L’aspirine soigne tout, même le cancer?

L’aspirine soigne tout, même le cancer?

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La «bonne» aspirine après le «dangereux» Médiator. A priori rien de commun entre l’affaire du «coupe-faim» des laboratoires Servier et ce médicament centenaire, depuis longtemps banalisé et en vente libre. Dans un cas on découvre avec un retard coupable l’existence de graves effets secondaires cardiaques –parfois mortels– d’un médicament beaucoup trop largement prescrit par le corps médical. De l’autre on apprend que l’aspirine semblerait dotée de propriétés jusqu’alors inconnues et qui pourraient à ce titre être utilisées dans le traitement de certains processus cancéreux. Pour éloignés qu’ils puissent être, ces deux dossiers illustrent chacun à leur façon les limites de la pharmacologie. Ils témoignent aussi de la nécessité d’améliorer les systèmes actuels de pharmacovigilance comme devrait, vers la mi-janvier, le recommander le rapport que Xavier Bertrand ministre –entre autre– de la Santé a demandé à l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) sur la question du Médiator.

Les dernières nouvelles concernant l’aspirine viennent d’être publiées dans les colonnes de l’hebdomadaire médical britannique The Lancet. Elles ont aussitôt été amplifiées et résumées à l’échelon international par la quasi-totalité des médias d’information générale. Avec, généralement, la formulation suivante: «L’aspirine à petites doses contre tous les cancers ou presque; 75 mg d’aspirine par jour réduisent de 20% la mortalité par cancer.» Comprendre: 75 mg d’aspirine consommés quotidiennement (mais durant des années) réduiraient (statistiquement) de 20% le risque de mortalité de (certains) cancers. Serait-ce si simple? Rien ne permet malheureusement de le penser. Or l’aspirine est en vente libre et sa consommation quotidienne au long cours peut avoir quelques conséquences nullement négligeables.

Des prises quotidiennes à long terme
Résumons les termes de ce dossier. L’aspirine (ou acide acétylsalicylique) est une molécule indirectement issue de l’écorce de saule et synthétisée à la fin du XIXe. Elle fut brevetée en 1899 par la société Bayer sous la marque «Aspirin». C’est aujourd’hui le médicament les plus consommé au monde. Dotée de multiples propriétés pharmacologiques elle est active contre la douleur, la fièvre et les mécanismes inflammatoires. Elle est aussi utilisée comme «antiagrégant plaquettaire» pour prévenir des accidents cardiovasculaires; une propriété qui explique précisément que sa consommation inadaptée, excessive ou prolongée, peut être responsable d’accidents hémorragiques digestifs.

Qu’en est-il des cancers? Il y a quelques semaines, une équipe britannique dirigée par le Pr Peter Rothwell (université d’Oxford) publiait une étude tendant à démontrer qu’une consommation à la fois minime et prolongée d’aspirine (75 milligrammes par jour durant vingt ans) réduisait de 24% le risque de cancer colorectal, et d’environ un tiers sa mortalité chez les personnes déjà atteintes. Cette même équipe vient aujourd’hui de publier une nouvelle étude concluant à des bénéfices accrus concernant d’autres tumeurs cancéreuses. Les auteurs ont réalisé une analyse des différents résultats obtenus au terme de huit essais cliniques déjà réalisés sur ce thème ces dernières années à travers le monde; soit, au total, auprès d’un peu plus de 25.500 personnes. Ces essais avaient pour objet d’évaluer, dans différentes situations, l’efficacité de la prise quotidienne d’aspirine dans l’optique de la prévention d’accidents cardiovasculaires (infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral).

Et c’est en compilant les résultats de ces différentes études puis en les analysant au moyen d’outils statistiques sophistiqués que les auteurs concluent aux bénéfices qui semblent associés à une prise quotidienne d’aspirine entre 75 mg et 100 mg durant de longues périodes: une réduction de la mortalité de nombreux cancers. Ces effets protecteurs de la prise d’aspirine apparaissent tout particulièrement significatifs après des prises quotidiennes durant dix, voire vingt ans. Les bénéfices semblent d’autre part d’autant plus importants que les personnes sont plus âgées (65 ans et plus).

Les chercheurs précisent que les bénéfices apparaissent après cinq ans de consommation pour les cancers de l’œsophage, du pancréas, du cerveau. Ils sont plus tardifs pour les cancers colorectaux, de l’estomac, du poumon et de la prostate. Seuls certains types de cancers du poumon et de l’œsophage sont concernés.

«C’est un travail très bien fait, solide sur le plan méthodologique, et qui ouvre la voie à une approche de prévention efficace et faisable des cancers, s’enthousiasme Catherine Hill, spécialiste d’épidémiologie e à l’Institut Gustave-Roussy (Villejuif), dans les colonnes du Figaro. Jusqu’à présent, dans ce domaine, la prévention a fait surtout appel à la lutte contre des facteurs de risque, comme le tabac, l’alcool… Mais en ce qui concerne les médicaments, il n’y a pas grand-chose. Plusieurs pistes ont été envisagées (…) mais elles sont tombées à l’eau car il y avait plus de risques que de bénéfices.»

Les risques
En ira-t-il de même, ici, avec une aspirine utilisée à des fins «anticancéreuses»? Il faut ici tenir compte des risques hémorragiques (souvent ignorés des consommateurs et parfois gravissimes) associés à la prise de cette molécule. En toute hypothèse une question est d’ores et déjà soulevée: pourquoi ne pas consommer chaque jour un peu d’aspirine (sans justification cardiovasculaire) dans le seul but de prévenir la mortalité associée à d’hypothétiques cancers à venir? Prudents, les auteurs de l’étude publiée dans The Lancet font valoir que «d’autres travaux sont nécessaires» avant de pouvoir véritablement conclure.

Des études précédentes ont montré que la prise régulière d’aspirine (en dehors de la prévention des accidents cardiovasculaires) pouvait conduire à des hémorragies suffisamment importantes pour nécessiter une hospitalisation. Pour l’heure, officiellement, l’aspirine au long cours est à réserver aux personnes devant bénéficier de son caractère «antiagrégant plaquettaire». Il n’en reste pas moins que l’écho donné à la publication du Lancet joint au fait que ce médicament est en vente libre pourrait poser problème. Que se passerait-il si une fraction non négligeable de la population aujourd’hui en bonne santé décidait de prendre chaque jour de l’aspirine à petites doses? Et dans cette hypothèse qui organiserait la pharmacovigilance pour dépister les possibles conséquences négative de cette consommation à visée préventive?

Jean-Yves Nau

source : marocinfirmiers.com________________________

 

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