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Le véhicule, immatriculé en Pologne, a percuté et tué au moins 9 personnes et en a blessé plusieurs dizaines, hier soir. Le conducteur a été appréhendé.

L’Allemagne est «en deuil», comme l’a dit la chancelière, Angela Merkel. Lundi soir vers 20 heures, un imposant camion immatriculé en Pologne a foncé à travers le marché de Noël de Breitscheidplatz, dans l’ouest de Berlin, dans le quartier de Charlottenburg. L’engin, venu de Budapester Strasse, s’est dirigé vers les cabanes en bois où se retrouvent volontiers les Berlinois en fin de journée, en famille ou entre amis. Il a écrasé au moins plusieurs cahutes avant d’arrêter sa course sur le trottoir. À 23 heures, on déplorait 9 morts et au moins 50 blessés, selon une information délivrée sur place par la police. Des touristes figurent parmi les victimes.

Attaque terroriste ou accident? Les autorités allemandes demeuraient prudentes à 23 heures, échaudées par l’exemple de la fusillade de Munich en juillet dernier. L’auteur s’était avéré être un déséquilibré. Mais le scénario de Charlottenburg rappelle celui de l’attentat de Nice. «Nous enquêtons dans les deux directions», a insisté un porte-parole de la police de Berlin, alors que les enquêteurs commençaient seulement leur travail sur place. «D’abord nous avons laissé les secours intervenir», a expliqué le porte-parole Thomas Neundorf. Les premiers témoignages parlent d’un camion «qui n’a pas cherché à s’arrêter», assure un homme, avant d’être emmené par la police pour recueillir sa déposition.

Autour des lieux du drame, totalement sécurisés par la police, on comptait des dizaines d’ambulances et de voitures de police. Après avoir déconseillé aux Berlinois de sortir ou de venir sur place, la police a assuré, dans la soirée, que tout danger était écarté. Après avoir tenté de fuir, le conducteur du véhicule a été appréhendé. Un passager a été retrouvé mort à bord. La police n’a pas souhaité confirmer l’identité ou la nationalité des suspects. Mais la télévision polonaise a assuré que le donneur d’ordres du camion avait perdu le contact avec son chauffeur depuis 16 heures. «Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Je le connais depuis l’enfance. C’est mon cousin. Je me porte garant de lui», a déclaré à l’AFP le propriétaire de la société polonaise, Ariel Zurawski.

Les Allemands sous le choc

Le marché de Noël de Breitscheidplatz se trouve entre le Ku’Damm, l’une des artères chics de Berlin-Ouest, et le zoo, au pied de l’église du Souvenir, au clocher détruit, l’un des symboles de la ville. Il est aussi l’un des plus fréquentés. Aux alentours, les Allemands étaient sous le choc. «Je me trouvais dans l’église, quand soudain la police est arrivée et nous a demandé de sortir», raconte Hilda, encore stupéfaite. Gerhard, un touriste venu de Brême, est sorti de son hôtel dès que la télévision allemande a basculé en édition spéciale. «C’est effrayant», dit-il. Non loin, Ahmed et ses amis sont venus aussitôt qu’ils ont appris la nouvelle: «Un ami nous a appelés. Il nous a dit qu’il y avait eu une explosion.» D’autres témoins ont parlé de coups de feu. Mais la police n’a rien confirmé, au contraire. Le jeune homme, penché sur son téléphone continue de suivre les fils d’actualité.

Aux abords de Budapester Strasse, la situation est aussi tendue et le ton monte dans un attroupement. Quelques hommes insultent la presse «qui ne raconte que des mensonges». C’est la rengaine de l’extrême droite allemande. L’un des leaders du parti populiste AfD Markus Pretzel déplorait lundi «les morts d’Angela Merkel», en rendant la chancelière, et sa politique d’accueil des réfugiés, responsable du drame. À l’inverse, toute la classe politique allemande a déploré le drame. «Mes pensées vont aux victimes du drame», a déclaré le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière. «C’est tout simplement terrifiant de voir cela ici», a déclaré le maire de Berlin, Michael Müller.

Depuis plusieurs mois, l’Allemagne vit dans l’angoisse d’un attentat. Cet été, deux attaques à caractère islamiste ont été perpétrées en Bavière. Depuis, les autorités n’ont cessé de prévenir que le pays figurait dans le viseur des terroristes. Pour autant, elles n’ont pas souhaité mettre en place des dispositifs de sécurité renforcée. «Les marchés de Noël sont des lieux de fête et de joie», commente un policier. «Ils font partie de notre société ouverte.»

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