Les échecs du gouvernement Benkirane

Les échecs du gouvernement Benkirane

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Le gouvernement Benkirane, dominé par le PJD, avait présenté à son investiture en janvier 2012, un programme gouvernemental ambitieux lequel, au bout du mandat de l’Exécutif, semble avoir été conçu juste comme simple déclaration d’intentions. La quasi-totalité des engagements et mesures contenues dans ce programme n’a tout simplement pas trouvé la voie de la réalisation, ce qui dénote d’un échec consommé de ce gouvernement à mener à bien la mission pour laquelle il s’était engagé.

* Un premier grand échec porte sur deux engagements majeurs compte tenu de leur sensibilité et de leur impact sur tout l’effort de développement dans le pays : La lutte contre la corruption et la lutte contre les privilèges. C’est à un résultat opposé qu’on a eu droit à propos de ces deux points : Le classement du Maroc en matière de lutte contre la corruption s’est plutôt aggravé ou, tout au moins, a fait dans le surplace, et la lutte contre les privilèges a surtout été orale. La publication au tout début du mandat d’une première liste des agréments de transport n’a pas eu de suite et fut au contraire suivie par un silence assourdissant dévoilant du coup l’aspect démagogique du discours de lutte contre la prévarication.

* Le deuxième grand échec est lié au chômage : Le gouvernement s’était engagé à réduire le taux de chômage à 8% alors qu’il était de 9,4% en 2011. A la fin du mandat de l’Exécutif ce taux promet de dépasser la barre des 10% déjà atteinte au premier trimestre de 2016. Echec total donc en matière de lutte contre le chômage.

* Le troisième échec retentissant est celui se rapportant au pouvoir d’achat et à la hausse folle des prix : Depuis l’avènement du gouvernement Benkirane, la hausse des prix a été au rendez-vous du quotidien des citoyens. Le peuple se sent de plus en plus écrasé sous le poids d’un coût de la vie en hausse vertigineuse. Plusieurs mesures politiques ont contribué à cet état de fait : 1- La consécration de la décompensation des produits de base sans mesures sociales d’accompagnement. Pourtant, la réforme de la Caisse de compensation comportait deux volets : la libéralisation des prix (carburants et autres) et la distribution de revenus directs aux classes défavorisées (une rente fixe conditionnée par la scolarisation des enfants). Mais, reniant ses engagements, le gouvernement a choisi de faire arrêter la réforme au seul

premier volet. 2- L’introduction de mesures techniques foncièrement antisociales telles l’augmentation de la TVA avec son armada de hausses des prix des produits et services, l’augmentation des frais d’enregistrement, l’augmentation des taxes de différentes sortes etc… et bientôt l’augmentation annoncée des frais de conservation foncière, mesure de nature à étouffer encore plus le secteur de l’immobilier déjà agonisant. Bonjour l’entretien et la pérennisation de la crise.

* Le quatrième grand échec et non des moindres se rapporte à l’endettement extérieur : Pour stabiliser les équilibres budgétaires, le gouvernement, à court d’initiatives créatrices de croissance, s’est rabattu sur l’endettement extérieur, profitant de la confiance placée en le Maroc par les institutions financières internationales du fait de sa stabilité politique et de sa crédibilité institutionnelle. La dette extérieure publique du Royaume qui avait déjà atteint 30,4% du PIB à fin 2015, s’est encore aggravée en 2016.

* Un cinquième grand échec sur le plan social vient d’être scellé par la majorité numérique à la Chambre des représentants : celui de la fameuse réforme des caisses de retraites que le gouvernement Benkirane a décidé de financer exclusivement de la poche des retraités et des fonctionnaires. Relèvement de l’âge de retraite à 63 ans, augmentation de la contribution du fonctionnaire et baisse de la pension de retraite. Qui dit mieux ?

Outre ces points marquants, voici les autres éléments saillants de l’échec du gouvernement Benkirane :

I- Sur le plan économique :

1- Le taux de croissance :
Le programme gouvernemental s’engageait à porter le taux de croissance de l’économie nationale à 5,5% en fin de mandat alors qu’il était de l’ordre de 4,5% en 2011. Non seulement le taux promis n’a pas été atteint, mais la croissance a dangereusement dégringolée pour ne se situer qu’à hauteur de 2,6% à fin 2016 selon les prévisions du HCP.

2- L’inflation :
Bien que relativement maîtrisée, l’inflation a pris une tendance haussière passant de 0,2% pour l’année 2014, à 1% en 2015, puis à 1,3% en 2016.

3- Le déficit budgétaire :
Sur ce point, une avancée notable a été enregistrée. De 6% en 2011, le déficit devrait se situer à seulement 3,6% à fin 2016 sans toutefois baisser à 3% comme promis par la déclaration gouvernementale.
* A noter ici que la réduction importante de la facture énergétique du fait de la chute sans précédent des prix du pétrole est pour beaucoup dans certaines performances économiques. Un cadeau du ciel au fait. Mais un cadeau qui n’a malheureusement pas profité aux autres secteurs, en premier lieu le secteur social.

