Le palmier dattier au cœur du développement oasien

Le palmier dattier au cœur du développement oasien

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Espace de rencontres entre les différents opérateurs de la filière, ce salon permettra l’échange des progrès techniques et technologiques en matière de production et de valorisation des dattes, l’exposition des produits de l’agriculture régionale et le renforcement du Moussem traditionnel des dattes.

Cet événement est appelé à drainer davantage de visiteurs dans cette région sublime, célèbre pour ses dunes féeriques de Merzouga. Michel Jarre les a d’ailleurs immortalisées lors d’un méga concert sous la thématique « L’eau source de vie ».

L’importance socio-économique et environnementale de la phoéniciculture est loin d’être négligeable. Selon des données émanant  de l’ORMVAT (Office régional de mise en valeur agricole du Tafilalet), l’ORMVAO (Office Régional de Mise en Valeur Agricole de Ouarzazate) et l’Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier,  les palmeraies, menées en général en culture mixte, permettent la subsistance de nombreuses familles dont les moyens d’existence reposent sur l’exploitation du dattier, des cultures sous-jacentes et des sous-produits que cet arbre prodigue dans un milieu aux ressources particulièrement limitées. En outre, la datte que beaucoup considèrent comme un fruit-dessert, est l’aliment de base pour plus d’un million d’habitants et peut servir à l’élaboration de produits alimentaires de grande valeur énergétique et diététique.

Quant au rôle écologique et environnemental du palmier dattier, il y a lieu de souligner que cette espèce constitue la structure de base de l’agronomie des oasis marocaines notamment par la création d’un microclimat indispensable au bon développement des cultures sous jacentes allant jusqu’à trois étages de végétation (les cultures saisonnières annuelles ou pluriannuelles, les arbres fruitiers et le palmier dattier).

Un autre intérêt non moins important, d’ordre agro-touristique, mérite d’être signalé eu égard au rôle primordial du palmier dattier dans le maintien de l’identité écologique de son environnement (cas de la palmeraie de Marrakech) et du tourisme.
Conscient des contraintes dont souffre le secteur phoenicicole, le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et des Pêches maritimes avait mis en œuvre en 1987/88 un plan national pour la restructuration et le développement de la palmeraie au niveau des principales régions phoenicicoles. Une évaluation objective et un éclairage sur les performances réalisées et les problèmes rencontrés, après une décade d’exécution dudit plan, s’avère nécessaire, afin de réactualiser et les objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour leur concrétisation.

Notons que le palmier dattier, arbre providence des régions désertiques, est principalement localisé dans l’hémisphère Nord entre les parallèles 10° à 35°, notamment aux abords du Golfe Persique, en Afrique du Nord et en Asie ainsi qu’en Amérique où il fut introduit dès le 18ème siècle. Le nombre de dattiers existant dans le monde est estimé à plus de 100 millions de palmiers. Sa répartition spatiale fait ressortir que plus de 80% du potentiel de production est détenu par le monde arabe. Le Maroc, avec 4,4 millions de pieds, occupe le 8ème rang.

Quant à la production mondiale de dattes, elle est évaluée à 3,7 millions de tonnes dont environ 70% sont générées par les pays arabes. Le Maroc vient au 8ème rang avec environ 3% de la production moyenne mondiale.

Au Maroc,  le palmier dattier, implanté principalement le long des vallées du Ziz et du Drâa, est considéré comme l’une des plus vieilles espèces fruitières du pays. Sa culture, symbole de fertilité et de prospérité des zones sahariennes et présahariennes, constitue l’une des principales spéculations agricoles au niveau de ces zones. Elle occupait, il y a plus d’un siècle, une importante superficie avec plus de 15 millions de pieds, ce qui plaçait le Maroc au 3ème rang mondial pour la production de dattes. Une partie de cette production faisait même l’objet d’exportation, notamment sur le marché anglais qui appréciait la qualité des dattes marocaines représentées essentiellement par les variétés Mejhoul et Boufeggous.

Actuellement, ce secteur couvre une superficie d’environ 44  000 Ha correspondant à environ 4.430.000 palmiers, soit une densité moyenne de 100  pieds à l’hectare. L’aire géographique de ce patrimoine est représentée essentiellement par le Sud de la chaîne montagneuse du Haut Atlas et de ses contreforts, principalement à Ouarzazate (1.800.000 palmiers),  le Tafilalet (1.250.000 palmiers) et Tata (870.000 palmiers), qui représentent plus de 90% de l’effectif total. Le Nord du Haut Atlas: région de Marrakech (100.000 touffes) est plus un centre touristique qu’une palmeraie économique. L’Est du Haut Atlas : Palmeraie de Figuig (126.000 palmiers). La répartition régionale du patrimoine phoenicicole national révèle sa concentration au niveau de trois principales régions à savoir : Ouarzazate (41%), Tafilalet (28%) et Tata (20).

Toutefois, il y a lieu de signaler que les zones à vocation phoenicicole couvrent une superficie totale de 471 .000 km2 représentant près des deux tiers du territoire national. Elles sont constituées par 12 provinces à savoir: Figuig, Errachidia, Ouarzazate, Zagora, Tata, Agadir, Tiznit, Guelmim, Tan-Tan, Laâyoune, Smara et Oued Eddahab.

