amsterdam, cela accouchera de la génération dorée des De Boer, Van der Sar, Seedorf et autres Davids. L’impact de la Masia sera encore plus grand. En 2010, l’Espagne gagne la finale de la Coupe du Monde avec six joueurs formés au Barça titulaires tandis que les trois finalistes du Ballon d’Or (Xavi, Iniesta et Messi) cette année-là sont des enfants de Cruyff.

L’influence de Cruyff va bien au-delà des deux clubs qu’il a révolutionnés. L’AC Milan d’Arrigo Sacchi, l’Arsenal d’Arsène Wenger, l’Allemagne championne du monde de Joachim Löw, le Bayern de Guardiola, le PSG de Laurent Blanc… Son héritage est partout. Johan Cruyff a «inventé le football moderne» écrit le journaliste Simon Kuper, l’un des plus grands spécialistes du personnage. Il n’exagère aucunement.

 

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