La filière des Champignons Comestibles, un secteur prometteur

La filière des Champignons Comestibles, un secteur prometteur

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Par Abdelhafid Ben Bouchta

Des scientifiques marocains, membres de l’Association Marocaine pour la Protection des Terfass et des autres Champignons Comestibles (TerFass), qui eux, s’ingénient à travers la recherche sur les Champignons Ectomycorhiziens Comestibles (CEC) pour trouver les moyens de domestiquer certaines espèces, tout en se penchant sur l’étude des effets des conditions climatiques sur la production, confirment ce constat.

« Les populations rurales qui s’adonnent à la cueillette de ces champignons pour subvenir à leurs besoins ne fournissent aucune information sur les quantités collectées et les prix de vente. Dans cette filière, il y a différents intervenants, dont les intermédiaires, les distributeurs et les grossistes qui exportent ces champignons vers l’Europe et le Moyen Orient », a indiqué l’un des membres de l’association « TerFass », en marge du 6ème Workshop international sur les CEC, organisé à Rabat du 6 au 10 avril.

Au Maroc, le mot commun « Terfass » désigne plusieurs espèces appartenant au genre Tuber, Terfesia, Tirmania, Picoa et Delastria. Ces diverses espèces sont distinctes les unes des autres par la zone de récolte, la taille, la couleur ou l’hôte auquel elles sont associées.

On peut parler ainsi de « Terfass rouge de Tafilalet », « Terfass blanc de Tafilalet », « Terfass rose de la Maamora » ou « Terfass lisse ».

Toutes les terfass ne sont pas ou très peu consommées par les Marocains, elles sont surtout vendues aux touristes étrangers ou exportées sans contrôle particulier localement. Les prix oscillent entre 100 et 120 Dh le kilogramme.

+VERS LA DOMESTICATION D’ESPECES A VALEUR AJOUTEE

L’association « TerFass » qui déplore la surexploitation de cette richesse naturelle, souligne que « la recherche scientifique au Maroc sur les CEC a pour but de domestiquer d’autres espèces de champignons et de lancer des campagnes de sensibilisation auprès des cueilleurs pour les inciter à faire usage des bonnes pratiques de la cueillette de ces espèces sauvages. On connaît peu de choses sur ce qui existe en tant qu’espèces et sur l’écologie et la biologie des espèces déjà connues… Ce qui reste à faire c’est de concentrer la recherche sur les effets des conditions climatiques sur la production, volet qu’on ignore encore à défaut de données ».

Les mycorhizes sont le résultat de l’association symbiotique entre des champignons (myco) et les racines (rhiza) des plantes. Leur découverte est assez récente puisqu’il a fallu attendre la fin du 19ème siècle pour leur mise en évidence en Allemagne puis dans le monde entier. Pourtant, il semble que les mycorhizes aient contribué à l’apparition des plantes terrestres il y a 46 millions d’années! La grande majorité des plantes terrestres vivent en symbiose mycorhizienne.

Dans la symbiose (association à bénéfice réciproque), le champignon joue un rôle prépondérant dans la nutrition hydrique et minérale de la plante tandis que celle-ci cède une partie de ses sucres photosynthétiques au champignon.

Moussain Daniel, chercheur à l’Institut National de Recherche Agronomique (INRA), à Montpellier, relève, quant à lui, qu’au cours de ce workshop, les participants ont « déterminé des champignons qui pouvaient avoir un intérêt en association avec les pins, un intérêt non seulement pour la stimulation de leur croissance au départ mais en même temps pour la production des champignons comestibles parfois méconnus et caractéristiques de la région méditerranéenne ».

Il s’agit bien du champignon connu sous le nom de « lactaire sanguin », le seul de la région méditerranéenne.

M. Moussain est optimiste quant à la domestication au Maroc d’une espèce qui se cultive mieux et qui est inféodée aussi bien au sol calcaire qu’acide, mais qui est plutôt de l’hémisphère nord.

Il s’agit cette fois-ci du « lactaire délicieux » qui a une ère de répartition beaucoup plus grande qui s’étend jusqu’en Suède.

Ces deux champignons, qui se vendent à 20 euros le kilo dans le sud de la France, concourent à valoriser le peuplement forestier.

« Ce que nous faisons dans le sud de la France est tout à fait applicable au Maroc et au Maghreb en général. Au Maroc il y a des sols calcaire et une pluviométrie abondante, des sols acides et des plantations de pinèdes du Littoral (Larache, Tanger) qui sont tout à fait susceptibles de bénéficier de l’expérimentation de ce type de champignons », a affirmé M. Moussain.

+LE MAROC CINQUIEME PRODUCTEUR MONDIAL DE LA TRUFFE NOIRE

L’idée de produire la truffe noire du Périgord, ne se trouvant qu’en Europe, revient au Marocain Abdelaziz Laqbaqbi (chirurgien orthopédiste), qui avec l’appui notamment de l’INRA de Clermont-Ferrand, installa en l’an 2000 la première plantation truffière (4 hectares) dans la région d’Oujda.

Encouragé par les premières récoltes dont la qualité est aussi bonne que celles des truffes récoltées en Europe, il a lancé une deuxième plantation de 12 hectares à Immouzer du Kandar (Moyen Atlas). Un hectare pourrait produire entre 30 et 100 kg.

M. Laqbaqbi qui affirme que le Maroc est le cinquième producteur mondial de la truffe noire, souligne que l’étude sur cette espèce, appelée communément diamant noir, sera complétée par d’autres études portant sur la recherche d’autres espèces naturelles du Maroc, notamment la truffe de Bourgogne native dans le Moyen Atlas sous cèdre et d’autres espèces de truffes du désert.

Le programme scientifique sur les truffes au Maroc n’a donc pas pour unique objectif la production de truffes mais aussi la modélisation de la trufficulture marocaine, qui pourrait s’intégrer parfaitement dans le projet « Maroc Vert », a-t-il dit.

La promotion de la filière des CEC, avec l’appui notamment du secteur privé, est à même de contribuer à la protection de l’écosystème, à la limitation de l’exode rural en particulier et au développement humain en général.

Organisé par l’association « TerFass », en collaboration avec l’Université Mohammed V et la faculté des sciences de Rabat, le 6ème workshop international sur les CEC a connu la participation d’une pléiade d’éminents chercheurs et d’organes de recherche de renom venus des quatre coins du monde qui sanctionneront leurs travaux par des recommandations scientifiques et pratiques.

Ce genre de congrès permet non seulement de dresser un état des lieux, de faire la mise au point sur des sujets pertinents, mais aussi d’assister les étudiants pour donner plus de visibilité à leurs perspectives et à les orienter quant à leurs investigations.

Le directeur du centre de recherche sur les truffes de Finlande et professeur universitaire, Salem Shamekh, qui qualifie de « très importante » la 6ème rencontre sur les CEC puisqu’elle a pu « réunir le summum de la société de la science et de la connaissance » en la matière, se dit prêt à accueillir des étudiants et des ingénieurs marocains dans son centre pour tirer profit des expériences de cette institution.

L’association « TerFass » s’assigne pour objectifs le développement du secteur des terfass et des autres champignons comestibles par la création de coopératives locales pour organiser la récolte, la transformation et la commercialisation.

Elle ambitionne aussi de constituer une force de proposition pour l’élaboration d’un arsenal juridique national approprié pour la sauvegarde de ces espèces et leur biotope.

Parmi ses objectifs figurent le développement de la recherche, la consolidation de la réputation aux niveaux national et international du Terfass et les autres champignons comestibles.

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