4- Quand bien même quatre années agricoles successives ont été bonnes à très bonnes et la facture énergétique s’est réduite de plus de la moitié, outre le fait que l’Etat s’est débarrassé de la compensation des hydrocarbures hors gaz butane, la performance gouvernementale a été insuffisante ou faible dans les secteurs suivants, contrairement à ce que promettait la déclaration gouvernementale :
– L’amélioration du climat des affaires : La morosité reste dominante.
– La réforme globale du système fiscal : L’équité fiscale brille toujours par son absence.
– La rationalisation des dépenses : Les scandales autour de dépenses faramineuses sont récurrents.
– La réduction de l’étendue du secteur informel : Rien que les vendeurs ambulants sont devenus les maîtres des céans dans les villes.
– Le développement des secteurs productifs générateurs d’opportunités d’emploi : Le chômage est en progression exponentielle.
– Le développement de l’industrie, du commerce et la protection du consommateur : Les unités de production qui mettent la clé sous le paillasson font florès.
– La valorisation et la garantie de la durabilité de la richesse halieutique : Nos ressources sont bradées sans que le consommateur marocain n’en profite pour autant.
– Le développement durable du tourisme : Le secteur a enregistré un recul sans précédent de l’avis des experts et des professionnels du secteur. Les recettes touristiques en devise sont en chute libre et la promotion de la destination Maroc auprès des pays émetteurs bat de l’aile.
– La mise en œuvre d’une politique environnementale globale et intégrée : La problématique des déchets italiens et sa gestion catastrophique par le gouvernement donne une idée claire sur l’amateurisme gouvernemental en la matière.
– Le développement de l’économie sociale et solidaire et le soutien des petites et moyennes entreprises : Les petites et moyenne entreprises tout particulièrement rencontrent des difficultés énormes en l’absence d’une réforme fiscale qui soit à même de booster le secteur.

II- Sur de plan de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance, des droits et libertés :

Le gouvernement s’était engagé à :

1- La mise en œuvre participative et démocratique des dispositions de la Constitution :
Il y a beaucoup à dire et à redire là-dessus. La mise en oeuvre participative tout particulièrement a été beaucoup en souffrance du fait de la tendance totalitaire du parti majoritaire qu’est le PJD. L’opposition et même des composantes de la majorité n’ont eu de cesse de dénoncer ce fâcheux réflexe.

2- La promulgation des lois organiques :
Des textes d’importance capitale sont toujours en souffrance alors que la dernière session parlementaire tire vers sa fin dont la loi sur la langue amazigh, la loi organisant le droit de grève, la loi organisant les syndicats…

3- La bonne gouvernance :
Les cas de scandales dans la gestion de plusieurs départements renseigne sur la conception que le gouvernement Benkirane se fait de la bonne gouvernance.

4- La consécration des droits et libertés :
Les différents classements mondiaux ne sont pas tendres avec nous sur ce point. Les affaires liées à l’atteinte aux libertés, particulièrement individuelles, ont meublé les années Benkirane. La pensée moralisatrice à outrance est en passe d’étouffer l’émancipation de la société et la libération des énergies créatrices. Le recul constaté en matière de liberté de pensée, d’expression et de choix font réellement craindre pour l’image de tolérance qui distingue la société marocaine parmi les pays musulmans.

5- La restauration de la confiance entre l’administration et le citoyen : Le constat que relève tout un chacun est que le gouffre qui sépare l’administration du citoyen du fait principalement de la non valorisation des ressources humaines, s’est creusé davantage.

6- La réforme de la justice : Là c’est le fiasco par excellence ! Le grand ratage à tous points de vue. Le ministre de tutelle a juste réussi à se mettre tous les corps de la justice sur le dos. Au bout du compte, la Justice marocaine a beaucoup gagné en archaïsme au détriment de tout espoir de modernisation et de mise à niveau.

III- Sur le plan Social

Le gouvernement s’était engagé à :

1- Elaborer et mettre en œuvre des programmes sociaux à même de garantir un accès équitable aux prestations de base, notamment l’éducation, la santé et le logement : Mise à part la réduction des prix des médicaments, le relèvement de la pension minimale de retraite à 1000 dh et l’octroi d’une prime sociale aux veuves démunies, mesures qui sont à mettre à l’actif du gouvernement et qui demeurent toutefois très limitées par rapport aux énormes attentes sociales, tout le reste des indicateurs sont au rouge. Le programme RAMED mis en oeuvre par le gouvernement Benkirane s’est révélé un fiasco, l’accès aux prestations de base reste un voeux pieux, l’éducation est ce qu’elle est, un vrai foutoir de n’importe quoi et en plus inaccessible pour tout le monde, le logement pour tous relève toujours du rêve tant que le programme du logement social s’est essoufflé sans qu’il ne bénéficie du moindre programme de relance…

2- Adopter un système provisoire de discrimination positive en faveur de la femme dans les nominations et les charges : Que des paroles. Les nominations se sont avérées du domaine presque exclusif de la gente masculine, Benkirane considérant la femme “un lustre” juste bon à éclairer le foyer conjugal.

3- La mise en œuvre effective des dispositions de la Constitution concernant l’égalité entre les femmes et les hommes en matière de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels et œuvrer dans la perspective de réaliser la parité : Là encore paroles, paroles, paroles… La mise en place de l’Autorité pour la parité et la lutte contre la discrimination à l’égard des femmes peine toujours à voir le jour et rien n’indique qu’elle le verra sous ce gouvernement.
On a aussi vu comment le gouvernement a consacré le travail des bonnes mineures de 16 ans.

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