La diplomatie européenne cherche encore sa voie

La diplomatie européenne cherche encore sa voie

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Prévu par le traité de Lisbonne, le Service européen d’action extérieure (SEAE), devrait compter à terme 3.700 diplomates et fonctionnaires.

 

Hybride, il présente l’originalité de puiser à la fois dans le sérail des ministères nationaux des Etats de l’UE et dans les institutions européennes (Commission et Conseil), pour le quartier général à Bruxelles ainsi que pour les nouvelles ambassades de l’UE à l’étranger. Objectif: faire émerger une nouvelle culture européenne. Et développer une politique étrangère qui n’ait pas de commune que le nom, permettant à l’Europe de parler d’une seule voix alors que sur les sujets importants comme le Proche-Orient ou les relations avec la Russie et la Chine, les 27 sont loin d’être au diapason.

Le défi reste énorme à relever, tant les capitales sont jalouses de leurs prérogatives dans ce domaine pour l’essentiel réservé.

« Si la création du Service européen d’action extérieure devrait permettre une meilleure imbrication des logiques communautaires et intergouvernementales dans la politique extérieure européenne, le risque d’incohérence entre les institutions et d’un manque de coordination avec les diplomaties nationales n’en demeure pas moins élevé », estiment le professeur de droit européen Christophe Hillion et le diplomate Maxime Lefebvre dans une récente publication de la Fondation Schumann.

Les premières nominations d’ambassadeurs européens ont fait plus de mécontents que d’heureux, notamment chez les « petits » Etats, qui redoutent que les « Grands » maintiennent leur mainmise sur la diplomatie européenne et ne jouent pas le jeu du SEAE.

Ces derniers se sont en effet octroyé des positions stratégiques dans le futur service.
Le Royaume-Uni est bien servi puisqu’il est le pays d’origine de la haute représentante aux Affaires étrangères, Catherine Ashton.

La France a obtenu la nomination de l’un des siens au poste clé de secrétaire général du corps diplomatique. Il s’agit de Pierre Vimont, ancien représentant permanent à Bruxelles et ambassadeur de France à Washington.

Une Allemande, Helga Schmid, et un Polonais, Maciej Popowski, le seconderont.
Mme Ashton va pouvoir s’appuyer sur cet outil novateur pour aller de l’avant après une première année au bilan jugé, en privé, modeste par de nombreux diplomates à Bruxelles.

« Jusqu’ici, ses seuls succès sont l’instauration d’un dialogue entre Pristina et Belgrade et le coup de pouce donné aux importations pakistanaises vers l’UE », dit l’eurodéputée allemande Franziska Brantner. « Ce sont des dossiers qui intéressent beaucoup le Foreign Office », ajoute-t-elle perfidement.

Après des débuts difficiles qui l’avaient vu essuyer des critiques très vives pour ne pas s’être rendue rapidement à Haïti après le séisme en début d’année, Mme Ashton peut aussi se féliciter du retour des Iraniens à la table des négociations sur le nucléaire.

Mais sur le Proche-Orient rien n’a changé, « ce sont les Américains qui sont clairement à la commande », dit un diplomate européen. La France l’a critiquée ouvertement sur cette question.

A sa décharge, Mme Ashton cumule en fait deux grandes fonctions: chef de la diplomatie de l’UE et vice-présidente de la Commission européenne. Son poste « est bien plus difficile que celui occupé par le président de l’UE, Hermann Van Rompuy », estime Hugo Brady, un expert du think-tank londonien, Centre for European reform.

AFP

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