Maison A la une La maison blanche veut durcir les règles d’immigration

La maison blanche veut durcir les règles d’immigration

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Après l’attentat de New York, le président veut remplacer le programme de diversité par un système au mérite.

Donald Trump tient le coupable de l’attaque au camion-bélier qui a coûté la vie à huit personnes et en a blessé treize autres mardi. Au-delà du «très malade et dérangé» Sayfullo Saipov, 29 ans, qui a délibérément lancé son pick-up sur une piste cyclable de Manhattan, c’est le système d’immigration laxiste mis en place par ses prédécesseurs qui est montré du doigt.

Originaire d’Ouzbékistan, chauffeur de taxi Uber ayant vécu en Floride et dans le New Jersey, marié et père de trois enfants, Saipov avait immigré légalement aux États-Unis en 2010 grâce à une «loterie» mise en place vingt ans plus tôt. Le programme dit des «Visas diversité» permet au département d’État de distribuer chaque année 50.000 titres de séjour dans des pays à faible taux d’émigration vers les États-Unis. En bénéficient principalement des nations africaines ou d’Asie centrale. On ne compte que quelques dizaines de milliers d’Ouzbeks sur le territoire américain.

Ce programme va certainement faire les frais de la première attaque terroriste à caractère islamiste perpétrée sous la présidence de Donald Trump – la plus meurtrière depuis le 11 septembre 2001 dans sa ville. Après avoir ordonné par tweet à la Sécurité intérieure de «renforcer le contrôle déjà extrême» des demandes de visa, le chef de la Maison-Blanche a blâmé mercredi «la loterie des démocrates» qu’il veut remplacer par «un système basé sur le mérite». Il a soutenu fin août une proposition de loi en ce sens déposée au Sénat par les républicains Tom Cotton (Arkansas) et David Perdue (Georgie). Le «Raise Act» conditionnerait l’octroi de permis de résidence au niveau d’éducation, à la pratique de l’anglais et à des compétences professionnelles «dont le pays a besoin».

Début octobre, lorsque l’Américain Stephen Paddock avait tué 58 personnes et blessé plus de 500 spectateurs d’un concert à Las Vegas, le président et les élus conservateurs avaient refusé de «politiser la tragédie» en débattant de la possession d’armes à feu ou de la qualification d’acte terroriste. Mardi, moins de trois heures après les faits, Trump a tweeté: «Nous ne devons pas laisser entrer l’EI (…) Assez!» Saipov aurait laissé une note dans le véhicule proclamant son allégeance à l’État islamique.

Pour les experts de l’antiterrorisme, l’attaque de New York ne peut être qu’un prétexte au durcissement des règles d’immigration.

Le président a repris l’accusation lancée par la droite radicale contre le sénateur de New York, Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate, l’un des initiateurs de la loterie des visas – «encore une de ses perles», a-t-il tweeté. «Schumer contribue à importer les problèmes de l’Europe. Nous allons mettre fin à cette folie.» Le site de Steve Bannon, Breitbart News, a décrit Saipov comme «le vainqueur d’un visa Schumer». La loi avait été adoptée par une majorité bipartisane en 1990 et signée par le républicain George H. W. Bush père.

Pour les experts de l’antiterrorisme, l’attaque de New York ne peut être qu’un prétexte au durcissement des règles d’immigration. «Il est probable que Sayfullo Saipov n’est pas arrivé dans ce pays comme un extrémiste violent, estime Matthew Levitt du Washington Institute. Si les précédents sont une indication, il y a de fortes chances qu’il se soit radicalisé ici. Empêcher certains individus d’entrer aux États-Unis ne réglera pas ce problème.» L’Ouzbek n’avait pas de casier judiciaire, ne possédait pas d’armes (il a brandi des jouets en sortant de son camion), était décrit comme «amical» par ceux qui l’ont côtoyé et l’Ouzbékistan n’est pas sur la liste des pays dans le collimateur de Trump.

«Arrêtez de politiser cet attentat, faites quelque chose de concret !», s’est emporté Chuck Schumer au Sénat, pressant Trump d’annuler les coupes budgétaires prévues dans la lutte antiterroriste. Le maire de New York, Bill de Blasio, a aussi estimé que la réponse du président était «le contraire de ce qu’il faut faire: vérifier les individus, mais ne pas calomnier des races, des religions ou des nations entières».

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