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Le chef du gouvernement vient de présider une commission consacrée à l’artisanat.
Le but affiché est de relancer cet importante activité sociale, économique et culturelle.
Véritable richesse du pays.
Officiellement, dans un avenir proche, il est question de générer 115.000 emplois additionnels, d’atteindre 60.000 lauréats de la formation professionnelle, de créer entre 15000 et 17000 entreprises.
Ceci devrait se traduire par une augmentation des exportations et un PIB de 4 milliards de dirhams.
C’est bien de se préoccuper ainsi de l’artisanat et de chercher à dynamiser le secteur.
La question est de savoir s’il n’y a pas d’autres mesures à prendre ou de décisions à même de garantir des résultats encore meilleurs.
La vision telle qu’elle transpire du communiqué officiel, n’apporte en fait rien de révolutionnaire.
Nous restons dans l’exotique et le folklore.
La première remarque concerne la composition de la commission. Elle comprend la ministre chargée de l’artisanat, le ministre en charge du tourisme et celui du travail.
Ainsi on comprend qu’il est question de travail, en fait pour produire en direction des touristes et de l’étranger. C’est ce que nous essayons de faire depuis l’indépendance, combien même l’essentiel de la consommation du produit artisanal est assurée en interne.
Et si le chef du gouvernement avait élargit la commission, au ministre de l’intérieur, à celui chargé de l’urbanisme, celui de la culture, aux présidents des régions, au président de l’ordre des architectes, aux présidents des chambres artisanales et autres.
Et si la commission avait eu pour objet de réfléchir à une loi incitative, pour justement booster ce pan important de notre économie de manière forte et durable, concrétisant ainsi un véritable engagement volontariste de l’état.
Au lieu de ne réfléchir qu’en terme d’exotisme et de tourisme, on pourrait par exemple dans cette loi, imposer que tout bâtiment public, tout grand projet, toute construction, puisse comporter obligatoirement des rappels et des touches de notre culture et de notre artisanat: par du zellige, du stuc, de la pierre, des tuiles vertes etc.
Dans nos hôtels, nos administrations, nos hôpitaux par exemple, on retrouverait, selon cette loi, obligatoirement des produits artisanaux marocains, des plafonds, des chaises, des tables, des couvertures, des draperies.
Dans nos administrations, nos entreprises et nos universités, nos bureaux à l’esthétique pauvre, importés de je ne sais où, seraient remplacés par de belles tables de chez nous, sculptées, gravés ou peintes avec du tawrik et autres motifs. Les salons seraient marocains avec lkhdadi et lhifate.
Dans nos écoles, nos lycées et universités, nos tables, chaises et tableaux ne ressembleraient plus à ceux de Chine ou de France, mais auraient obligatoirement une touche bien marghribia. Cela éduquerait le goût de nos enfants et développerait chez eux le sentiment d’appartenance.
Imaginons l’effet qu’aurait de belles portes ressemblant à bab Boujloud, bab Mansour Laalej ou bab Doukkala, à l’entrée et à la sortie de nos gars et aérogares, de nos stades, de nos grandes institutions.
Aujourd’hui Il faut faire bien des kilomètres à partir de Tanger Med, ou de l’aéroport Mohammed V pour se sentir au Maroc, et encore.
Imaginons nos écoles, nos hôpitaux, nos administrations, nos façades, nos devantures de maison, porter un cachet bien maghribi avec toute la richesse qui est celle de notre patrimoine, avec nos bronzes, notre tadelakt, nos tuiles, nos couleurs, la finesse et le doigté de nos artisans.
Imaginons les draps, les oreillers, les coussins dans nos hôtels, brodés par nos petites mains, qui avec du terz R’bati, qui avec du terz fassi ou de Meknès.
Imaginons que disparaissent de nos bureaux et de nos couloirs ces tapis insipides et moches au profit de hssira, de hanbal et de zerbia de Taznakht, de Chichaoua ou de Rabat.
Imaginons le mobilier urbain de nos villes, nos feux rouges, nos lampadaires, nos balcons avec un cachet bien de chez nous, du fer forgé, du bronze coulé ou gravé et je ne sais quels autres matériaux travaillés par nos artisans, emprunts de leur génie. Imaginons l’impact sur l’esthétique de nos villes, nos rues et nos ruelles.
Là, ce ne serait plus que quelques milliers d’emplois ou quelques centaines d’entreprises de crées, mais bien de milliards d’heures de travail qu’on assurerait et des milliers d’entreprises et d’initiatives qu’on favoriserait, par une demande pérenne. Sans parler de la réduction drastique de nos importations et l’effet sur notre balance de paiement.
Beaucoup, beaucoup de femmes et d’hommes tourneraient alors à jamais dos à la précarité, par un développement durable et surtout solidement ancré. Le premier client de leur labeur serait national et certain car garantie par la loi.
Ce serait aussi la meilleure promotion que l’on puisse faire du pays, de sa culture, de son artisanat et de son patrimoine unique.
La chance et que tous nos métiers et arts ancestraux se conjuguent parfaitement avec l’architecture et la décoration moderne, avec des usages bien pratiques.
C’est un atout fantastique.
Au fait qu’ont fait les architectes étrangers à leur arrivée massive au Maroc au début du siècle passé, sinon marier l’artisanat et les métiers marocains à l’architecture moderne…cela s’appelle de l’art déco.
Le centre de Casablanca en reste un fleuron mondial…aspect plus que menacé de nos jours, hélas.
Mais cela est une autre paire de manches.

Par Aziz Daouda

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