La « mosquée de Ground Zero » divise New York et les...

La « mosquée de Ground Zero » divise New York et les Etats-Unis

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Le bâtiment, baptisé par les médias américains « la mosquée de Ground Zero », a été conçu à l’image des YMCA -Young Men’s Christian Association-, centres culturels chrétiens très populaires aux Etats-Unis. Le projet prévoit ainsi un auditorium de 500 places, des salles de réunion, une piscine, une librairie, des galeries d’art, un magasin alimentaire et une salle de prière.

Pas de minaret, pas vraiment une mosquée, mais le centre reste un projet étiqueté comme tel par les médias américains et soulève l’indignation des conservateurs. L’imam Feisal Abdul Rauf, connu pour ses positions modérées, est à l’origine de l’initiative qu’il défend face aux attaques :

« On l’a dit à plusieurs reprises, nous ne sommes pas une mosquée et nous ne nous trouvons pas sur le site de Ground Zero, mais ils répondent en criant “ la mosquée de Ground Zero ”, “ la mosquée de Ground Zero ”. »

Une majorité d’américains opposée

Les conservateurs et les membres du mouvement Tea Party opposé à Barack Obama figurent parmi les opposants les plus virulents au projet. Newt Gingrich, ancien président républicain de la Chambre des représentants, dénonce ainsi « une prise de position politique ». Il explique :

« Le World Trade Center représente la plus grande perte de vies américaines sur notre territoire depuis la guerre de Sécession. Et nous ne l’avons pas rebâti. […] Et dans ce contexte, on nous dit “pourquoi ne pas avoir une mosquée et un centre communautaire de treize étages ? ”. […] Il ne s’agit pas de religion, et c’est clairement une action agressive qui est choquante. »

C’est ce que pensent aussi des familles de victimes des attentats qui demandent que le centre soit construit à un autre endroit, affirmant que sa construction profanerait ce qui s’apparente à un cimetière. Sensible à ces critiques, une majorité d’Américains serait, selon un sondage récent, opposée à la construction de la « mosquée de Ground Zero ».
« La construction de cette mosquée approfondira les divisions »

Plus surprenant, dans une lettre adressée au Washington Post, une lectrice musulmane déclare :

« [Nos objections] ont à faire avec une empathie fondamentale envers ceux qui ont perdu de la famille dans un acte de violence terrible perpétré au nom de l’islam. […] Loin de promouvoir la tolérance et l’entente, la construction de cette mosquée approfondira les divisions. »

Tout aussi opposée, la Ligue antidiffamation, un groupe pro-israélien, qui considère le projet comme offensant pour les familles des victimes, même si d’autres voix au sein de la communauté juive ont apporté leur soutien à la construction du centre musulman.

En réponse à cette prise de position, Fareed Zakaria, présentateur à CNN et journaliste à Newsweek, distingué par la Ligue pour son travail, a décidé de rendre son prix à l’organisation. Il condamne la Ligue et l’appelle à changer de position avant que cette décision n’entache sa réputation pour plusieurs années.

Dans une tribune pour Newsweek, il défend l’imam Feisal Abdul Rauf :

« Sa vision de l’islam est le cauchemar de Ben Laden. »

Une bataille loin d’être gagnée

Au nombre des défenseurs du projet, dans un récent discours prononcé face à la statue de la Liberté, Michael Bloomberg invoquait la liberté et l’égalité cultuelle :

« Quoi que vous pensiez du projet de mosquée et de centre communautaire, une question fondamentale est occultée dans la ferveur de ce débat : le gouvernement devrait-il tenter de refuser à de simples citoyens le droit de construire un lieu de culte […] ?

Cela se produit probablement dans d’autres pays, mais nous ne devrions jamais l’accepter ici. Cette nation a été fondée sur le principe selon lequel le gouvernement ne doit jamais choisir entre les religions, ou en favoriser une aux dépens d’une autre. […]

Nous trahirions nos valeurs -et jouerions le jeu de nos ennemis- si nous traitions les musulmans différemment des autres. »

La bataille est loin d’être gagnée pour les porteurs de ce projet, en dépit du soutien du maire et du conseil municipal de New York.

Les associations font déjà appel, et des campagnes médiatiques sont lancées, notamment avec une campagne d’affiches sur les bus new yorkais, afin de contrer ce qui semble perçu comme une véritable provocation. La bataille de Ground Zero n’est pas terminée.

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