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Au total, 50.000 téléphones vont être progressivement déployés sur les trois prochaines années dans 178 établissements pénitentiaires français.

C’est un changement de taille que s’apprête à connaître le milieu carcéral français. La Chancellerie a décidé d’installer des téléphones fixes dans la quasi-totalité des cellules des prisons françaises, a révélé Le Monde. L’appel d’offres a été lancé en novembre. En tout, plus de 50.000 téléphones vont être progressivement déployés sur les trois prochaines années dans 178 établissements pénitentiaires, à l’exception des quartiers disciplinaires. Bientôt, prévenus comme détenus pourront appeler, depuis leur cellule, une liste de numéros préalablement autorisés par un juge (pour les prévenus) ou par l’administration (pour les personnes définitivement condamnées).

Cette décision prise en septembre par la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, découle d’une expérimentation menée depuis l’été 2016 dans la prison de Montmedy, dans la Meuse. Là-bas, les 290 détenus bénéficient d’une ligne fixe personnelle et ne sont plus obligés de passer leurs coups de téléphone depuis des postes disposés dans la cour de promenade ou dans les coursives, souvent bruyantes et très fréquentées. En moyenne, ils composent quatre numéros mais peuvent avoir jusqu’à 20 contacts dans leur répertoire.

Appels enregistrés et surveillées

L’objectif de cette mesure est pluriel: élargir les plages horaires d’accès au téléphone et améliorer la confidentialité des appels «pour favoriser le maintien des liens familiaux et prévenir les suicides». Actuellement, les créneaux horaires dédiés aux appels sont limités à quelques heures par jour et dans certains établissements, on compte seulement un téléphone pour 100 personnes. De quoi créer des tensions entre détenus. À Montmédy, les résultats se sont avérés encourageants. Après un an et demi d’utilisation, le temps de communication a été multiplié par quatre, assure une source de l’administration pénitentiaire. Autre effet jugé positif à court terme: une baisse de 31 % de la circulation des téléphones portables, interdits en prison. Pour autant, l’administration pénitentiaire se veut prudente: «On sait que ce n’est pas un dispositif miracle et que ce n’est qu’une partie de la solution.»

«On sait que ce n’est pas un dispositif miracle et que ce n’est qu’une partie de la solution.»

Une source de l’administration pénitentiaire

Si la mesure est «par principe» jugée favorable par des syndicats, elle reste critiquée sur plusieurs aspects. Jean-Michel Dejenne, conseiller national au Syndicat national des directeurs pénitentiaires (SNDP), entrevoit des dérives: «Certains pourront notamment passer des appels à la place de leur codétenu et ainsi utiliser des numéros non autorisés.» Des craintes auxquelles l’administration pénitentiaire tente de répondre: «Ces appels sont enregistrés et surveillés. Si on constate des entorses au règlement, nous prendrons des sanctions», réplique-t-on. «Faut-il encore avoir suffisamment de personnels pour les écoutes», ironise de son côté Jean-François Forget, secrétaire général de l’UFAP-Unsa Justice. «Si les appels augmentent, il faut plus de moyens», affirme-t-il. «Mais surtout, insiste le responsable syndical, ce n’est pas l’installation de téléphone filaire qui va régler le problème des téléphones portables en prison».

33.000 mobiles saisis en 2016

En 2016, plus de 33.000 mobiles et accessoires (carte SIM, chargeurs, etc.) ont été saisis. Un chiffre qui devrait augmenter en 2017 puisqu’on dénombre déjà plus de 19.000 saisies rien que sur le premier semestre de l’année dernière. Pour lutter contre ce fléau, «il est indispensable de mettre en place des brouilleurs nouvelle génération», réclame le syndicaliste.

Actuellement, il y en a 804 sur le parc pénitentiaire mais la plupart sont obsolètes. Consciente du problème, la Chancellerie a décidé de lancer un second appel d’offres fin décembre. «Plutôt que d’acheter des brouilleurs sur catalogue, on demande à des professionnels de garantir l’efficacité et l’entretien des brouilleurs», explique-t-on à l’administration pénitentiaire. Coût de cette seconde mesure: 15 millions d’euros par an. Une dépense conséquente comparée à celle des téléphones fixes dont l’installation et l’entretien seront à la charge du prestataire et les communications à la charge du détenu. Les premiers établissements devraient être équipés en téléphone fixe d’ici à la fin de l’année.

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