La Tunisie dans l’attente d’un nouveau gouvernement

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Après tout juste 18 mois au pouvoir, le gouvernement de Habib Essid en Tunisie a été écarté par un vote de défiance au Parlement, faisant craindre une nouvelle période d’incertitudes dans un pays déjà fragilisé par une économie en crise et la menace jihadiste.


Le Premier ministre tunisien Habib Essid (d) devant le Parlement à Tunis, le 30 juillet 2016.

Le Premier ministre tunisien Habib Essid (d) devant le Parlement à Tunis, le 30 juillet 2016.
Le président Béji Caïd Essebsi doit maintenant engager des consultations dans un délai de 10 jours pour charger la « personnalité la plus apte » de former un nouveau cabinet. Cette dernière aura 30 jours pour former une équipe.

Les jours du gouvernement, critiqué de toutes parts pour son « inefficacité », étaient comptés depuis que le chef de l’Etat s’est dit en faveur le 2 juin d’un cabinet d’union nationale. Il avait ensuite engagé des pourparlers sur les priorités du futur gouvernement avec les partis politiques ainsi qu’avec le syndicat UGTT et le patronat Utica.

En public, aucun nom ne se détache pour l’instant pour succéder à M. Essid, un indépendant de 67 ans à qui les députés ont réservé une standing ovation avant de le congédier.

- Bilan critiqué -

Samedi soir, sur les 217 membres du Parlement (dont 191 étaient présents), 118 ont voté contre le renouvellement de la confiance et trois pour, avec 27 abstentions.

De nombreux élus dont ceux du Front populaire, une coalition d’opposition de gauche, ont annoncé juste avant le vote qu’ils le boycotteraient en dénonçant un processus « de pure forme ».

Le résultat était en effet connu d’avance, les partis de la coalition au pouvoir mais aussi de l’opposition ayant annoncé qu’ils ne renouvelleraient pas leur confiance à cette équipe.

Tout en saluant l' »intégrité » de M. Essid, de nombreux députés ont brossé un sombre tableau de son bilan, critiquant notamment la faiblesse de la lutte contre la corruption et le chômage.

M. Essid s’est fermement défendu, mettant en avant les progrès réalisés sur le plan sécuritaire notamment. Si la Tunisie a été frappée par des attentats jihadistes sanglants l’an dernier et en mars, elle a vécu cette année son premier ramadan sans attaque depuis 2012.

« Le gouvernement a fait son devoir dans plusieurs domaines (…) mais il y a des domaines dans lesquels on ne peut arriver à des résultats concrets en un an et demi », a argué M. Essid, haut fonctionnaire sous l’ex-raïs Zine El Abidine Ben Ali.

Le chef du gouvernement a aussi tenu à placer les partis devant leurs responsabilités, rappelant à certains qu’ils avaient cherché à privilégier leurs intérêts plutôt que les compétences pour des nominations à des postes à responsabilité.

Longtemps effacé, accusé de manquer de charisme et de se comporter davantage en Premier ministre qu’en chef de gouvernement, M. Essid a pris de l’assurance ces dernières semaines face aux « pressions » qu’il dit avoir subies pour l’obliger à démissionner.

Ses proches ont attribué, sous le couvert de l’anonymat, ces pressions au camp du fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi, un dirigeant de Nidaa Tounès. Ce parti fondé par le président a remporté les législatives de 2014 avant d’imploser et de perdre la première place au Parlement au profit des islamistes d’Ennahda.

– Inquiétudes -

Si la défiance du gouvernement par le Parlement a été présentée comme « une leçon de démocratie » dans un pays qui a vécu sous la dictature pendant plusieurs décennies avant la révolution de 2011, les craintes d’une nouvelle période d’instabilité sont réelles.

« Tiraillements entre partis à l’horizon et danger de glissement vers un chaos politique », a ainsi averti le journal Assahafa.

« La situation du pays va s’aggraver encore davantage parce qu’il faut attendre (…) un nouveau gouvernement. Entre-temps, c’est le pays, l’économie, les affaires du peuple qui sont laissés pour compte », a de son côté dénoncé Jilani Hammami, un dirigeant du Front populaire.

Le pays attend « un homme providence » pour former une « équipe de sauvetage cohérente et solidaire », mais sans se faire d’illusions, selon le quotidien La Presse.

« La grande discorde doit être évitée à tout prix et le consensus sera (…) consacré par une recette bien mijotée entre les deux cheikhs », comme sont souvent surnommés le président Essebsi et le chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, croit savoir Le Temps.

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