La crise Thaïlande-Cambodge: derrière les armes, les fibres nationalistes

La crise Thaïlande-Cambodge: derrière les armes, les fibres nationalistes

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Aucune hypothèse indépendante n’émerge sur ce qui a déclenché les premiers coups de feu vendredi. Mais c’est bien le patriotisme exacerbé qui les a rendus possibles.
« Preah Vihear est la victime de l’ultra-nationalisme des deux parties de chaque côté de la frontière », résume ainsi Paul Chambers, de l’université allemande de Heidelberg.

 

Bangkok et Phnom Penh semblaient en phase d’apaisement en décembre, lorsque sept Thaïlandais, dont des militants nationalistes des « chemises jaunes », un des mouvements les plus puissants du pays ces dernières années, avaient été arrêtés par les autorités cambodgiennes en zone disputée. Deux d’entre eux avaient été condamnés à la prison ferme pour espionnage, tandis que les « jaunes » dénonçaient la faiblesse du Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, dans sa gestion de la crise.

Comme régulièrement depuis 2008 lorsque l’Unesco l’a inscrit au patrimoine mondial, les tensions se sont cristallisées autour de Preah Vihear, temple du XIe siècle attribuées au Cambodge en 1962 mais contesté par les Thaïlandais. Mais les analystes font peu de cas de ces ruines, privilégiant les enjeux de politique intérieure.
« Il n’y pas de surprise » dans ces combats de faible intensité, relève Mark Turner, expert du Cambodge à l’université de Canberra. « La fierté nationale et la propriété de l’héritage culturel sont essentielles pour les deux pays ».

Les enjeux sont pourtant différents de part et d’autres.

A Phnom Penh, Hun Sen est au pouvoir depuis 26 ans et a quasiment réduit au silence l’opposition. En 2008, lorsqu’avait éclaté la première crise bilatérale récente, il avait été accusé par ses détracteurs de l’exploiter en vue des élections législatives. Il utilise de fait régulièrement la fibre nationaliste, ne serait-ce que contre son principal adversaire politique, Sam Rainsy, exilé en France et condamné deux fois dans des affaires liées aux frontières avec le Vietnam.

A Preah Vihear, « Hun Sen se prête délibérément au jeu pour revitaliser le sentiment nationaliste et revigorer le soutien à son endroit », estime William Case, directeur du Centre de recherche pour l’Asie du Sud-Est à Hong Kong. « Avec son langage et ses actes provocateurs, c’est quelqu’un dont il faut se méfier. Mais je ne pense pas que cela va échapper à tout contrôle ».

A Bangkok, en revanche, Abhisit est dans une position plus instable. Il doit en théorie organiser des élections compliquées dans l’année qui vient, et fait l’objet d’attaques frontales des « jaunes », considérés comme ses alliés lorsqu’il est arrivé au pouvoir fin 2008. La crise actuelle « est quelque chose que le pouvoir aimerait éviter. Le nationalisme, côté thaïlandais, ne vient pas tant du gouvernement que d’une ferveur des masses à laquelle il doit répondre », estime William Case.

Du coup, cette friction bilatérale -comme les précédentes depuis 2008 – a toutes les chances de rester limitée.
« L’armée et le gouvernement thaïlandais préfèreraient que le dossier ne parvienne pas à ébullition, tous deux ont d’autres façons de parler avec Phnom Penh », convient Michael Montesano, de l’Institut des études sur l’Asie du Sud-Est de Singapour.

Derrière les coups de feu, armées et gouvernements se parlent tous les jours. La sortie de crise « passera par des négociations bilatérales, avec la possibilité d’escarmouches supplémentaires », estime Mark Turner. « Il est difficile d’envisager une aggravation du conflit armé ».
AFP

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