Les changements climatiques imposent au secteur agricole d’adapter ses capacités pour garantir...

Les changements climatiques imposent au secteur agricole d’adapter ses capacités pour garantir la sécurité alimentaire

252
0
PARTAGER

— Par El Hassanya Aqqad —

Si l’agriculture participe aux changements climatiques avec l’émission de gaz à effets de serre, même à faible proportion, elle en subit également les effets. Plus de 80 pc de la variabilité de la production agricole est due aux conditions climatiques dans le monde, a déclaré à la MAP, M. Riad Balaghi, chef du département de l’environnement et des ressources naturelles à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA).

+ L’agriculture, un secteur particulièrement vulnérable aux changements climatiques+.

Les changements climatiques, qui devient une préoccupation majeure au niveau mondial, devront se traduire par une fréquence accrue des phénomènes climatiques extrêmes, une variabilité plus importante de la production agricole dans toutes les régions, particulièrement dans les pays du sud aux capacités d’adaptation faibles, a averti cet expert, lauréat du prix de la FAO, à l’occasion de la célébration de journée mondiale de la Terre .

Au Maroc, le rendement agricole, notamment des cultures pluviales et celles où le progrès technologique reste faible, sera affecté inéxorablement par l’impact des changements climatiques, a constaté M. Balaghi.

La sécurité alimentaire au Maroc repose essentiellement sur une agriculture pluviale qui domine largement les superficies cultivées, a-t-il relevé.

Les études d’impact des changements climatiques sur l’agriculture marocaine prévoient notamment une chute de la productivité agricole, surtout pour les cultures pluviales et celles pour lesquelles le progrès technologique réalisé est faible ou nul, tels que l’orge, le blé dur, le blé tendre, l’olivier, et les légumineuses alimentaires avec une baisse des disponibilités en eau d’irrigation.

Le Maroc, a insisté M. Balaghi, est particulièrement vulnérable aux changements climatiques à cause du progrès technologique modeste réalisé en agriculture, du poids de l’agriculture comme source de revenus (15 à 20 pc du PIB) et d’emplois (40 pc), mais aussi en raison du faible recours aux instruments de gestion du risque sécheresse.

Avec 85 pc des terres agricoles qui ne sont pas irriguées, les rendements des principales cultures subissent des variations très importantes en raison de la forte irrégularité des précipitations et une fréquence élevée des sécheresses.

Les projections des changements climatiques concernant le Maroc prévoient une hausse des températures, une diminution des précipitations et une augmentation de leur variabilité.

En effet, la température moyenne pourrait augmenter de 1.1 à 1.6 °C d’ici à 2030, de 2.3 à 2.9 °C en 2050, et de 3.2 à 4.1 °C en 2080. Au niveau de l’ensemble du pays, les précipitations pourraient diminuer de 14 pc en 2030, de 13 à 30 pc en 2050, et de 21 à 36 pc en 2080, a expliqué M. Balaghi.

L’interaction entre changements climatiques et sécurité alimentaire requiert l’intégration d’options et de réponses d’adaptation pertinentes afin d’accroître les rendements agricoles, selon les experts dans ce domaine.

+La sécurité alimentaire dicte de se doter d’instruments politiques, institutionnels et technologiques performants+.

Assurer la sécurité alimentaire à long terme, c’est agir, à la fois, sur l’atténuation du risque climatique, les facteurs qui contribuent à la dégradation du milieu productif (perte de fertilité des sols, baisse du potentiel des ressources en eau, destruction de la biomasse naturelle), la réduction de la pauvreté, un meilleur accès aux revenus et la recomposition de la demande future de produits alimentaires, a soutenu M. Balaghi.

Dans un monde incertain, la sécurité alimentaire du Maroc ne peut que reposer sur la production en quantités suffisantes des produits agricoles de base (blé, huile et sucre), a-t-il plaidé.

A cette fin, a-t-il expliqué, la gouvernance de l’agriculture doit placer au cœur de ses préoccupations la question de l’eau qui ne doit pas être considérée uniquement comme un facteur de production à rentabiliser, au sens économique, mais comme une denrée rare à préserver et qui doit être orientée vers la production des produits de base.

Les options d’adaptation concernent aussi l’amélioration de la gouvernance relative aux changements climatiques, le développement des investissements dans le secteur agricole, la promotion de la recherche agronomique, la mise en place d’un environnement propice à l’investissement dans l’agriculture durable, le développement rural et la lutte contre les causes structurelles de l’insécurité alimentaire.

Selon M. Balaghi, d’autres mesures doivent être envisagées tels l’accès sécurisé au financement qui doit être encouragé, en tenant compte du rôle important des femmes dans l’agriculture, la réduction de l’exposition des agriculteurs les plus vulnérables à la volatilité des prix des denrées alimentaires, le renforcement du système national d’enseignement agricole, de la recherche agronomique, du transfert technologique et du conseil agricole.

Les options de réponses aux changements climatiques portentt, d’autre part, sur l’implication de tous les acteurs, y compris les collectivités locales, société civile et secteur privé dans la planification et la mise en Âœuvre des politiques agricoles. Il importe également de développer l’investissement du secteur privé dans le développement de nouvelles technologies à des prix compétitifs et abordables, de diffuser à grande échelle les informations météorologiques et climatiques, de mettre en place des instruments de gestion des risques climatiques (assurance agricole, alerte précoce aux évènements extrêmes, prévision des récoltes) et de prévenir les catastrophes naturelles.

Pour M. Aït Kaidi, ingénieur agronome et président du conseil général de l’agriculture, le Maroc, comme tous les autres pays, est confronté à la crise montante de l’écosystème global dont le changement climatique constitue la manifestation la plus pressante. Une grande partie des responsabilités ne lui incombent nullement.

Le Maroc n’a aucun autre choix : il lui faut vivre avec ces changements, il lui faut s’y adapter, dans les contextes qui lui sont propres. Il lui appartient de développer son agriculture pour aider à éradiquer la pauvreté rurale et contribuer au mieux à la sécurité alimentaire, affirme M. Ait Kaidi, également membre du comité d’orientation de l’institut royal des études stratégiques.

MAP__________

Faites vos achats en quelques clics sur www.economat.ma , le 1er supermarché en ligne à Rabat

 

 

www.actu-maroc.com

actumaroc@yahoo.fr

 

Commentaires