Les co-réalisateurs du film « Stolen » sur l’esclavage à Tindouf racontent à New...

Les co-réalisateurs du film « Stolen » sur l’esclavage à Tindouf racontent à New York les pressions autour du documentaire.

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Par Bouchra Benyoussef

« Stolen », produit en 2009, est une œuvre qui relate en 78 minutes, une douloureuse histoire d’esclavage dans les camps de Tindouf. Il raconte le vécu de Fetim Salam qui retrouve sa mère M’barka, après trois décennies de séparation.

La fondatrice et directrice du festival, Mahen Bonetti, parle de « patate chaude », mais soutient que « c’est un message fort que nous essayons de faire passer à travers ce documentaire » dans le cadre de la 18ème édition de ce festival programmé pendant le mois d’avril, a-t-elle dit à la MAP.

De fait, la projection du film dérange et incommode quelque peu le polisario, en témoigne la lettre adressée récemment aux organisateurs, par le représentant du polisario en Australie traitant les deux réalisateurs de « jeunes ambitieux, en mal de publicité, à la recherche d’honneur et d’argent ». Mais, dit-il, « ils sont dans l’erreur » s’ils « pensent s’en tirer avec des accusations sans fondement ».

Mais c’est justement « séduits » par le discours convaincant de ce même représentant du polisario en Australie et à son instigation, que Violeta Ayala et Dan Fallshaw se sont rendus, il y a plus de 3 ans dans les camps de Tindouf pour tourner un documentaire sur le regroupement familial.

Au départ, pourtant « tout semblait normal, presque idyllique », se rappelle Violetta. « Logique, rétorque Dan, on était toujours flanqué d’une sentinelle ».

« Vous savez, on a été invité dans les camps, mais surtout on a été séduit par son discours, ses nombreuses conférences à Sidney, notamment ses thèses sur la liberté, la justice (… ) Je suis allée comme investie par une mission », raconte-t-elle à la MAP. Elle revient sur son histoire familiale. Son père d’origine bolivienne qui a fui la dictature. Les idées gauchistes, les idéaux développés par toute une génération en Amérique Latine, à cette époque.

C’est dans cet esprit qu’ils se rendent dans les camps et se retrouvent projetés, malgré eux, dans une histoire qui les dépasse, le polisario aux trousses, les pressions, pour avoir découvert, par un pur hasard, la pratique de l’esclavage et décidé de témoigner.

« C’est une société où les Blancs et les Noirs sont séparés. Vous ne verrez jamais des gens de couleurs unis à des Blancs ». C’est ce point qui nous a intrigué quand la maîtresse de Fétim, Deido, une imposante femme blanche était présentée comme sa mère. La seule satisfaction, pour eux, aura été d’avoir permis à Fétim, à travers « notre insistance auprès des Nations Unies de revoir sa mère biologique, après plus de 30 ans ».

Conscients des « déboires » que le documentaire a pu créer à cette jeune femme, ils s’en tiennent à leur objectif celui de « dénoncer la traite des esclaves et de faire connaître au monde qu’il existe encore la traite des Noirs, des êtres humains. Car Fétim, n’est pas la seule esclave dans les camps », insistent-ils.

« Ils sont totalement soumis, battus, leurs noms sont changés, ils ne peuvent se marier qu’avec l’accord de leurs maîtres et requièrent des documents pour être déclarés libres », indique Violeta Ayala.

Il est évident, renchérit Dan que ces personnes sont « prisonnières dans une société où l’esclavage est une institution, une pratique que l’on pensait révolue, il y a 200 ans ».

+La Suède, champion de la liberté d’expression, muselée

Déçue?. « Oui, très déçue et écœurée par le jeux des politiques », s’indigne Violeta Ayala : « on nous a accusé d’être pro-marocain, de travailler pour ce pays ». D’être de « jeunes ambitieux à la recherche d’un moment de gloire! »

« Vous savez, ils (les éléments du polisario) ont une association très puissante en Australie qui a ses entrées partout ».

Et elle revient sur l’avant-première du film à Sidney, lorsque la pauvre Fétim, elle qui « n’est jamais allée au-delà des camps, depuis que Deido l’a arraché, enfant, des mains de sa mère à Laayoune, se retrouve à des milliers de km, exposée devant les médias, flanquée du représentant du polisario, à nier, nier et encore nier…. ».

Pour cette jeune esclave, qui n’a disposé d’un « passeport pour la première fois de sa vie que quelques jours, avant de se rendre en Australie », le plus important est d’avoir pu garder ses enfants, trois filles, Leil, 15 ans et deux autres en bas-âge et un jeune garçon. Ce dernier prénommé, Karino, un nom à consonance hispanique ne vit pourtant pas avec sa mère. Il est à Madrid, élevé par une famille espagnole, révèle Violeta qui affirme l’avoir rencontré. Parti dans le cadre du programme de vacances, il a été gardé par cette famille espagnole sans enfant, précise-t-elle. Mais, çà, c’est une autre histoire!

Plus de 3 ans, 70 festivals et 12 prix plus tard, et le documentaire fait toujours du bruit, est objet de controverse et parfois de « censure ». Même dans les pays les plus démocratiques, le polisario s’opposant par tous les moyens à sa diffusion, raconte à la MAP Violeta. Car si, le polisario n’a pas réussi à déprogrammer le documentaire du festival de New York, il a « frappé fort en Suède », un pays pourtant universellement reconnu comme « champion de la liberté d’expression! », dit-elle.

Programmé pour passer à la télévision publique suédoise « UR », le 7 mars dernier à 21H00, il a été retiré in-extremis. Motif invoqué : Fétim, l’esclave noire, héroïne du film, n’est pas d’accord. Pourtant s’étonne, Violeta, ils ont eu tout le temps pour décider. Les droits ont été achetés, il y a plus d’une année, il a été adapté à la télévision, traduit vers le suédois, fait l’objet de publicité. Et puis, plus rien!.

« Il y a plusieurs personnes de couleurs dans le film, autres que Fetim, qui veulent que leurs voix soient entendues. Et la mère de Fetim, Mbarka qui a été privée de sa fille pendant 30 ans?. Comment peut-on réduire au silence toutes ces voix? », s’interroge Ayala, soulignant « nous avons promis de porter leurs témoignages dans le monde entier ».

Une satisfaction, cependant, les multiples prix récoltés, notamment une mention spéciale au festival de Toronto (Canada) et le prix du meilleur documentaire du festival panafricain de Los Angeles, au Nigéria en 2010 (Africa International Film festival), à Anchorage (Alaska), au Monténégro, Porto rico, Equateur, en Nouvelle Zélande, et en Pologne.

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