La patrimonialisation de la mémoire au Maroc, un « acte fondamental dans le...

La patrimonialisation de la mémoire au Maroc, un « acte fondamental dans le processus de démocratisation » (séminaire)

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Intervenant lors d’une conférence inaugurale à un séminaire sur  »La gestion de la mémoire marocaine », tenu récemment au centre de recherches économiques (CIDE) de Mexico, la paneliste a entamé sa présentation par des éclaircissements sur les concepts de  »mémoire collective » (en opposition à celui d »’histoire officielle »), de  »réconciliation », de  »pardon et d’oubli ».

Rojo a ensuite indiqué que la gestion de la mémoire au Maroc revêt une dimension interne et une autre internationale, avec des implications politiques et sociales évidentes.

S’agissant de la dimension interne dans l’approche mémorielle au Maroc, la conférencière a rappelé la création de plusieurs ONG de défense des droits de l’Homme et organismes officiels, dont l’Instance Equité et Réconciliation (IER), qui a développé une  »méthodologie de référence » en matière d’indemnisation des victimes  »des années de plomb ».

L’IER a aussi lutté pour les droits des victimes, pour  »leur intégration pour leur suivi médical et pour la préservation de leur mémoire », a poursuivi Rojo, dont le travail sur la mémoire au Maroc a été menée en collaboration avec le sociologue marocain Abdelfattah Ezzine, chef du département des sciences humaines à l’Ecole nationale d’architecture de Rabat.

Outre le volet politico-social traité via les ONG et les instances officielles, les manifestations de la mémoire au Maroc ont prospecté d’autres formes d’expression littéraire et cinématographique, avec l’objectif déclaré de reconstruire des  »lieux de mémoire commune ».

La mise en place de musées de la mémoire, tels ceux d’Agdez ou du Rif, est inscrite dans le programme de  »réparation communautaire », afin de préserver la mémoire collective et éviter que les actes de répression se reproduisent à l’avenir, a noté l’oratrice.

Abordant la dimension internationale de la reconstruction de la mémoire, la panéliste a pointé du doigt le cas des descendants morisques vivant dans les villes de Tétouan, Fès, Rabat et Salé, dont les discours mémoriels renvoient tantôt à une Andalousie poétique et  »idyllique », tantôt à un conflit politico-social qui pèse de tout son poids sur les relations entre les deux bords de Gibraltar.

Et d’expliquer que ces descendants de morisques exigent que le Roi d’Espagne demande  »pardon » aux musulmans, comme il l’avait fait en 1992 avec les juifs, pour leur expulsion d’Espagne à partir du 15ème siècle.

Toutefois, à ce  »devoir de mémoire » que des Marocains et certains secteurs en Espagne appellent de leur voeu, des organisations politiques et sociales en Espagne y opposent un devoir d’oubli, estimant qu’il serait impossible de vivre avec  »les blessures du passé ».

A ce propos, Rojo note l’émergence dans le milieu intellectuel marocain de nouvelles voix qui  »revisitent » la question morisque pour  »démystifier l’histoire commune entre l’Espagne et le Maroc ».

Comprendre tous les  »labyrinthes de la mémoire » au Maroc nécessite, enfin, l’examen des  »résidus mnémotechniques » des protectorats espagnol et français, qui provoquent encore des difficultés dans les relations, notamment avec l’Espagne, note Rojo.

Il s’agit, en particulier, de travaux académiques réalisés par de jeunes chercheurs marocains sur la participation des soldats marocains dans la guerre civile espagnole, ou encore de documentaires sur l’utilisation de gaz toxiques par l’armée espagnole pendant la guerre du Rif.

Des participants à ce séminaire ont, notamment, relevé les  »similitudes » du cas maroco-andalou avec la  »nostalgie mémorielle » par rapport au passé préhispanique au Mexique.

D’autres ont suggéré à la panéliste de mener une approche comparative avec des expériences en Amérique Latine, notamment en Argentine, afin de mettre en perspective la gestion des  »mémoires » dans le temps et dans l’espace.

Le CIDE, qui a abrité le séminaire, est l’un des centres de recherches en sciences sociales les plus en vue au Mexique. Ses chercheurs contribuent à l’animation des débats publics sur les questions d’actualité et sur les politiques de l’Etat dans les secteurs de l’économie, l’éducation et la culture.

 

 

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