LE BON SENS

LE BON SENS

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Dans ce pays, chacun réclame des réformes qui profiteraient à sa paroisse et avantagerait sa corporation mais personne ne s’indigne que des éditorialistes ou des « médiocrates » se substituent sans vergogne à la justice et tout le monde trouve normal qu’on peut revendiquer l’éthique et la morale sans soi-même donner l’exemple.

A ce sujet le dénigrement systématique de l’action du gouvernement est un exercice de très bas acabit qui se nourrit d’un populisme ravageur devenu un fonds de commerce florissant.
Quant à l’analyse politique crédible et objective, elle se base sur la rigueur scientifique donc sur des données indiscutables et non pas sur de basses manœuvres aux desseins inavoués.

Pour le reste, si le commentaire est libre, il ne doit pas masquer la réalité ou défigurer la vérité.

Pour ne parler que des augmentations de salaires accordées par le gouvernement, une analyse lucide s’impose l’exigence morale de rappeler que les gouvernements Abderahmane Youssoufi et Driss Jettou n’ont jamais concédé le moindre centime aux fonctionnaires et aux travailleurs et jamais ces gouvernements n’ont été inquiétés par la moindre grève.

Aujourd’hui, l’équipe d’Abbas El Fassi en est à sa troisième augmentation et elle est l’objet d’attaques virulentes et d’agressions verbales caractérisées.
On a compris à qui profite cette situation, mais on ne pourra pas abuser indéfiniment du bon sens et de la bonne foi des marocains.

Sans cohérence, point de convictions, sans convictions, point d’esprit critique devant l’oppression et point d’engagement durable pour lutter contre elle. Le devoir de cohérence… et de jugement est d’autant plus impérieux que le savoir est plus éclaté.

Le bon sens est l’intermédiaire entre l’ignorance et la connaissance bien assurée. Il est la raison sans raisons. Entre la sphère théorique où l’on s’entend rarement sur le sens d’un mot ou d’une idée et la sphère pratique où l’on doit agir, le plus souvent sans être assuré de pouvoir le faire en connaissance de cause, il y a un vide. Le bon sens comble ce vide. Il est la «la saine et droite raison», dit le Littré et plus loin: «le sens commun, l’intelligence et la lumière avec laquelle naissent la plupart des gens.» Le bon sens est de nos jours défini comme la raison en tant qu’elle remplit le vide laissé par la science: «capacité de bien juger, sans passion, en présence de problèmes qui ne peuvent être résolus par des raisonnements scientiques» (Le petit Robert).

Le bon sens est l’une des principales conditions de la liberté de pensée et de ses hautes et inutiles voltiges, comme le filet est la condition des prouesses du saltimbanque. On peut toujours, avec un minimum de risques, laisser les théoriciens se contredire entre eux sur les raisons de faire ceci ou cela, aussi longtemps que l’on a l’assurance que le bon sens prévaudra au moment inéluctable d’agir… et de choisir pour agir. Le génie est souvent perçu comme un état tel qu’il dispense du bon sens. Tout autre est le point de vue de Marmontel: «Le bon sens est la première qualité du génie; et à propos, la première loi du bon sens».

Mais quand dans une société le bons sens est fréquemment en déroute et quand on s’habitue à cette déroute, le pire est à craindre.
Peut-être le bon sens était-il, au temps de Descartes, « la chose du monde la mieux partagée.» Aujourd’hui, il faut tempérer Descartes par Boileau, à l’instar de Littré «Tout doit tendre au bon sens, mais pour y parvenir le chemin est glissant et pénible à tenir; pour peu qu’on s’en écarte aussitôt on se noie.»

Hafid FASSI FIHRI pour actu-maroc.com__________

 

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