La visite d’Alassane Ouattara en France : entre enjeux économiques, politiques et...

La visite d’Alassane Ouattara en France : entre enjeux économiques, politiques et diplomatiques

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« Cette visite d’Etat constitue pour nous quelque chose d’important, parce que ce sont les retrouvailles franco-ivoiriennes, explique Aly Coulibaly l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France. Et nous avons la volonté aujourd’hui, d’établir un véritable partenariat avec la France. Ce sont de nouvelles relations, basées sur la confiance et le respect mutuel ».

C’est une visite très symbolique que celle du président ivoirien en France. A l’Elysée, on explique qu’aucune grande annonce ne devrait intervenir mais en recevant en grande pompe Alassane Ouattara, la France tient à donner de la visibilité à la normalisation politique en cours en Côte d’Ivoire. « Elle est loin d’être achevée mais nous souhaitons l’encourager », reconnaît un diplomate français. Sur le plan des symboles, en étant reçu aujourd’hui à l’Elysée, Alassane Ouattara réussit là où son prédécesseur Laurent Gbagbo avait toujours échoué.

Vingt années d’amitié

Entre Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara, on dépasse,  et de loin,  la simple relation de chefs d’Etat. D’ailleurs les deux hommes ne cachent pas leur amitié. Par exemple, en août dernier, le couple présidentiel ivoirien a été reçu à dîner par Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni au Cap Nègre, leur résidence d’été.

Entre les deux hommes, l’amitié dure depuis une vingtaine d’année. C’est Martin Bouygues qui a été l’entremetteur. Pendant la traversée du désert politique de Nicolas Sarkozy, après la défaite d’Edouard Balladur à la présidentielle de 1995, Alassane Ouattara n’a pas rompu les liens. Inversement en 2002 quand les soldats de Laurent Gbagbo ont tenté de capturer Alassane Ouattara, Nicolas Sarkozy a veillé sur lui.

Enfin, l’an dernier l’engagement militaire français a été prépondérant dans la bataille d’Abidjan. Elle a permis d’éviter un génocide a déclaré à nos confrères du Monde Alassane Ouattara. Une intervention qui par ailleurs suscite encore la colère des pro-Gbagbo. Pour eux, le responsable de la chute de l’ex-président ivoirien est à chercher au palais de l’Elysée.

« Il s’agit tout simplement de la visite d’un commis qui va voir son parrain, qui l’a aidé à accéder au pouvoir, commente Justin Koné Katinan, le porte-parole de Laurent Gbagbo. Donc cette visite n’est pas un événement pour nous. Je pense que si c’était pour remercier Sarkozy, Ouattara l’a déjà fait ! Mais pour nous, franchement, le terme visite d’Etat est inapproprié, parce que ce sont deux personnes qui souffrent d’illégitimité criarde, qui veulent engager deux Etats, pour moi il y a un problème sérieux. On ne peut pas parler de visite d’Etat ».

De multiples enjeux

Sur le plan officiel, le point d’orgue de cette visite est la signature d’un nouvel accord de défense. On n’en connaît pas encore les détails mais selon plusieurs sources 300 soldats français seront à l’avenir stationnés en permanence à Port-Bouët. Leur mission sera dans un premier temps d’aider à la restructuration de l’armée ivoirienne.

Par ailleurs lors du tête-à-tête entre les deux chefs d’Etat aujourd’hui, il devrait être question de la situation politique en Côte d’Ivoire. A Paris, certains diplomates estiment que pour favoriser la réconciliation, il faudrait que des poursuites soient rapidement lancées contre des responsables des FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire), l’armée pro-Ouattara. Toute la question étant de savoir jusqu’à quel niveau de responsabilité ces poursuites doivent être engagées devant la CPI (Cour pénale internationale) ou devant la justice ivoirienne.

Des contrats à la clé

Il est donc question de politique lors de cette visite mais aussi d’économie. Outre la relance de la coopération entre les deux pays, Alassane Ouattara compte profiter de cette visite pour demander à la France de l’appuyer encore un peu plus auprès des institutions internationales dans l’optique d’alléger au plus vite la dette de son pays et d’obtenir de nouveaux financements. Il espère par ailleurs attirer le maximum d’investisseurs privés. La signature de plusieurs contrats pourrait intervenir avant son départ vendredi.

Ouattara peaufine sa diplomatie étrangère

Avec cette visite, Alassane Ouattara est-il ne train de s’enfermer dans une relation exclusive avec la France?  Pas nécessairement. Depuis son arrivée au pouvoir, Alassane Ouattara a beaucoup voyagé, beaucoup reçu. Le chef de la diplomatie chinoise et Hillary Clinton se sont rendus récemment à Abidjan.

La France n’est d’ailleurs pas en terrain conquis. Par exemple, le cas de l’extension de la centrale thermique d’Azito. Alstom pensait obtenir ce contrat de plus de 300 millions d’euros mais finalement ce sont le conglomérat General Electric et le groupe sud-coréen Hyundai qui ont remporté le marché. Rappelons au passage que les Etats Unis ont fait partie des principaux avocats d’Alassane Ouattara devant le Conseil de sécurité de l’ONU et que Choi Young-jin, le patron de l’Onuci qui a certifié la victoire électorale de l’actuel président ivoirien est lui sud-coréen. Comme l’admet un proche d’Alassane Ouattara : « Dans les questions économiques, on fait surtout de la diplomatie ».

 

 

 

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