LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE LE PROFESSEUR BENYOUNESS RAMDANI

LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE LE PROFESSEUR BENYOUNESS RAMDANI

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Le professeur Ramdani le confie d’emblée dans l’entretien qui va suivre et chiffres à l’appui, que le Maroc a pris une bonne longueur d’avance dans ce domaine, non négligeable mais qu’il y a toujours un travail permanent à fournir en aval pour que l’aventure marocaine dans le domaine des transplantations soit une parfaite réussite, pérenne car bien maitrisée et salvatrice pour tous les patients dont c’est la seule issue pour vivre comme leurs semblables.

Franc et intarissable sur son sujet de prédilection, humaniste et humain comme il se doit, ce brillant néphrologue est également un militant infatigable de la cause des transplantations pour le bien-être de ceux qui en ont besoin et pour des raisons économiques  nationales car l’état, s’il devait desserrer quelques verrous comme il l’a toujours fait et comme il continue de le faire, sera un modèle du genre pour les pays géographiquement proches ou bien à niveau de développement similaire. Pour un meilleur éclairage, voici quelques chiffres éloquents, susceptibles de situer le Maroc sur l’échelle internationale et livrer quelques clés pour la compréhension de ce débat fort utile sur les greffes d’organes au Maroc, un sujet d’une grande acuité aujourd’hui.

Notre législation en la matière, comme le dit le Professeur Ramdani, est un exemple de cohérence et d’efficacité, elle a pour grande spécificité d’être évolutive et constamment enrichie d’amendements, d’où son acuité une nouvelle fois puisque le département de tutelle travaille sur son amélioration.

Le rappel s’impose: pour ne parler que du problème douloureux problème des insuffisants rénaux, il en existe actuellement 9000 sur le sol national à subir les coûteuses et difficiles séances d’hémodialyse .A cet effet et pour mieux juger de la nécessité économique, médicale et sociale de la transplantation rénale, il convient de souligner que le prix à payer pour une transplantation, l’organe étant fourni par un proche, équivaut aux frais annuels à verser pour des séances de dialyse. Pour une seule année disions-nous car au terme d’une seconde année de soins, cette transplantation tombera à l’équivalent de 50 % du montant de ces séances annuelles de dialyse.

Il faut savoir également si l’on remonte le cours de l’histoire des transplantations rénales au Maroc, que nous en sommes à 270 de réalisées sur des patients qui vivent le plus normalement du monde avec un seul rein mais avec un suivi médical continu. La plupart d’entre eux au nombre de 140 se trouvent à Casablanca et le reste disséminé sur d’autres régions. Les pionniers de ces opérations délicates se trouvent pour leur part dans le CHU de Casablanca qui a à son actif, la prouesse d’avoir réalisé la première greffe en 1985 déjà. Il devait passer le relais par la suite à celui de Rabat en 1999, avant que ce ne soit l’hôpital militaire Mohammed V de la capitale qui rejoigne ce peloton de tête suivi successivement par l’hôpital Cheikh Zayed toujours à Rabat et bien plus tard par les CHU de Marrakech et Fes, tous dûment habilités à faire ces transplantations du rein; car il faut bien dire que la loi est bien bétonnée dans ce domaine et que les conditions sont draconiennes pour obtenir cette autorisation.
Ce nombre est important en lui-même pour souligner l’expertise et la notoriété de nos praticiens qui se dévouent corps et âme pour se maintenir à la hauteur des besoins des personnes souffrantes de ce handicap. Ainsi au CHU de Casablanca, l’équipe du professeur, l’équipe en charge de ce challenge est composée tout au plus de 50 personnes, tous corps compris, incluant le personnel médical et paramédical. C’est dire la gageure et le courage de cette équipe réduite qui nécessite d’autres moyens pour accomplir sa mission.

Le Professeur Ramdani, lui qui préside il faut le préciser le Comité Consultatif pour les transplantations ne jette pas pour autant la pierre dans le jardin du ministère de la santé. Bien au contraire, il estime que ce département dispose d’une veille juridique qui fait de l’excellent travail en termes d’adaptation et de recadrage des textes de lois.

ENTRETIEN AVEC LE PROFESSEUR BENYOUNESS RAMDANI, CHEF DU SEVICE DE NEPHROLOGIE AU CHU DE CASABLANCA.

ACTU-MAROC: Vous avez longtemps milité pour l’amélioration de la loi sur les transplantations de reins au Maroc qui viendrait soulager et les patients et les caisses de l’état. Quels sont à votre avis, les raisons qui ont contribué au retard enregistré qui fait que nous pourrions avoir un plus grand nombre de transplantés rénaux.

PR.RAMDANI: Celà est dû tout d’abord à des raisons historiques. Pour remonter le temps, je vous dirai par exemple, que les transplantations au Maroc ne sont pas très anciennes.

ACTU-MAROC: Il est question aujourd’hui d’amender la loi sur les dons d’organes du moins entre membres de la même famille mais avec un accent porté sur les cas de donneurs ayant été frappés de mort encéphalique. Ou en est le débat aujourd’hui?

PR.RAMDANI: En tout cas je peux vous dire qu’au niveau de la création et du respect des textes de loi, nous sommes très bien avancés comparativement avec d’autres pays africains ou arabes comme l’Egypte qui a longtemps et jusqu’à une période récente sans lois encadrant les transplantations rénales ou autres.

ACTU-MAROC: Quels sont les risques ou bien dangers qui pourraient hypothéquer les résultats enregistrés jusque-là…en d’autres termes quelles sont les conditions à réunir pour une meilleur efficience de la loi pour fluidifier le système de réalisation de transplantation ?

PR.RAMDANI:Je pense qu’il y a un énorme de travail de sensibilisation à mener en amont et en aval: le premier envers le praticien pour le mettre devant toutes ses responsabilités scientifiques, médicales et morales en ce qui concerne l’éthique et la psychologie qui caractérisent cette spécialité. Voilà pour la première cible. Ensuite , il faudra agir vis à vis des familles des donneurs et des receveurs en jouant sur l’affect et en mettant en avant nos principes religieux et la conformité de l’acte de la transplantation avec la chariâa .Il y a des règles prudentielles à mettre en place, des garde-fous si je puis dire qui viendraient nous prémunir de toute dérive ou de toute erreur médicale. A titre d’exemple, il existe une multitude de précautions à prendre et de mesures à suivre dans le cas des morts encéphaliques pour bien s’assurer que la mort est réelle et que le prélèvement d’organe peut se dérouler dans les normes et meilleures conditions. En ce qui concerne les proches des donneurs et receveurs il y a tout un travail pédagogique et psychologique à mener avant, pendant et après la transplantation pour ne laisser guère la place au doute et à la suspicion. A cet effet, je voudrai dire là-dessus que notre principal ennemi au Maroc en termes d’avancées médicales reste la rumeur qui est l’ennemi de la confiance qui doit normalement régner.

ACTU-MAROC: A ce propos, nous sommes toujours intoxiqués régulièrement par les affaires de trafics d’organes au Maroc. Votre sentiment là-dessus ?

PR.RAMDANI: Je n’y crois pas un piètre mot tant notre loi est dissuasive et même très sévère en cas de délit. Nos chirurgiens sont parfaitement conscients des dérapages qui peuvent éventuellement survenir mais vous pouvez être sûr que notre corps médical est très sain dans le domaine de l’éthique. Je n’ai guère de souvenir avoir eu à constater scientifiquement des cas de trafics de reins. Tout le reste n’est que rumeur dans l’imaginaire populaire encouragée par certains medias qui font dans le sensationnalisme. C’est à eux plutôt qu’il faudra poser la question.

 

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