LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE – FAOUZI CHAABI

LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE – FAOUZI CHAABI

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Entretien exclusif

Actu-Maroc: Quels sont les blocages qui freinent un meilleur flux des investissements étrangers au Maroc?

Faouzi Chaâbi: Il existe malheureusement de nombreuses failles dans notre système. Il s’agit des ingrédients d’ordre politique économique et fiscal. L’IS par exemple est peu attrayant. Le coût comparatif du SMIG reste  élevé : à titre d’exemple, il est de l’ordre de 60 dollars en Egypte, l’équivalent de 1500 dh en Tunisie alors qu’au Maroc, il est de l’ordre de 200 dollars. Donc, nous sommes peu attractifs. La faute incombe au gouvernement qui aurait du baisser les prix de produits  de base comme le thé dont les catégories sociales défavorisées sont les plus consommatrices. C’est un exemple symbolique qu’il faut réellement méditer et qui nous aurait permis de maintenir le SMIG à un niveau compétitif comme dans les pays que je viens de citer. Il est donc impératif de revoir les droits de douane sur certains produits comme le thé.
D’autres entraves existent bien que nous ayant des infrastructures en adéquation avec les ambitions que nous voulons pour drainer les investissements. Je citerai, les ressources humaines qui pour certains secteurs d’activité restent en deçà des attentes. C’est un vrai challenge qu’il faut relever dans ce domaine si nous voulons avoir des avantages compétitifs de manière générale.

Actu-Maroc: Le statut avancé avec l’UE est-il annonciateur de grands bouleversements dans les méthodes de nos opérateurs économiques et dans leur manière de voir les choses?

Faouzi Chaâbi: Je ne le pense pas, car je suis et resterai convaincu que ce statut que l’on dit avantageux ne me semble pas honnêtement l’être particulièrement pour le Maroc. Il est conçu et sera appliqué uniquement pour permettre aux avocats, architectes et ingénieurs européens de venir exercer sur le sol marocain avec des avantages conséquents. Pour que nous soyons d’égal à égal, l’Europe devrait nous dispenser de visa à son tour. Car il n’est pas normal de nos jours, de constater que nos hommes d’affaires se voient refuser le visa alors qu’ils ont des partenaires en Europe et d’être traités dans les consulats comme de potentiels immigrés clandestins.

Actu-Maroc: Puisque nous sommes dans un forum consacré à l’investissement au féminin dans notre pays, pensez-vous qu’il y a eu des progrès à ce niveau-là ?

Faouzi Chaâbi: Je pense que s’il y a blocage aujourd’hui, c’est à cause d’une question de mentalités. Beaucoup de progrès ont été enregistrées et de plus en plus de jeunes femmes sont devenues chefs de petites entreprises mais jamais à la tête de grands structures à l’exception de quelques cas qui se comptent sur le bout des doigts. Les femmes chez nous ne veulent pas aller vers des métiers masculins. Elles restent  cependant très engagées pour une partie d’entre elles afin de garder leur indépendance financière, rester dans la vie active, investir et s’émanciper dans leurs projets professionnels contrairement aux européennes qui, de plus en plus, ont tendance à préférer s’occuper de leurs foyers.

Actu-Maroc: Et au niveau de leur investissement dans la politique proprement dite?

Faouzi Chaâbi: je ne vous donnerai qu’un seul chiffre: elles sont 32 à être au parlement sans que cela ne leur ait couté un dirham. Je pense que c’est un signe encourageant pour les prochaines échéances.

Actu-Maroc: La transition est toute faite, une dernière question, politique cette fois-ci et inévitable. Peut-on vous considérer comme un transhumant au parlement ou bien est-ce normal selon vous de passer d’un groupe parlementaire à un autre dès lors que l’on sent que quelque chose ne va pas?

Faouzi Chaâbi: A chaque fois j’avais des raisons sérieuses et objectives de le faire. J’avais passé un accord avec le PPS (Parti du Progrès et du Socialisme). Mais lors des élections communales, cette formation à laquelle j’appartenais à préférer miser sur de vieux militants au détriment de nouveaux adhérents. Si je m’étais présenté sous les couleurs de cette formation, j’aurai perdu à coup sûr. J’ai décidé donc d’aller vers le RNI (Rassemblement National des Indépendants). Je savais pertinemment en y allant que c’est-un parti de « l’administration », mais avec un mode de fonctionnement démocratique au niveau interne. C’est du moins ce que je pensais jusqu’au jour de l’élection de Salaheddine Mezouar à la tête du parti, que je considère comme un « hold-up politique » tellement les moyens utilisés me paraissent peu dignes d’un parti qui se veut démocratique. Vint ensuite l’épisode de la formation d’une coalition avec le parti de l’UC (L’Union Constitutionnelle), un parti de l’opposition qui devient après son reformatage, une formation de la majorité. J’ai estimé en mon âme et conscience que ce n’est pas le meilleur moyen d’encourager les jeunes à intégrer le champ politique. J’ai par conséquent tiré les conséquences qui s’imposent en pareil cas.

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