La palmeraie de Marrakech face aux aléas du temps et à l’impératif...

La palmeraie de Marrakech face aux aléas du temps et à l’impératif de sa préservation

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Par Samir Lotfy.

Longtemps considérée comme une étendue agricole, la palmeraie de Marrakech qui aurait été créée spontanément vers le XI siècle, suite à l’arrivée des Almoravides en provenance du Sud, montre un état de dégradation avancée dans certaines parties, en raison également de la défaillance des systèmes de mobilisation des eaux d’irrigation et des mutilations anthropiques subies par le palmier.

Etalée sur une superficie de plus de 1.200 ha avec quelque 100.000 touffes de palmiers, la palmeraie de Marrakech (classée dès 1929 par Dahir Royal), constitue l’un des aspects fondamentaux de l’identité de la cité ocre et l’un des plus beaux oasis à l’échelle nationale.

Ce joyau de la nature présente plusieurs spécificités et se distingue par rapport aux autres palmeraies par la grande hétérogénéité de ses palmiers et la diversité de sa faune et de sa flore, a expliqué à la MAP, Melle Nawal Bousder, chef de service du partenariat pour la conservation et le développement des ressources naturelles à la direction régionale des eaux et forêts de Marrakech.

L’importance écologique de ce site s’est traduite aussi par la promulgation d’une série de textes juridiques destinés à protéger la palmeraie et à réprimer les délits d’arrachage des palmiers et d’incendie, a-t-elle ajouté, faisant également état des efforts inlassables déployés par nombreux intervenants pour la préservation de la palmeraie à travers notamment, la définition de zones urbanisables et celles à maintenir dans l’état naturel.

Pour nombreux spécialistes, les dégradations que subissent certaines zones de la palmeraie sont dues à l’abandon des activités agricoles en raison, de la sécheresse et de l’absence d’un système d’irrigation approprié, notamment avec l’endommagement des « khattarats ».

Ils pointent également du doigt, le développement de certaines activités artisanales liées à la coupe sauvage des palmes, l’exploitation abusive des coeurs du palmier, la présence sur le site de plusieurs noyaux d’habitat insalubre, le rejet des eaux usées, la pratique des activités agricoles dans des conditions non hygiéniques, le rejet de gravats et la provocation d’incendies.

La Fondation Mohammed VI pour la protection de l’Environnement au chevet de la palmeraie

Pour mettre fin à cette situation et permettre à la Palmeraie de Marrakech de retrouver son rayonnement, un programme très ambitieux a été lancé le 19 mars 2007 par la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’Environnement, en partenariat avec plusieurs acteurs dont, la wilaya de Marrakech et le Conseil communal de la ville.

Ce programme prévoit la plantation de 430.000 palmiers sur une période de 6 ans, l’entretien des palmiers existants et la reconstitution des zones touchées, a rappelé Mlle Bousder.

Il ambitionne aussi de revaloriser les aspects paysagers, touristiques et économiques de cet espace en renforçant la densité des palmiers par des plantations, la réhabilitation des écosystèmes et l’amélioration de l’état de végétation des palmiers.

Quelque 375.228 palmiers ont été plantés et 105.000 entretenus entre 2008 et 2010.

Ces actions sont accompagnées de programmes de sensibilisation et d’éducation à l’environnement, tourné autour des problématiques des Oasis et des Palmeraies, notamment les modules « Eco Ecoles » pour les enfants et « Clef Verte » pour le secteur hôtelier.

Elles portent aussi sur la réalisation d’un Ecomusée International des Oasis qui aura pour mission de récolter, conserver et témoigner de l’activité et de la vie des hommes qui ont bâti en plusieurs siècles, la culture oasienne, véritable terroir de gestion technique et sociale des ressources hydriques.

Outre une pépinière créée en 2003 par la municipalité de Marrakech sur une superficie de 15 ha, avec une capacité de production annuelle moyenne de 80.000 plants de différentes tailles, d’autres efforts ont été déployés pour le repeuplement de la palmeraie.

Un intérêt particulier a été accordé également à l’amélioration de l’état de la végétation des palmiers, via l’entretien des arbres et leur arrosage de façon continue, afin de compenser le déficit hydrique constaté dans les parties non irriguées de la palmeraie et le travail du sol de manière à permettre au palmier de tirer profit de l’eau d’arrosage et des précipitations.

Une batterie de mesures d’accompagnement a été prise, entre autres, la mise en place d’une police administrative pour lutter contre les délits et veiller à la bonne application de la réglementation en vigueur, la maîtrise de l’urbanisation de ce site et l’encadrement des différentes opérations de plantation et d’irrigation du palmier, par des techniciens spécialisés.

La création d’une station d’épuration des eaux usées contribuera également à une meilleure protection de l’environnement notamment à travers, la dépollution d’une grande zone de la palmeraie située entre les routes de Casablanca et de Safi, et l’irrigation de cette zone et d’autres sites conformément aux normes sanitaires en vigueur.

La société civile mise à contribution

Pour accompagner cet élan de mobilisation en faveur de la palmeraie de Marrakech, plusieurs associations ont vu le jour, notamment l’association de sauvegarde de la palmeraie créée en décembre 2006, sous l’appellation « Observatoire de la Palmeraie de Marrakech: OPM ».

Considérée comme un partenaire des pouvoirs publics, cette association apporte son soutien à la pépinière par le financement d’un broyeur de déchets végétaux et mène des actions sociales à travers la création d’activités génératrices de revenus en faveur des femmes des douars de la palmeraie, principalement les douars de Tamsna et Abiad.

Cette mobilisation s’est traduite aussi par la signature le 29 décembre 2007, d’une charte de citoyenneté entre l’association des promoteurs immobiliers, le Conseil de la ville et l’OPM, portant sur la protection de la palmeraie contre les rejets résultant de l’activité du secteur du bâtiment.

Le conseil communal de Marrakech apporte également sa contribution à travers un programme de plantations de palmiers sur une superficie globale de 80 ha, avec le concours de la Direction générale des collectivités locales (DGCL) et la Promotion nationale.

Conçue comme ville modèle en matière d’aménagement et de respect de l’environnement, la ville de Tamansourt sera dotée de plus de 200 Ha d’espaces verts et de boisement. Quelque 14.000 palmiers ont été plantés, outre 31.000 plants de palmiers.

Parallèlement, des partenariats entre plusieurs acteurs dont, des établissements hôteliers ne cessent de voir le jour avec comme objectif principal d’encourager la plantation de palmiers et l’entretien de ceux déjà existants.

 

 

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