L’Amérique sème la zizanie avant le sommet du G20

L’Amérique sème la zizanie avant le sommet du G20

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Lundi, le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a mis les pieds dans le plat: «Je vois plus de risques et plus de possibilités de dérapages globaux dans les décisions qui ont été prises par la Fed que de bienfaits», a-t-il affirmé. Et les dirigeants des banques centrales européennes, qui étaient réunis à Bâle, sont tous tombés d’accord pour souligner la «nécessité d’avoir progressivement des taux de change plus flexibles», selon les propres termes de Jean-Claude Trichet, le président de la BCE.

Une volée de bois vert qui est tombée quelques heures après que le président américain Barack Obama, en visite officielle en Inde, a tenté de défendre le rôle de la Fed. Le mandat de la banque, a-t-il précisé, est de «développer notre économie. Ce n’est pas seulement bon pour les États-Unis, c’est bon pour le monde entier». Avant d’ajouter qu’elle est indépendante et qu’elle «ne prend pas d’ordres de la Maison-Blanche».

Les Russes regrettent que la Fed n’ait pas consulté le G20 avant de prendre sa décision, tandis que Pékin «réclame des explications». Le vice-ministre des Finances, Zhu Guangyao, affirme que «les États-Unis n’ont pas assez conscience de leur devoir sur le marché des capitaux et n’ont pas suffisamment réfléchi aux attaques que subissent les pays émergents de la part des capitaux trop volatils». Et de préciser que ces capitaux s’élevaient à «10.000 milliards de dollars, contre 9000 milliards au début de la crise financière».

Terres rares au menu

En Inde, Barack Obama, qui est confronté au vif mécontentement de son électorat au sujet de la situation de l’emploi aux États-Unis, aura réussi à trouver le soutien du premier ministre, Manmohan ­Singh, soulignant que les délocalisations américaines en Inde n’ont pas supprimé d’emplois mais «aidé à améliorer la productivité des États-Unis». Mais c’est une maigre consolation.

Les Chinois ne veulent pas céder sur leur monnaie, le yuan, jugée sous-évaluée par le monde entier. Et il n’y a guère que le Canada pour croire que la Chine va «renforcer la flexibilité de sa monnaie». Du coup, il n’y a pratiquement aucune chance maintenant de voir les participants au G20 se serrer les coudes. D’autant qu’une nouvelle pomme de discorde apparaît. Plusieurs fédérations patronales, dont les chambres de commerce américaines, européennes et japonaises, réclament aussi que l’on ­mette sur la table la question de l’ouverture des marchés des terres rares. Pékin, qui assure plus de 95% des approvisionnements en ces minerais, a récemment réduit ses exportations de ces matériaux essentiels pour l’automobile et l’électronique.

par Yves de Kerdrel
www.lefigaro.fr

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