Le parlement catalan met à mort la corrida

Le parlement catalan met à mort la corrida

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Les députés catalans ont voté, par 68 voix pour et 55 contre, en faveur d’une « Initiative législative populaire » (ILP, permettant à de simples citoyens de proposer un texte de loi) qui réclamait la fin de ces spectacles « barbares ».

La Catalogne est ainsi devenue la deuxième région d’Espagne à interdire les corridas, après l’archipel des Canaries qui avait banni les spectacles tauromachiques en 1991.

La décision acquise grâce notamment au vote favorable des indépendantistes de gauche d’ERC et d’une partie des nationalistes de centre-droit de CiU, a provoqué les vivas des militants anti-taurins de l’association « Prou! » (« Assez! » en catalan), à l’origine du vote.

A l’extérieur du parlement régional, l’ambiance était tendue entre les quelques dizaines de manifestants pro et anti-taureaux, réunis à l’occasion de ce vote « historique ».

Coup dur pour les tenants de la tradition
La prohibition a provoqué la consternation dans le monde tauromachique espagnol qui traverse une période morose en raison de la crise économique et d’une relative désaffection des spectateurs.

C’est une « agression » contre une tradition espagnole qui va provoquer une « prise de conscience et une mobilisation » du monde taurin espagnol, a estimé l’imprésario français Simon Casas, lui-même ancien torero.

M. Casas a toutefois reconnu que cette interdiction n’était pas une « grande perte » dans une région de Catalogne où le tauromachie avait déjà pratiquement disparu.

Pour le torero espagnol Manuel Jesus « El Cid », la décision catalane est « un véritable attentat contre la liberté » et l’association pro-corridas « Plate-forme pour la défense de la Fiesta » a annoncé un recours auprès du Tribunal constitutionnel.

Amis des animaux ravis
A l’inverse, le vote catalan a provoqué l’euphorie des défenseurs des animaux. Cette « victoire représente la porte ouverte à l’abolition de la tauromachie dans le monde entier », a exulté Aïda Gascon, directrice de l’association AnimaNaturalis.

La décision catalane a été aussi saluée en France. « C’est une victoire de la dignité sur la cruauté. La corrida est d’un sadisme incroyable, nous n’en sommes plus aux jeux du cirque et il faut mettre un terme immédiat à cette torture animale », a déclaré la défenseur des droits des animaux Brigitte Bardot.

Avant le vote au Parlement de Barcelone, le débat s’était cantonné à la défense du droit des animaux pour les uns et à celle de la liberté des « aficionados » pour les autres, sans glisser sur le terrain politique.

Vote anti-cruauté ou anti-Espagne?
Mais les milieux conservateurs espagnols ont rapidement accusé les députés catalans d’arrière-pensées nationalistes et identitaires contre cette tradition très « espagnole ».

Certains y ont vu un réflexe revanchard après le rejet fin juin par le Tribunal constitutionnel d’une partie des prérogatives accordées à la Catalogne dans son nouveau statut d’autonomie.

La prohibition de la « Fiesta nationale » espagnole n’a « rien à voir avec la maltraitance animale », mais vise à « rompre les liens » entre la Catalogne et l’Espagne, a déclaré la présidente conservatrice de la région de Madrid, Esperanza Aguirre.

Anticipant la décision catalane, plusieurs régions espagnoles, dont celle de Madrid, avaient annoncé leur intention d’inscrire la tauromachie à leur « patrimoine culturel » pour la protéger.

Le Parti populaire d’opposition (PP, droite) a annoncé mercredi qu’il déposerait rapidement au Parlement national, une initiative pour défendre la liberté des citoyens d’assister à cette « manifestation d’intérêt culturel ».

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