PARTAGER

Dans l’imaginaire, Rabat n’est pas plus que la capitale du royaume. Peu de gens en connaisse l’histoire pourtant particulièrement riche et fournie. Cette histoire n’est hélas pas enseignée, même pas aux élèves rbatis.
Au sud de l’ancien Rabat, pas très loin des cimetières et des murailles, sur la côte, trône à nos jours l’un des vestiges auquel la ville, les citoyens et les autorités ont depuis longtemps tourné le dos.
Le fort Rottembourg.
Tombé dans l’oubli et victime de la négligence, ce monument riche d’histoire et merveille de l’architecture militaire a longtemps servi de squat à une population démunie. D’ailleurs on l’appelait « Lfouriane ». La fourrière. Je ne sais trop pourquoi. Peu de gens en connaissait la véritable nature.

C’est en fait un fort qui a été commandité en 1860 par le Sultan Moulay L’hassan à un ingénieur allemand du nom justement de Rottembourg. Il devait abriter et supporter deux énormes canons de 30 tonnes chacun, dit on. La firm Krupp spécialisée dans l’armement lourd de l’époque, en avait fait cadeau au sultan. Il ordonna alors la construction du fort en un lieu stratégique. Le sultan entendait ainsi renforcer la défense des côtes du pays.
Le Maroc de Moulay L’hassan entretenait des relations particulèrement fortes et soutenue avec l’Allemagne, en Marine et en armement.
Il a fallu monter une structure géante en forme de grue pour débarquer les canons et pour les transporter, construire un chemin de fer Special entre le port de Rabat, naguère très grand port, et le lieu choisi pour le fort.
Un chantier titanesque pour l’époque.
On dit que le fort ne servira jamais, sinon comme dépôt de munitions. Cet usage en accélérera d’ailleurs la déchéance puisqu’il connaitra une grande explosion et fut partiellement détruit le 7 septembre 1911.
On raconte même que Moulay Abdelaziz, lors de ses passages à Rabat, s’en servait avec sa cour, comme lieu de « Nzaha » (villégiature, Pick Nick) tellement le site était imposant et prestigieux avec son architecture et sa décoration traditionnelle, particulièrement riche.
Aujourd’hui fort heureusement, les autorités ont procédé à l’évacuation du site, ce qui en dévoila le degré de délabrement et des dégâts subis.
Alors que les canons gisent sous les gravats et autres immondices, les différents locaux sont simplement saccagés et sales pour ne pas dire plus.
Le site n’est à ce jour pas gardé.
Les anciens Rbatis l’appelait Lborj Lakbir, (grand fort) en comparaison avec le fort plus petit qu’il remplacera. Lborj sghir est toujours là dans l’oubli aussi sinon pour ceux qui contemplent rêveur l’océan. L’un de ses canons, visible en contrebas, subit depuis des décennies le va et vient des marais. Les autres canons peuvent ne pas être trop loin, si on voulait fouiner un peu.
Sous le protectorat le fort avait été baptisé Fort Hervé du nom d’un capitaine français décédé dans le crash d’un avion qui l’amenait en opération de Casablanca vers Fes.
À chaque fois que vous allez prendre la côtière de Rabat, le site vous interpellera et vous ne le verrez plus comme avant. Arrêtez vous et faites y un tour. L’un des canons est en partie visible côté océan.
C’est impressionnant.
Appelez le comme vous voulez: LborjLakbir, Fort Rottembourg ou Fort Hervé mais surtout priez pour qu’il soit pris en compte, rapidement restauré, réhabilité et sauvé pour les générations futures.
À chaque fois aussi que vous entendrez parler de la conférence: ´Les trois faces des Oudayas’, prenez de votre temps, allez y, amenez y vos enfants et vos amis. Si Ahmed Bzioui vous parlera mieux que moi de ce site merveilleux et de l’histoire envoûtante de Rabat et de Salé qu’il aime à considérer comme une seule ville, avec une seule et même histoire.
Mais cela est une autre paire de manches.

Par Aziz Daouda

Commentaires