Les énergies propres, un moteur de croissance

Les énergies propres, un moteur de croissance

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Développer un meilleur avenir énergétique pour la planète coûte cher. Selon l’Agence internationale de l’énergie, il faudra investir 1100 milliards par an d’ici 2030 pour répondre aux besoins croissants à l’échelle mondiale. Et pour que ces investissements favorisent une transition vers des énergies sobres en carbone, il faudra ajouter environ 430 milliards supplémentaires chaque année.

Saurons-nous y arriver?

Nous n’en sommes pas encore là, mais des efforts importants ont été consentis au cours des dernières années.

Les pays du G20, qui contribuent pour 90% des investissements mondiaux dans l’énergie propre, ont augmenté ceux-ci de 230% de 2005 à 2009, selon une étude du Pew Charitable Trusts. En 2010, ces investissements atteindront un record de 200 milliards, selon les prédictions de la division finances et nouvelles énergies de l’agence Bloomberg.

«Plusieurs pays ont décidé de parier sur les énergies propres comme futur moteur de leur croissance économique, dit Yannick Glemarec, coordonnateur exécutif pour le Programme des Nations Unies pour le développement et directeur de la Finance pour l’environnement. Au XXIe siècle, elles joueront un rôle important en matière d’avantage comparatif des nations.»

Leader chinois

L’énergie propre pourrait devenir l’une des plus importantes occasions d’investissements du XXIe siècle. La course est déjà commencée! C’est la Chine qui émerge présentement comme leader mondial. L’an dernier, elle y a investi 34,6 milliards, devançant les États-Unis.

Que le pays le plus peuplé du monde prenne ce virage donne de l’espoir pour l’avenir. Mais il reste encore beaucoup à faire sur le plan des politiques nationales, qui joueront un rôle critique pour la suite des choses.

«Ces actions vont demander un engagement fort des États, dit Yannick Glemarec. D’abord, il faudra éliminer progressivement les subventions aux hydrocarbures, ce qui aura un effet sur les prix et sur les paramètres de compétition du secteur privé. Selon les estimations, ces subventions atteignent présentement de 300 à 500 milliards par an.»

Deuxièmement, il faut mettre un prix sur le carbone, soutient M. Glemarec. «Cela peut se faire par des taxes, mais ce n’est pas une panacée, dit-il. Il faut aussi des bourses d’échange de crédits. Le fait que la rencontre de Copenhague n’ait pas permis de prendre une décision claire à ce sujet nous place devant une certaine inquiétude, mais tôt ou tard, il y aura une multiplication de ces bourses et elles commenceront à s’interconnecter pour former un réseau mondial.»

L’important est d’avoir un accord international à long terme qui envoie un message très clair au marché indiquant que nous nous dirigeons vers une économie sobre en carbone, ajoute-t-il.

D’où viendra l’argent?

«Le secteur public va peut-être investir 10% des coûts additionnels, mais le reste va devoir venir du privé, dit Yannick Glemarec. Celui-ci a un rôle de premier plan à jouer, de même que les individus, qui devront, par exemple, payer plus cher pour des véhicules à faibles émissions. La grande question est de savoir: quel type de motivations va-t-on donner au secteur privé et aux individus pour qu’ils investissent? Il faut que le privé soit convaincu que des politiques seront mises en place pour réduire les risques, si on veut qu’il prenne la décision d’investir.»

Car lorsqu’on parle des nouvelles énergies, les risques sont élevés. «Pour les entreprises, le risque est gros de parier sur les mauvaises technologies et les mauvais marchés, dit M. Glemarec. Si vous investissez énormément dans une technologie donnée et que le marché ne se développe pas, vous pouvez tout perdre. Mais si vous faites le bon pari, ce sont vos compétiteurs qui resteront à la traîne.»

Ce sont de ces questions que discuteront les 3500 délégués pendant la dernière journée du Congrès mondial de l’énergie (CME) qui aura lieu en septembre prochain à Montréal. En parallèle se tiendront une douzaine d’autres événements, comme une réunion des ministres de l’Énergie des provinces canadiennes, une autre des ministres de l’Énergie de la francophonie, ou le congrès sectoriel de l’électricité du Canada.

Le CME a une influence importante sur les orientations futures que prendront les gouvernements et l’industrie.

«C’est le plus gros forum où tous les gens les plus influents du secteur de l’énergie se rencontrent. Ce n’est pas un lobby ayant pour objectif de défendre les intérêts d’un groupe particulier. Les délégués se rencontrent autour d’un objectif commun, qui est d’amener au monde l’énergie dont il a besoin pour se développer», dit Stéphane Bertrand, directeur exécutif du CME Montréal 2010.

«Ces conférences sont importantes dans le sens où elles permettent à des décideurs d’élaborer ensemble des scénarios porteurs d’espoir et de les ramener dans leur pays ou leur entreprise, pour ensuite imaginer comment ils pourront travailler pour les mettre en oeuvre», dit Yannick Glemarec.

Caroline Rodgers,

collaboration spéciale La Presse

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