Le soutien russe à la Syrie n’est qu’une question d’intérêt

Le soutien russe à la Syrie n’est qu’une question d’intérêt

332
0
PARTAGER

Cela devient une habitude. Chaque proposition commune faite par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, d’un texte de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU pour agir contre la répression meurtrière, se heurte au refus de la Russie. Une position qui bloque toute velléité d’action des Nations unies, puisque, comme les trois pays occidentaux, Moscou dispose – au même titre également que Pékin – d’un droit de veto et d’un siège permanent au Conseil.

Et cela a encore été le cas vendredi 26 janvier. Paris, Londres, Berlin ainsi que plusieurs pays arabes ont présenté au Conseil de sécurité un projet de résolution, lequel reprenait les grandes lignes du plan annoncé la semaine dernière par la Ligue arabe : transfert du pouvoir du président Bachar el-Assad à son vice-président et arrêt « immédiat » de toutes les attaques et violations des droits de l’homme commises par le gouvernement. Mais Vitali Tchoukine, l’ambassadeur russe à l’ONU a opposé une réponse claire : « j’ai dit clairement que la Russie ne considérait pas ce projet de texte comme une base d’accord ». Avant d’ajouter, de manière tout aussi claire : « cela ne veut pas dire que nous refusons de discuter ». Deux phrases révélatrices de la position russe vis-à-vis de la répression en Syrie.

La Syrie, dernier partenaire au Proche-Orient

Si Moscou se refuse à accepter que soit votée une résolution qui priverait Bachar el-Assad de ses pouvoirs, c’est d’abord parce que le régime hérité de son père par l’actuel président, a noué depuis 40 ans des relations très fortes avec la Russie. Sur le plan économique, « la Syrie est un très bon client de la Russie qui n’exporte plus rien sinon des matières premières et des armes », dont la Syrie est acheteuse, note Hélène Blanc, politologue et spécialiste de la Russie. Et ces échanges sont clairement sur un pente ascendante : de 2004 à 2008, leur volume est passé de 220 millions à 2 milliards de dollars. Les deux pays ont en outre mis en route ou planifié nombre de projets de collaboration, dans le domaine des transports ferroviaires ou maritimes ou du tourisme.

Mais le soutien russe à Damas s’explique également par des facteurs stratégiques : « il y a une volonté pour Moscou de garder une présence dans la région. Au temps de la guerre froide, l’URSS était présente dans la région avec plusieurs partenaires, que la Russie n’a plus aujourd’hui, à l’exception de la Syrie », explique Agnès Levallois, spécialiste de la Syrie. Ainsi, Moscou est en train d’agrandir sa base militaire à Tartous sur les côtes syriennes, concédée au temps de l’URSS, et qui lui confère un point stratégique crucial pour l’accès aux « mers chaudes » et qui permet à Moscou de s’éviter, pour les rejoindre, de passer par les détroits contrôlés par la Turquie, membre de l’Otan.

Par ailleurs, le refus de Moscou est aussi mu par sa relation avec les Occidentaux. Très clairement, la Russie garde en travers de la gorge l’exemple libyen : la France et le Royaume-Uni ainsi que leurs alliés ont, à ses yeux, outrepassé les droits que leur conférait la résolution qu’ils avaient fini par la convaincre voter. Or, la Libye était un allié de la Russie « à la syrienne », avec lequel le commerce, notamment d’armes, était assez juteux. La Russie n’avait surement pas anticipé que le conflit en Libye se terminerait par la mort de Kadhafi, et ne souhaite pas être associée, si cela devait arriver, à un scénario similaire concernant Bachar el-Assad.

Garantir la pérénité d’une présence

La position de Moscou envers Damas est-elle donc immuable ? Pas forcément. Si ces facteurs jouent, elle apparaît comme étant surtout guidée par une question d’intérêt. La Russie ne tient pas spécialement au régime d’el-Assad mais surtout à ses perspectives d’affaires en Syrie. En somme, pour Agnès Levallois, elle pourrait appuyer le projet de résolution « le jour où elle serait tout à fait sûre de savoir qui prendrait le pouvoir à la suite de Bachar el-Assad et qu’elle pourrait nouer un accord lui garantissant la pérennité de sa présence dans la région et dans ce pays en particulier ». Un dialogue entre Moscou et l’opposition syrienne est noué, ce qui provue que la Russie n’est pas un soutien inconditionnel du régime syrien actuel.

Dans cette optique, l’opposition syrienne, dont la plupart des composantes se sont regroupées au sein d’un Conseil national syrien, veille à entretenir le dialogue avec Moscou. Et à aplanir ses divergences internes. Deux chantiers dont l’aboutissement est ceci dit très incertain. « Elle ne sait pas ce qu’elle peut attendre des opposants, mais elle sait quoi attendre d’el-Assad. Ce que veut la Russie, je ne suis pas sûre que l’opposition syrienne lui donnerait », nuance par ailleurs Hélène Blanc. Notamment si l’opposition est soutenue, et c’est pour l’instant, par les principaux pays européennes et les Etats-Unis, amis mais concurrents de la Russie.

En parallèle, les Occidentaux veulent tenter de convaincre la Russie qu’elle ne perdra rien dans le scénario d’un changement de régime à Damas. Or, « la négociation n’est pas dans la culture soviétique, ni russe. Il ne faut pas oublier que Poutine est l’ancien chef du KGB », note Hélène Blanc. Et si la Russie se laissait convaincre de signer une résolution condamnant la répression, quid de la Chine ? « D’un point de vue diplomatique on voit mal la Chine faire cavalier seul. Elle veut avant tout garder des relations privilégiées avec l’ensemble des pays de la région pour des raisons économiques, donc elle ne prendra pas le risque de désolidariser », tranche Agnès Levallois.

Il s’agit donc pour les Occidentaux de se concentrer sur la Russie, et de jouer la carte de son intérêt, quitte à leur faire quelques concessions dans la région. Un jeu d’équilibriste dangereux, car nul doute que Washington, Paris et Londres tentent, en condamnant la répression, de placer leurs pions dans la Syrie de l’après el-Assad. Mais c’est aussi par ce canal tortueux que peut passer la fin des violences qui ont fait, selon l’ONU, déjà 5 000 morts.

 

rfi.fr_______________

 

Faites vos achats en quelques clics sur www.economat.ma , le 1er supermarché en ligne à Rabat

 

 

www.actu-maroc.com

actumaroc@yahoo.fr

 

Commentaires