La tuerie de Dallas, révélatrice de la fracture raciale aux États-Unis

La tuerie de Dallas, révélatrice de la fracture raciale aux États-Unis

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Lors d’une manifestation jeudi soir contre la mort de deux hommes noirs, cinq policiers ont été tués et plusieurs blessés, par un vétéran de guerre afro-américain

Les détonations assourdissantes se sont répercutées sur les façades de downtown Dallas. Il est 20 h 58 ce jeudi soir. En quelques secondes, la cité texane où fut assassiné John Fitzgerald Kennedy en 1963 vient de replonger dans un très vieux cauchemar. Cette fois, ce sont des tirs d’armes de guerre, et les victimes qui tombent sont des policiers en exercice. La fusillade a éclaté alors qu’une manifestation se déroulait dans le calme, au nom du mouvement Black Lives Matter (les vies noires comptent). Les quelque huit cents personnes qui défilaient pour protester contre la vague d’homicides perpétrés par des agents des forces de l’ordre contre des Afro-Américains ont fui comme une volée de moineaux.

Les cris de panique, consignés par les vidéos des badauds, se sont peu à peu estompés dans le vacarme ambiant. Des dizaines de véhicules de police convergent alors vers la scène du crime, d’où les témoins hurlent: «active shooter! (tueur en action)». Au carrefour de Main Street et Lamar Street, des cadavres d’hommes en uniformes jonchent le sol. Ils ont été abattus depuis le parking du collège universitaire El Centro, par un sniper à la mire bien réglée. Un témoin filme une scène terrifiante à l’aide de son téléphone portable. Un homme en tenue militaire, ses poches débordant littéralement de munitions, fait feu avec un fusil d’assaut, dissimulé derrière un pilier. Un policier déboule derrière lui, se protège contre un second pilier tout proche. Le suspect contourne l’obstacle et l’abat froidement dans le dos, avant de l’achever au sol.

Un vétéran de l’Afghanistan

Dans le chaos ambiant, l’auteur de la fusillade s’évanouit dans la nature. Au bout de deux heures, dans le centre-ville transformé en scène de guerre, un sniper est acculé. Le face-à-face avec la police durera 45 minutes, les négociateurs s’efforçant de faire parler un individu qui continue de faire le coup de feu. Le directeur de la police, David Brown, restituera vendredi matin la teneur de ces échanges surréalistes: «le suspect était très affecté par les récentes fusillades policières, en voulait aux Blancs, et voulait tuer des Blancs, en particulier des policiers blancs.» Pas de compromis possible, d’autant que le tireur avertit sombrement: «il a disposé des explosifs, et ceux qui l’assiègent vont bientôt s’en rendre compte».

Afin de le «débusquer» sans causer de nouvelles victimes et de pouvoir le neutraliser promptement, un «robot piégé» emportant une charge explosive est dépêché dans les profondeurs du garage. La déflagration qui s’ensuit atteint mortellement le sniper qui voulait tuer «beaucoup de Blancs», identifié comme Micah Xavier Johnson. Selon les médias américains, cet Afro-Américain vivait seul avec sa mère dans la ville de Mesquite. Il avait servi en Afghanistan et était réserviste dans l’armée américaine. La police américaine a retrouvé vendredi du matériel servant à fabriquer des bombes à son domicile. Sur son profil Facebook, il apparaît comme soutenant des organisations de défense des Noirs.

Dans la soirée, le ministre américain de la Sécurité intérieure, Jeh Johnson, a déclaré qu’ «à ce stade, il semble qu’il n’y ait eu qu’un seul tireur, sans lien connu ou inspiration d’aucun groupe terroriste international», sans autres précisions.

Sur l’autoroute, deux personnes ont, elles, été arrêtées, après s’être enfuies en trombe du centre-ville à bord de leur véhicule. Au total, trois suspects ont été interpellés vivants, dont une femme. Lèvres serrées, tous expriment la même colère que Xavier Johnson, la même volonté de tuer autant de policiers que possible. L’enquête ne fait que commencer, mais le bilan, lui, est effroyable: douze policiers touchés, parmi lesquels cinq décédés et plusieurs autres dans un état critique. Des policiers qui n’étaient pas tous Blancs. Devant la presse, le chief Brown peine à contenir son émotion. L’un de ses subordonnés assassinés, Brent Thompson, venait de se marier deux semaines auparavant. Les drapeaux seront en berne dans tout le pays en hommage aux victimes.

Condoléances présidentielles

De Varsovie où il assistait au sommet de l’Otan, le président Barack Obama a dénoncé une attaque «vicieuse, préméditée, méprisable». Sans précédent aussi: jamais, depuis le 11 septembre 2001, autant d’agents des forces de l’ordre n’avaient trouvé la mort dans une attaque en règle. Comme à Orlando le 12 juin (50 morts), les Américains se prennent à espérer une fin rapide du cauchemar. Mais l’agresseur, cette fois-ci, n’était pas un «loup solitaire» islamiste se revendiquant de Daech. Micah Xavier Johnson et ses éventuels complices semblaient décidés à venger dans le sang la mort récente d’Aston Sterling à Baton Rouge, Philando Castile à St Paul, Delrawn Small à Brooklyn, jeunes Noirs abattus par des policiers blancs.

La piste terroriste a été officiellement écartée par les enquêteurs. Malgré les appels au calme, la spirale de la haine raciale est enclenchée, et pourrait fort jeter de l’huile sur le feu d’une campagne présidentielle déjà en ébullition. À Detroit, la police craint le pire à l’orée d’un week-end à hauts risques. L’été meurtrier que tous les Américains redoutaient pourrait avoir commencé.

Source : Lefigaro.fr

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