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Le Front national, après un score historique dimanche dernier, n’a remporté aucune région au second tour des régionales, dernier scrutin avant la présidentielle de 2017, marqué par une progression spectaculaire de la participation, selon les estimations.

La droite remporterait au moins cinq régions (Paca, Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Grand Est, Rhône-Alpes, Pays de la Loire) et la gauche au moins trois régions (Aquitaine, Bretagne, Midi-Pyrénées). L’extrême droite a échoué aussi bien en duel dans le nord, où la présidente du FN Marine Le Pen affrontait Xavier Bertrand (LR), et en Paca, théâtre de la bataille entre sa nièce Marion et Christian Estrosi (LR), qu’en triangulaire, dans le Grand Est (Florian Philippot) et en Bourgogne-Franche-Comté (Sophie Montel).

Le FN a échoué à élargir sa forte base électorale acquise au premier tour, où il était arrivé en tête dans six régions, avec un nouveau record historique (27,7%). Il reste au seuil des exécutifs régionaux, même s?il a parfois assez fortement progressé. « C’est un essai non transformé une fois de plus. Comme aux départementales, le FN ne parvient pas, faute d’alliés et de réserves à l’emporter, au second tour, où il se heurte toujours à un plafond de verre. Par ailleurs, le patronyme Le Pen est un formidable booster mais il entraîne aussi plus massivement une mobilisation en contre au second », a commenté dimanche soir pour l’AFP le politologue Yves-Marie Cann (Elabe).

Pour ce dernier scrutin du quinquennat, 45,3 millions de Français étaient appelés aux urnes. Hasard du calendrier, il s’est déroulé un mois jour pour jour après les attentats les plus meurtriers jamais commis en France (130 morts). La campagne a été largement marquée par ce drame, dans un contexte d’état d’urgence décrété jusqu’à la fin février. Depuis une semaine, la forte poussée du FN a braqué les regards de l’Europe entière sur la France et l’entre-deux tours a été dominé par la mobilisation face à l’extrême droite. La gauche a sacrifié ses listes dans le nord et en Paca. Des personnalités du monde économique et culturel se sont elles aussi engagées contre le FN.

Le Premier ministre Manuel Valls a dramatisé les enjeux en mettant en garde contre « la division » prônée par le FN, dont une victoire aurait pu conduire à la « guerre civile ». Droite et gauche se sont activées toute la semaine pour mobiliser les quelque 50% de Français qui avaient boudé les urnes au premier tour. Appel visiblement entendu, puisque partout en France on a constaté une très forte hausse des demandes de procuration, en particulier chez les étudiants. Sur l’ensemble de la journée, la participation (58 à 59%) a connu un net rebond, d’environ 9 points au niveau national, selon les instituts.

Ainsi, Elisabeth, étudiante de 24 ans à Lille, a « fait ce qu’il faut contre le FN ». Certains sont toutefois restés imperméables à ces arguments, comme Abdel, 38 ans, croisé dans la matinée dans les rues de Clermont-Ferrand: « Ils n’auront pas ma voix, même pour battre le FN » D’autres étaient très agacés par la diabolisation du vote FN. Ainsi, à Marseille, Fabienne, une VRP de 60 ans, a voulu » donner une leçon »: « J’ai choisi la blonde », comprendre Marion Maréchal-Le Pen. –

Suspense en Île-de-France
Après une série de très lourdes défaites électorales depuis le début du quinquennat de François Hollande (municipales, européennes et départementales), le PS est parvenu à limiter les dégâts alors que la reprise économique se fait toujours attendre et que le chômage est à un niveau record. Lui qui détenait 21 des 22 anciennes régions (sauf l’Alsace) a fait alliance entre les deux tours quasiment partout avec ses traditionnels partenaires de gauche (écologistes et Front de gauche) et, selon les sondeurs, a pu sauver ses bastions de l’ouest: Aquitaine-Poitou-Charentes, Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon et Bretagne, où le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian l’a emporté sans coup férir.

L’Ile-de-France, dont les résultats seront connus plus tard dans la soirée, restait très disputée entre Valérie Pécresse (LR) et Claude Bartolone (PS).

A droite, les hostilités risquent de démarrer très vite, avec la perspective de la primaire de novembre 2016 pour la présidentielle, qui va focaliser tous les débats des mois à venir. La contre-performance du premier tour, atténuée au second (avec le gain notamment de Rhône-Alpes-Auvergne, Nord, Paca, Pays-de-la-Loire), a en effet entraîné des critiques en interne contre Nicolas Sarkozy. La droite gagne le Grand Est où le candidat de gauche Jean-Pierre Masseret a refusé de se désister malgré les consignes du PS.

Le président des Républicains a tenté de désamorcer la grogne en promettant la tenue d’un Conseil national pour débattre de la « ligne » du parti. Ses propos sur le vote FN qui n’est pas « immoral », clin d’oeil appuyé à l’électorat frontiste, n’ont pas été du goût de MM. Bertrand et Estrosi, qui devaient convaincre les électeurs de voix de gauche.

Le gouvernement n’a de son côté pas l’intention de changer de ligne. Avant même les régionales, le chef de l’Etat semblait bien décidé à ne pas procéder à un remaniement gouvernemental rapide, du moins pas avant la fin de l’état d’urgence fin février. Et Manuel Valls est assuré de rester à Matignon jusqu’à la fin du quinquennat.

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