Le président tunisien Ben Ali quittera le pouvoir en 2014

Le président tunisien Ben Ali quittera le pouvoir en 2014

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Confronté aux émeutes, il a laissé entendre jeudi soir qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat, refusant que la limite d’âge pour être candidat à la présidentielle – 75 ans, alors qu’il en a 74 – soit touchée.

Le président tunisien a de nouveau tenté jeudi d’apaiser les émeutiers. Quitte, pour cela, à faire une annonce inattendue. Zine el Abidine ben Ali, qui dirige le pays depuis 1987, a ainsi laissé entendre qu’il ne briguerait pas de nouveau mandat en 2014. Il a également demandé aux forces de l’ordre de ne plus faire usage d’armes à feu contre les manifestants, alors que le pays recense au moins 23 morts depuis le début du mouvement de contestation mi-décembre.

«J’ai dit en 1987 qu’il n’y aurait pas de présidences à vie. Je le répète à présent: pas de présidences à vie. Je refuse de toucher à la Constitution, je ne changerai pas l’âge inscrit dans la Constitution (75 ans ndlr)», a déclaré Ben Ali dans un discours télévisé, le troisième depuis les premiers troubles le 17 décembre. Le chef d’Etat affiche 74 ans et l’on s’attendait à ce qu’il modifie la Constitution sur ce point. Autre nouveauté, le président tunisien s’est exprimé en arabe dialectal -langue parlée au quotidien – et non en arabe littéraire, la langue des élites.

«Je vous ai compris»

Outre l’arrêt de l’usage d’armes à feu contre les manifestants, Ben Ali a également promis une plus grande liberté d’information : «J’ai décidé d’une totale liberté de la presse et de l’arrêt des fermetures de sites internet», a-t-il annoncé, affirmant aux Tunisiens : «Je vous compris». Le président a poursuivi son discours sur un ton inhabituel, affirmant avoir été «trompé» sur l’analyse de la crise sociale qui agite son pays. «La situation aujourd’hui nécessite un profond changement et de travailler main dans la main (le pouvoir et les opposants) pour le bien du pays, a-t-il déclaré. Je réaffirme ici que j’ai l’intention d’approfondir la pratique démocratique et de revitaliser le pluralisme».

Le chef de l’Etat a enfin ordonné une baisse des prix du pain, du lait et du sucre, la cherté des matières premières étant l’un des motifs de mécontentement des contestataires.

La FIDH recense 66 morts

Lors d’un précédent discours, Ben Ali avait déjà promis la création de «300.000 emplois» d’ici 2012, en plus des 50.000 annoncés par le patronat, pour offrir un travail à «tous les diplômés du supérieur dont la durée de chômage aura dépassé les deux ans». Il a également limogé le ministre de l’Intérieur.

La Tunisie est secouée par les émeutes depuis le 17 décembre, lorsqu’un vendeur ambulant de Sidi Bouzid (centre), diplômé mais au chômage, s’est immolé par le feu, désespéré de voir sa marchandise confisquée par la police. Mort de ses blessures quelques semaines plus tard, il est devenu le symbole du mal-être de la jeunesse tunisienne, accablée par la cherté de la vie et le chômage, y compris de diplômés. Le mouvement s’est propagé à plusieurs régions du pays,atteignant mercredi le centre de Tunis.

Les affrontements avec les forces de l’ordre auraient fait 23 morts selon le gouvernement, mais des témoins et les syndicats évoquent au moins une cinquantaine de morts. La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) recensait pour sa part jeudi 66 morts : sept suicides et 59 personnes tuées lors de manifestations, «la plupart» par balles.

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