LE CRI D’INDIGNATION D’UNE MILITANTE ASSOCIATIVE DE L’ARTISANAT MAROCAIN

LE CRI D’INDIGNATION D’UNE MILITANTE ASSOCIATIVE DE L’ARTISANAT MAROCAIN

663
0
PARTAGER

Le secrétaire d’Etat à l’artisanat reçoit des membres d’une association ( sur recommandation car pour être reçu il faut se lever tôt) qui lui présente un important projet au service de la promotion interne et externe de l’artisanat marocain ; le ministre tout heureux de se retrouver avec un beau projet de développement, que du reste, il promet de soutenir et de réaliser en collaboration avec l’association, demande à cette dernière de patienter une quinzaine de jours et de garder le projet secret afin de mieux préparer la formule du partenariat entre le secrétariat d’Etat et l’association.

Le temps passe et le secrétaire d’Etat ne donne aucune réponse pour le suivi du projet, en laissant les membres dans une situation d’attente ; des demandes de rendez-vous sont faites mais c’est le black out total, en effet monsieur le secrétaire d’Etat est toujours occupé ou en déplacement à l’étranger.
Des courriers officiels sont alors adressés à plusieurs reprises au secrétaire d’Etat, une visite est faite auprès du Secrétaire général du département, mais c’est toujours le silence total qui plane sur le projet.

L’association ne baisse pas les bras et continue son travail au service de l’artisanat ; des réunions, des voyages, des sondages, un travail de sacrifice et de longue haleine avec des moyens très réduits, pour enfin affiner et finaliser son projet qu’elle souhaite organiser après avoir contacté différents organismes institutionnels au Maroc et à l’étranger. Le projet séduit et est applaudit pour accompagner sa réalisation.

Un dossier complet est déposé au Cabinet Royal pour la demande du Haut Patronage, mais le Secrétaire d’Etat refuse de parrainer l’évènement prétextant ne pas avoir été informé, ni impliqué dans ce projet qu’il trouve du reste excellent ; ce qui est totalement faux car Mr Anis BIROU, secrétaire d’Etat à l’artisanat, a été le premier informé  de la création de l’association et de ses projets, et un dossier complet avec une feuille de route lui ont été remis en main propre.

J’exprime mon indignation sur le comportement du Secrétaire d’Etat à l’Artisanat, de nous avoir mené en bateau, d’avoir plagié notre projet pour son propre compte et de ne pas avoir tenu parole sur ses promesses ; comme j’exprime mon indignation de voir un responsable, grand commis de l’Etat décourager l’ambition de la société civile qui se bat pour participer au développement du pays, en particulier pour un secteur essentiel de l’économie du pays avec toute la symbolique politique, sociale, culturelle et patrimoniale que cela implique.

Je suis outrée de voir que le Secrétaire d’Etat à l’Artisanat n’a entamé des actions en vue de récompenser les maîtres artisans marocains qu’après avoir reçu la présentation de notre projet ; qu’a-t-il fait auparavant ? des voyages et des voyages de salons en salons avec des personnes, épouses et enfants invités au frais du budget du Département, pour la promotion des exportations, alors que celles-ci s’affichent à la baisse.

Les élections approchant, le terrain de l’artisanat qui emploie des centaines de milliers de personnes dans des conditions difficiles, qui maintiennent la pérennisation de notre patrimoine culturel et artistique national, est propice pour débuter la campagne électorale en lançant une action, du reste complètement plagiée, dans une conjoncture où la bourse des ménages est aux dépenses de la rentrée scolaire, déjà bien entamée après le Ramadan et les vacances ; n’oublions pas que l’artisan marocain doit vendre ses produits pour sa survie.

D’ailleurs, le secrétaire d’Etat, candidat aux prochaines élections  dans la région de Berkane, a bel et bien  débuté sa propre campagne électorale, en organisant récemment un salon de l’artisanat à Saidia, exclusivement réservé à sa région puisque l’accès d’exposer a été refusé à des artisans et associations des régions avoisinantes, qui ont exprimé leur vif mécontentement d’être rejeté alors qu’ils appartiennent à la région de l’Oriental.

Malgré les handicaps et les freins, notre association continuera à œuvrer pour le développement et la valorisation du secteur de l’artisanat qui a besoin d’une implication forte, non seulement des OG, mais aussi des ONG dont le rôle dans la société civile est de plus en plus important et reconnu, en souhaitant que les futurs responsables en tiendront vraiment compte, dans le respect et l’encouragement qui leurs est prévus dans la nouvelle Constitution.

Enfin, au lieu de s’approprier le travail des associations qui sont là pour apporter des projets de développement en tant qu’opérateur essentiel de la société civile, monsieur le secrétaire d’Etat aurait mieux fait d’exposer un bilan réel et chiffré, validé par le Haut commissariat au plan, pour montrer où se situe réellement le secteur de l’artisanat marocain aujourd’hui.

Le secteur de l’artisanat marocain a besoin de plus de sérieux pour valoriser ses richesses, au lieu de le maintenir enfermé dans un esprit folklorique, il serait temps de lui accorder la considération historique qu’il mérite ; l’artisanat marocain dans toutes ses composantes régionales reflète une identité nationale que l’on  ne va pas découvrir aujourd’hui avec des expositions de façade, son existence pérenne dépend plus de l’intérêt qu’on souhaite lui apporter, l’artisan est dans un noble métier avant d’être un électeur, il doit survivre pour perpétuer ensuite un savoir faire ancestral, porteur de sens et lumière pour l’avenir dans notre pays.

Les véritables dirigeants de l’artisanat travaillent dans l’ombre pour réussir le défi de la préservation et la création, au lieu d’exposer leurs propres personnes à des fins de marketing et de communication personnels ; le marketing de notre artisanat actuel est loin d’être efficace.

Nadia ADLI
Vice-présidente de l’association « Artisans du Maroc »

Commentaires