La petite entreprise très profitable du clan Trabelsi

La petite entreprise très profitable du clan Trabelsi

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Si le nom des Trabelsi a été aussi violemment conspué, c’est parce que la Tunisie fut longtemps la petite et très juteuse entreprise du clan de Leïla Trabelsi, seconde épouse du président Ben Ali. Une entreprise tentaculaire qui a phagocyté la banque, l’hôtellerie, l’immobilier, les transports, les douanes, les médias… L’irrésistible ascension de cette «quasi-mafia», selon les termes employés par des diplomates américains cités tout récemment par WikiLeaks, débute en 1992. Leïla, ex-coiffeuse, convole en justes noces avec Zine el-Abidine Ben Ali. La première dame traîne derrière elle une famille nombreuse et vorace qui va aussitôt engager une véritable guerre avec Habib Ben Ali, dit Moncef, jusque-là frère tout-puissant du président. Moncef finira par tomber en disgrâce tout comme les autres clans concurrents qui tenaient jusqu’ici le haut du pavé à Tunis : celui de Kamel Eltayef, ancien conseiller occulte de Ben Ali, ou celui de Slim Chiboub, mari de Ghazoua, l’une des filles de l’ancien président et de sa première femme, Naïma Kefi.

Leïla a dix frères et sœurs. L’aîné, Belhassen, s’impose très vite comme le patron du clan. Il y a aussi la «matriarche», Hajja Nana, mère de Leïla ; Moncef, un autre frère de Leïla ; un neveu, Imed (mort samedi), qui s’illustrera en 2006 en commanditant le vol de trois bateaux français, dont un yacht appartenant à Bruno Roger, dirigeant de la Banque Lazard et ami de Jacques Chirac. L’affaire fera grand bruit. Imed obtiendra d’être jugé en Tunisie. Et il sera blanchi, au grand dam des magistrats français.

Il y a aussi les gendres du couple présidentiel : Sakhr el-Materi notamment, qui reçoit en cadeau de mariage la société Ennakl, un distributeur automobile. L’ambitieux jeune homme obtiendra dans la foulée la concession d’exploitation du port de La Goulette. Il se lance ensuite dans l’immobilier et dans les médias, prend le contrôle du groupe de presse Assabah, qu’il met au service de son beau-père. Alors que le foulard islamique revient à la mode en Tunisie, il fonde la première banque islamique tunisienne (Ezzitouna) ainsi qu’une radio et une télévision religieuses, Radio Zitouna et Zitouna TV, qui tentent de court-circuiter des chaînes libanaises concurrentes très appréciées en Tunisie.

Leïla Ben Ali se serait enfuie avec 1,5 tonne d’or

La famille Trabelsi prospère. Elle aligne ses trophées, tels que la Banque de Tunisie, la société de production audiovisuelle Cactus ou le groupe Carthago (hôtellerie et aviation). En 2004, lorsque le groupe est introduit en Bourse, l’action Carthago s’envolera miraculeusement. Ce business confine parfois au racket. Slimane Ourak, directeur général des douanes, passe pour un affidé du clan. Le moindre litige avec le fisc peut se régler instantanément grâce à l’arbitrage des Trabelsi. Au début des années 2000, sous la pression du FMI, la Tunisie engage un programme de privatisation qui va se transformer en gigantesque hold-up, grâce aux crédits octroyés à la famille régnante. Des créances douteuses d’une ampleur telle que l’OCDE s’en alarmera publiquement.

À combien s’élève la fortune du clan Trabelsi ? Des renseignements «convergents» font état d’importants avoirs à Dubaï et à Malte. Ils se chiffreraient en centaines de millions d’euros. Selon des sources bien informées, Leïla Ben Ali se serait rendue fin décembre à Dubaï en emportant un important stock d’or (évalué à une tonne) de la banque centrale tunisienne. Selon lemonde.fr, s’appuyant sur une «supposition des services secrets français»,la famille du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali se serait d’ailleurs enfuie de Tunisie avec 1,5 tonne d’or, soit l’équivalent de 45 millions d’euros. Leïla Trabelsi se serait rendue à la Banque de Tunisie chercher des lingots d’or. Face au refus du gouverneur de les lui remettre, elle aurait appelé son mari, «qui aurait d’abord lui aussi refusé, puis cédé».

La famille posséderait des biens immobiliers en Argentine. En France, elle disposerait de plusieurs millions d’euros sur plusieurs comptes bancaires, ainsi que d’appartements dans les beaux quartiers parisiens, de propriétés en Ile-de-France, d’un chalet à Courchevel et de villas sur la Côte d’Azur. À la demande de l’Élysée, une vaste opération de contrôle des avoirs de la famille et des flux financiers qui peuvent avoir eu lieu ces derniers jours a commencé. L’organisme antiblanchiment Tracfin, rattaché au ministère de l’Économie et des Finances, a consulté les fichiers bancaires à sa disposition d’après une liste d’une douzaine de noms puisés dans l’entourage proche de l’ex-président. Il s’agit notamment de s’assurer que les familles Ben Ali et Trabelsi ne cherchent pas à transférer des sommes importantes à l’étranger, qu’elles n’ont pas effectué de retraits en espèces anormalement élevés et qu’elles n’ont pas réalisé des opérations d’achats ou de ventes de métaux précieux, notamment d’or. Nicolas Sarkozy s’est engagé par ailleurs à «répondre sans délai à toute demande» du gouvernement légitime concernant «des avoirs tunisiens en France ».

 

 

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