Quant à l’évolution de la superficie phoenicicole, elle est passée de 85.000 Ha en 1947/48 à environ 44.000 Ha actuellement. Cette régression est essentiellement due à des  facteurs comme la maladie du Bayoud qui est à l’origine de la destruction de plus des 2/3 du patrimoine phoenicicole, l’effet des sécheresses prolongées qui ont entraîné le dessèchement partiel ou total de plus de 500.000 palmiers. Durant les années 80, près de 350.000 palmiers ont été desséchés dans les seules palmeraies d’Ouarzazate et d’Errachidia.  Le problème de l’ensablement des palmeraies, le détournement des populations vers d’autres activités plus rémunératrices, privant l’activité ph

œnicicole de la main d’œuvre nécessaire à l’exécution des travaux requis pour l’entretien de la culture.
Malgré ces contraintes, la composition variétale de notre patrimoine est caractérisée par l’existence d’une multitude de variétés dont une forte proportion est constituée de khalts (47,5% : variétés non identifiées). Parmi les variétés les plus intéressantes, on cite particulièrement Mejhoul (0,3%), Boufeggous (12,2%), Bouskri (2%) et Jihel (12%).

A noter, cependant, que la grande diversité du profil variétal du patrimoine phœnicicole national, si elle présente une richesse génétique, est à l’origine de l’hétérogénéité de notre production dattière. De ce fait, une sélection clônale et variétale s’impose, sachant qu’un grand nombre de variétés existantes sont issues de semis et présentent une qualité dattière relativement médiocre.
Le palmier dattier constitue l’ossature principale de l’écosystème oasien des régions sahariennes et présahariennes du Maroc. Il contribue à la formation des revenus agricoles pour 1 million d’habitants à hauteur de 20 à 60%. Il assure, en outre, un microclimat favorisant le développement des cultures sous-jacentes et fournit, en plus de la datte, divers matériaux destinés à l’artisanat, à la construction ou à la production d’énergie.

Sur le plan économique, les dattes occupent une place importante parmi les productions fruitières au niveau national avec une valeur brute moyenne de l’ordre de 500 millions de dirhams. En outre, elles constituent le support d’une activité commerciale importante entre le Sud et le Nord du pays et contribuent à la création de l’emploi et à la stabilisation des populations dans les zones présahariennes à équilibre agro écologique fragile.

Par ailleurs, la production nationale fluctue énormément d’une année à l’autre en raison des conditions climatiques, du profil variétal et de la qualité des soins apportés. Toutefois, la régulation des eaux dans le Draâ et le Ziz au moyen de la grande hydraulique a permis d’atténuer ces fluctuations et de réduire l’effet des sécheresses prolongées sur la productivité et la survie des palmiers.

En dépit des contraintes précitées, le secteur dattier compte à son actif plusieurs atouts tant à l’amont qu’à l’aval de la production. A l’échelle des exploitations agricoles, on relève les principales opportunités suivantes :  L’existence d’une large marge de progression des performances du secteur notamment en termes d’amélioration de la productivité, de la qualité et de la valeur ajoutée des produits dattiers, la richesse du patrimoine variétal national du palmier dattier avec l’existence de variétés de renommée mondiale qu’il convient d’exploiter à des fins économiques et commerciales, l’existence d’un savoir-faire local à canaliser dans le cadre de programmes d’amélioration des techniques de conduite de la culture, la forte charge culturelle, religieuse et civilisationnelle que symbolise le palmier dattier auprès des populations ce qui peut drainer l’intérêt des bailleurs de fonds pour le financement de projets de développement au niveau des régions concernées par cette culture, la disponibilité de l’expertise nationale spécialisée dans la culture du palmier dattier à mobiliser au service  des actions d’assistance technique, de  recherche- développement et d’encadrement du secteur, l’existence de potentialités réelles pour l’extension de l’aire de culture du palmier dattier.

S’agissant du commerce intérieur des dattes, il présente des potentialités importantes en raison du faible niveau de consommation actuel, de l’évolution croissante de la demande et du rythme important de l’accroissement démographique. En effet, on assiste ces dernières années à un accroissement sans précédent du volume  des importations de dattes qui a atteint 30.000 tonnes/an en moyenne. Il convient de souligner, également, l’évolution des habitudes alimentaires constatée ces dernières années où la datte commence à occuper une place de plus en plus prépondérante dans l’assiette des ménages marocains en tant que fruit consommée durant toute l’année.

De ce fait, et compte tenu des vertus diététiques et nutritionnels de la datte et de sa place dans les habitudes et traditions dans plusieurs régions, le marché potentiel de la datte au Maroc est  important et peut atteindre 160.000 tonnes, soit le double de la production moyenne actuelle, sur la base d’une consommation moyenne de l’ordre de 5 kg / habitant / an et une population de plus 30 millions d’habitants.

Concernant le marché extérieur, les possibilités d’exportation de la datte marocaine de bonne qualité sont prometteuses. Les investigations futures doivent être orientées vers les pays européens qui abritent une forte communauté marocaine notamment la France, l’Espagne, l’Italie, le Royaume Uni, l’Allemagne et les pays Scandinaves.

Par ailleurs, des opportunités réelles sont également à saisir pour certains créneaux à haute valeur ajoutée, en particulier  les Produits de terroir labellisés,  notamment à travers l’exploitation à bon escient du label de Réserve de Biosphère octroyé, par l’UNESCO, aux oasis du Sud marocain à partir du 10 novembre 2000, ainsi qu’à travers la valorisation adéquate des caractéristiques singulières des contextes naturel, culturel, humain et historique très riches et  diversifiés des régions concernées.
Cette situation explique l’intérêt grandissant porté sur les palmeraies de la part du gouvernement marocain et des bailleurs de fonds internationaux avec l’initiation de nombreux programmes de développement et de mesures structurantes visant la préservation du patrimoine phoenicicole, tels que la mise en œuvre, depuis 1986, du Plan National de restructuration et de développement de la palmeraie, l’inscription, en 2000, des oasis du Sud marocain dans le Réseau mondial des Réserves de Biosphère de l’UNESCO et la création, en novembre 2009, de l’Agence Nationale de Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier.

Hassan BENMAHMOUD

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