La Tunisie se dote d’un gouvernement d’union

La Tunisie se dote d’un gouvernement d’union

320
0
PARTAGER

La Tunisie, en pleine incertitude depuis la fuite de Ben Ali, connaît enfin la composition de son gouvernement d’union nationale. Trois chefs de l’opposition y font leur entrée tandis que six membres de l’ancien gouvernement sont reconduits, a annoncé lundi après-midi Mohammed Ghannouchi. Le premier ministre sortant du président déchu conserve ses fonctions, de même que les ministres de l’Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances. Côté opposition trois figures intègrent le nouveau cabinet. Najib Chebbi, chef de file du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale la plus radicale en Tunisie) prend le poste de ministre du Développement régional. Moustapha Ben Jaafar, président du Forum démocratique pour le travail et la liberté (FDTL) récupère la Santé et Ahmed Ibrahim, du parti Ettajdid (Renaissance, ex-communiste) obtient le portefeuille de l’Enseignement supérieur.

La nouvelle formation, qui compte 19 ministres, accueille également des représentants de la société civile. Tranchant avec les 23 ans au pouvoir de Ben Ali, elle perd un portefeuille emblématique. Mohammed Ghannouchi a supprimé le ministère de l’Information, accusé de censurer la liberté de la presse et d’expression dans le pays. Le premier ministre s’est même engagé à garantir «une liberté totale de l’information». Il a levé de l’interdiction de toutes les organisations non-gouvernementales dont la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et annoncé la libération de tous les prisonniers politiques. Tous les partis qui le demandent seront légalisés. Des investigations seront lancées contre les responsables soupçonnés de corruption et les personnes ayant connu un enrichissement rapide suspect, a-t-il prévenu.

Des manifestations contre l’équipe sortante

Aussitôt annoncée, la nouvelle équipe a été critiquée. L’opposant historique tunisien Moncef Marzouki a dénoncé une «mascarade» et une «fausse ouverture» avec le maintien de ministres du président déchu. «Le RCD – le parti de Ben Ali – conserve toutes les places importantes, dont le ministère de l’Intérieur, qui est supposé organiser les futures élections», souligne le dirigant du Congrès pour la République (CPR), parti de la gauche laïque interdit sous le régime Ben Ali. «Ce gouvernement ne s’est ouvert qu’à trois partis d’opposition déjà adoubés par Ben Ali. Je pense que le peuple tunisien ne va pas se laisser faire», met en garde Moncef Marzouki, qui s’est déclaré candidat à la prochaine présidentielle.

La composition du nouveau gouvernement a été source d’inquiétude populaire. Des manifestations ont éclaté lundi matin dans le centre de Tunis, à Sidi Bouzid et à Regueb. Les manifestants exigeaient l’abolition du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), et s’opposaient à la présence de membres du RDC, dont Mohammed Ghannouchi, dans le futur gouvernement de transition. La secrétaire générale du PDP avaient assuré dans la journée que les partis qui soutenaient Ben Ali seraient écartés. Cependant, expliquait-elle, ce cabinet intégrerait d’anciens membres de l’équipe sortante, au profil de technocrates politiquement peu marqués.

La nouvelle équipe sera chargée de préparerdes élections présidentielle et législatives «libres et transparentes» surveillées par un comité indépendant et des observateurs internationaux. La Constitution prévoyait un délai de deux mois mais la période est trop courte.Mohammed Ghannouchi évoque des élections générales au plus tard dans six mois. L’Union européenne et les Etats-Unis ont déjà proposé leur aide pour préparer ces scrutins. La nouvelle formation gouvernementale devra aussi faire face à l’insécurité ambiante. Des affrontements sporadiques opposent l’armée et la police à des milices restées fidèles à Ben Ali.

 

Commentaires