Le gel difficile de la fortune des Ben Ali

Le gel difficile de la fortune des Ben Ali

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Les proches du président tunisien déchu sont dans le viseur de la cellule française de lutte anti-blanchiment, Tracfin. Nicolas Sarkozy a déclaré samedi que Paris avait «pris les dispositions nécessaires pour que les mouvements financiers suspects concernant des avoirs tunisiens en France soient bloqués administrativement».

En clair, le gouvernement français a demandé aux enquêteurs de Tracfin «d’exercer une vigilance particulière» et de lancer des «blocages administratifs» si besoin. L’objectif: que l’argent provenant de présumés pots-de-vin et de spoliations placés en France ne puisse pas être évacué vers des cieux plus cléments par les familles du président en fuite Zine el-Abidine Ben Ali et de sa femme Leïla Ben Ali Trabelsi. La fortune de Ben ali est estimée à 5 milliards d’euros par le magazine américain Forbes.

«Mesures de vigilance»

Dimanche 16 janvier, Tracfin a publié sur son site Internet une note destinée aux professionnels. La cellule invite ces derniers «à appliquer avec une particulière attention les mesures de vigilance». En cas de mouvements suspects, Tracfin peut, dans un premier temps, «bloquer [les fonds] pendant 48 heures et ensuite saisir une instance judiciaire», a précisé la ministre de l’Économie Christine Lagarde. «C’est très souvent ce qu’il se passe dans des situations troubles de ce type, en cas de changement et de transition de régime.»

Au-delà de ces 48 heures, seule une décision de justice ou des sanctions internationales peuvent entraîner le gel des avoirs suspects. Bercy liste trois types de sanction : celles imposées par les Nations unies ; celles mises en place par l’Union européenne et celles émanant de la justice française.

Problème, note Danièle Lebègue, président de Transparency International France, «si des avoirs sont bloqués 48 heures et si cela n’est pas suivie d’une décision de justice, les Tunisien incriminés retrouveront-ils leurs fonds mal acquis?», s’interroge le responsable de l’ONG.

«Éviter une évaporation des sommes»

Transparency International et l’ONG Sherpa portera donc plainte mardi matin pour obtenir une intervention de la justice comme une décision conservatoire du type gel des avoirs. Avant une restitution des fonds à la Tunisie. «Il faut absolument éviter une évaporation des sommes vers le Moyen-Orient et les paradis fiscaux», insiste Danièle Lebègue. Les deux associations sont déjà à l’origine de la plainte en France contre trois chefs d’Etat africains, Ali Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzavile) et Teodoro Obiang (Guinée équatoriale) dans l’affaire dite des «biens mal acquis».

Le clan des Ben Ali et des Trabelsi, qui possède des résidences en France, n’a probablement pas placé tous ses œufs dans le même panier. «Les Trabelsi ont beaucoup investi à Dubaï, notamment dans l’immobilier», indique Catherine Graciet, journaliste et auteur de «la régente de Carthage», une enquête sur la femme de l’ex-président. «Ben Ali s’est récemment rendu en Argentine et soignait son cancer à Malte, ce qui laisse supposer qu’il y a placé une partie de sa fortune.» Les cercles d’exilés tunisiens de Paris bruissent également de rumeurs de placements en Suisse et à Monaco. Autant d’endroits où le gel des avoirs n’est pas une pratique toujours très répandue.

 

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