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Les relations Maroc-UE ne sont décidément pas un long fleuve tranquille. Alors que le conseil de l’Union européenne vient de faire appel de la décision d’annulation de l’accord agricole conclu avec le Maroc, laissant présager un retour à la normale dans les relations entre le royaume et l’Union européenne, le Chef du gouvernement a annoncé, ce jeudi 25 février, la suspension des relations bilatérales.

L’annonce a été faite lors du conseil de gouvernement, après une rencontre entre Abdelilah Benkirane et l’ambassadeur de l’UE au Maroc, Rupert Joy. « Nous sommes désolés d’avoir été contraints à suspendre toute relation avec l’Union européenne jusqu’à ce que soient éclaircies les raisons qui ont motivé ces intérêts juridiques », a annoncé le chef du gouvernement en ouverture du Conseil du gouvernement.

Une décision « pour attirer l’attention de l’UE »

Pour Benkirane, cette relation ne pourra être reprise que si « le Maroc a les garanties qu’il sera l’allié principal de l’UE au niveau des décisions judiciaires qui concernent la région », soulignant que cette démarche entreprise par le Maroc intervient « afin d’attirer l’attention de l’Union européenne uniquement ».

« Ces choses doivent être claires pour les Européens: nous ne cherchons pas à nous immiscer dans leur justice, mais ils devraient réévaluer tous les paramètres du fait que c’est une cause géostratégique »

Concernant la suspension de l’accord, Benkirane juge « dangereuse » cette décision, appelant l’UE à faire marche arrière lors de la prochaine phase du jugement.

Lors de son discours, le Chef du gouvernement a estimé que « la cause du Sahara pour le royaume du Maroc n’est pas une cause commerciale », précisant que « le royaume du Maroc est un allié sincère et fidèle aux pays européens depuis la sortie du pays de l’époque coloniale ».

« Ces choses doivent être claires pour les Européens: nous ne cherchons pas à nous immiscer dans leur justice, mais ils devraient réévaluer tous les paramètres du fait que c’est une cause géostratégique », a-t-il conclu.

Le Maroc refuse d’être « réduit à des procédures législatives »

Dans un communiqué publié jeudi, le ministère de la Communication précise que « le gouvernement renouvelle son refus catégorique de la décision de la Cour de justice européenne », dénonçant « la nature politique de cette décision et les considérations erronées prises en compte « en violation du droit international ».

Le gouvernement, à travers son porte-parole, a également « exprimé sa déception concernant l’absence de transparence dans la gestion de cette question par certains services de l’Union européenne ».

Le Maroc refuse, enfin, d’être « réduit à des procédures législatives » et « balancé entre les différents services de l’Union européenne » et appelle l’UE à « réagir de manière positive et responsable lors de la prochaine phase de la procédure législative en cours ».

Le communiqué du ministère de la Communication rappelle enfin que « tout contact avec un établissement européen sera suspendu, à l’exception des échanges attendus sur ce dossier ».

Le porte-parole du gouvernement annonce également la création « d’une délégation constituée de membres des ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de l’Agriculture et la pêche maritime » afin de suivre de près l’évolution de ce dossier et de « proposer des démarches pouvant être adoptées afin de protéger les intérêts nationaux légitimes ».

Selon une source diplomatique européenne, c’est « l’incompréhension », notamment par rapport au timing, dans la mesure où « le conseil de l’Union européenne a voté à l’unanimité et déposé un appel à la décision de la Cour européenne de justice annulant l’accord agricole avec le Maroc. Nous étions dans une phase de normalisation et nous faisions en sorte que le jugement du tribunal ne porte pas atteinte à la coopération entre les deux parties ».

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