Le Chili se mobilise derrière ses 33 « miraculés »

Le Chili se mobilise derrière ses 33 « miraculés »

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Un contact a pu être établi avec eux, dimanche 22 août, grâce à une sonde qui a atteint l’abri souterrain, à 700 m de profondeur, où ils sont réfugiés depuis le 5 août, à la suite d’un éboulement. « Nous allons bien dans le refuge, les 33″, indiquait un message, écrit à l’encre rouge, sur un bout de papier accroché à la sonde. Une micro-caméra a pu montrer quelques images furtives de visages et la lumière ténue des casques des mineurs.

Le président chilien Sebastian Piñera, qui se trouvait sur place, a salué les trente-trois mineurs « pour leur force et leur courage ». Le soulagement a gagné les familles qui campent aux abords de la mine mais aussi tout le Chili, déjà durement touché par le tremblement de terre du 27 février.

« Les 33″, comme ils sont désormais surnommés, « sont en parfaite santé », a indiqué, lundi, Paula Newman, un médecin qui a pu établir une communication « d’environ une heure » avec eux par radiotéléphone. Elle a précisé qu’une première dose de solution glucosée leur a été transmise, ainsi qu’un comprimé d’oméprazol, un médicament contre les ulcères d’estomac. Le « cordon ombilical » que constitue le conduit permettra de ravitailler les mineurs et de leur faire parvenir des lanternes et des moyens de communication.

Les équipes de secours estiment que le sauvetage des rescapés, 32 Chiliens et un Bolivien, pourrait prendre plusieurs mois. Selon Andres Sougarret, l’ingénieur coordonnant les travaux, le forage d’une galerie-cheminée de 66 centimètres de diamètre pour extraire les mineurs, un par un, pourrait prendre « 120 jours au moins ». Une perceuse hydraulique de 30 tonnes se trouve sur place, mais elle ne peut creuser que quelques mètres par jour.

Les mineurs devront participer à leur propre sauvetage en dégageant les débris qui ne manqueront pas de tomber. Le mauvais état de la mine, vieille de plus d’un siècle, explique l’échec des précédentes tentatives de perforations, qui ont provoqué de nouveaux éboulements.

« COMME UN PÈRE »

Il faudra attendre les témoignages des « 33 » pour comprendre comment ils ont pu survivre dix-huit jours dans les entrailles de la terre. Le refuge était équipé en nourriture pour une durée de seulement 48 à 72 heures. Selon des experts, les mineurs ont de l’eau et peuvent se déplacer sur une longueur de 1 800 mètres. Pour voir dans l’obscurité, ils ont utilisé les batteries de véhicules restés bloqués au fond de la mine. Selon les premières images, ils sont torse nu, à cause des températures élevées (de 32 à 36° C).

Gino Erazo, un mineur travaillant à San José, insiste sur l’importance de leur moral qui, selon lui, repose sur les épaules du chef de tour, Mario Gomez, 63 ans, le plus expérimenté du groupe: « C’est comme un père qui prend soin de ses enfants », dit-il.

« Avec l’aide de Dieu, nous allons réussir à sortir en vie, même si nous devons attendre des mois », a griffonné Mario Gomez à sa femme, dans une lettre qu’il a accrochée à la sonde. La majorité des « 33 » sont jeunes (moins de 30 ans), ont l’habitude de travailler ensemble. Trois d’entre eux sont des cousins.

Ce drame a ravivé les critiques à l’égard de l’industrie minière, principal pilier de l’économie chilienne. « Cet accident aurait pu être évité », assure Lautaro Carmona, député communiste de la région d’Atacama, où se trouve la mine. Il dénonce l’avidité de centaines de petites et moyennes entreprises privées, comme celle de San José, qui profitent de l’envolée des prix de l’or et du cuivre sans se préoccuper des normes de sécurité.

Si la Corporation nationale du cuivre (Codelco), premier producteur mondial, qui assure plus de 21 % des exportations chiliennes, offre des conditions de travail, jugées sûres, des grèves inédites ont éclaté cette année. Les 56 000 salariés de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, ont obtenu une hausse de salaire et des primes comme intéressement aux gains spectaculaires de l’entreprise.

Les mineurs de San José avaient dénoncé à plusieurs reprises le manque de mesures « minimales » de sécurité. La mine avait été fermée en 2007, après la mort de deux mineurs. Le Service national de géologie et des mines (Sernageomin) avait autorisé sa réouverture, en 2008, à condition que ses propriétaires renforcent sa structure, construisent des cheminées de ventilation et des tunnels de secours.

« Les fonctionnaires de Sernageomin n’ont pas contrôlé la mine avant sa réouverture », a dénoncé le ministre des mines, Laurence Golborne. Le président Piñera a limogé le directeur et deux fonctionnaires de l’organisme public, promis de réformer celui-ci et de remédier au manque de personnel qualifié : seize inspecteurs, au total, pour contrôler plus de 4 000 mines à travers le Chili. Il a également annoncé des poursuites contre le propriétaire de la mine, le groupe chilien Esteban.
Christine Legrand

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