LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE- PROFESSEUR AHMED SOUSSAN

LES GRANDS ENTRETIENS DE JALIL NOURI : INVITE- PROFESSEUR AHMED SOUSSAN

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L’universitaire est également connu pour avoir vulgarisé les bases de l’économie à travers trois ouvrages; « Panorama de l’économie marocaine », « Introduction à l’économie générale à travers l’économie marocaine » ainsi que son dernier ouvrage « Mathématiques économiques ».

Par ailleurs, Ahmed Soussan a fondé le bureau d’études BETA-STRUCTURES pour lequel il a exercé en qualité de consultant au profit de nombreuses organisations internationales en réalisant des études, des enquêtes et des travaux de recherche.

Par son approche didactique, il a marqué plusieurs générations d’étudiants qu’ils lui vouent encore aujourd’hui respect et admiration alors que ses ouvrages précités constituent un outil indispensable pour l’apprentissage des théories et concepts économiques.

Dans cet entretien riche en enseignement, Ahmed Soussan nous livre ses impressions sur plusieurs questions ayant trait à son activité passée et sur l’évolution de l’économie marocaine et mondiale

 

- Vous avez pris une retraite amplement méritée après avoir enseigné l’économie quantitative et les mathématiques et publié plusieurs ouvrages dont nous laisserons le soin aux lecteurs d’en apprécier le contenu, quel regard portez-vous sur le niveau de l’étudiant marocain en comparaison avec celui de l’étudiant que vous avez été ?

Je ne veux pas tomber dans le passéisme qui croit que le temps passé a été meilleur que le temps présent.

Le niveau et la qualité de l’étudiant a toujours été fonction de la période vécue.

Il est vrai que notre période (celle des années 60-75) a été marquée par un mouvement d’idées politiques très important (Mai 68 en France, Mouvements de libération nationale dans les pays africains et asiatiques, Guerre du Vietnam, conférence de Bandung, Cuba, Palestine, etc.)

Jadis, les AG de l’UNEM étaient l’occasion de débats contradictoires fructueux. L’UNEM était alors une véritable école de formation des futurs cadres du pays.

A contrario, on assiste depuis ces dernières décennies à un vide idéologique, le niveau de l’étudiant aujourd’hui au Maroc est le résultat de ce vide.

Il ne cherche plus à changer la face du monde, mais simplement obtenir un diplôme qui lui permet d’arracher un hypothétique emploi.

 


-Dans vos trois ouvrages précités, vous ciblez un public néophyte en économie. Pensez-vous que tout un chacun se doit d’en maîtrisez des notions de base aujourd’hui ?

Il est vrai que deux de ces trois derniers ouvrages s’adressent à un large public de non-économistes.  En effet, aujourd’hui, il n’est plus permis à tout citoyen d’ignorer le langage économique.

L’homme, en tant que producteur et en tant que consommateur est au centre de la sphère économique.

Les gouvernements qui se succèdent dans un pays donné se présentent sur la base d’un programme politico-économique.

Ils sont jugés sur leurs réalisations économiques (taux de croissance, déficit budgétaire, solde de commerce extérieur, taux de chômage…)

La prétention déclarée de ces livres d’initiation est de développer, dans notre pays, une culture économique, qui manque à tous les niveaux de notre société.

 

- Vous semblez très porté sur la vulgarisation des principes de base de l’économie. Est-ce un choix personnel ou bien des considérations administratives ?

Si vous le permettez, je voudrais d’abord rectifier le terme «vulgarisation» qui fait renvoie à une connotation vulgaire.

Parlons d’initiation plutôt que de «vulgarisation».

C’est un choix personnel, dicté par des années de formation, d’enseignement et de recherche universitaires.

Il y a là aucune considération administrative, mais une volonté de partager un savoir acquis auprès des anciens, pour le mettre à la  disposition des générations présentes et futures, comme aiment à le dire les adeptes du développement durable.

Déformation professionnelle pourrait-on conclure !

 

- Le monde continue à être régi par des théories économiques qui commencent à vieillir, pensez-vous que nous nous dirigeons vers de nouveaux concepts et paramètres comme mode de fonctionnement de l’économie mondiale?

 

L’économie mondiale a toujours été en mouvement. Différentes écoles se sont affrontées sur le terrain.

L’histoire contemporaine a retenu deux grands blocs de gouvernance économique (le bloc de l’Est, avec à sa tête l’URSS et un système communiste et le bloc de l’Ouest avec à sa tête les USA et le système capitaliste.

Aujourd’hui, avec la disparition des fondements de l’URSS et l’avènement du capitalisme triomphant, des USA, la partition du monde en deux blocs rivaux n’a plus sa raison d’être.

Le nouvel ordre (ou désordre) économique mondial est en route.

On parle aujourd’hui d’une économie sociale et solidaire, d’une économie de partage, d’une répartition égalitaire des richesses.

Voilà des nouveaux concepts de la nouvelle économie qui se met progressivement en place dans le monde.

Car, comme toute science, l’économie avance lentement mais sûrement sans dénigrer les acquis des générations passées et présentes et tout en mettant en place les futurs concepts de l’économie mondiale.

En attendons, profitons de cet immense océan du savoir que nous offrent les technologies de l’information pour être plus intelligents aujourd’hui qu’hier et plus intelligent demain qu’aujourd’hui.

 

-Il est fortement question en ce moment de l’ambition du Maroc de figurer parmi les pays émergents. Pensez-vous qu’il est sérieusement outillé pour cela et qu’il peut devenir à l’image d’un pays des BRICS ?

Dans le domaine socio-économique, la terminologie a toujours été hésitante, mouvante. Hier les pays nouvellement indépendants ont été affublés, suivant les périodes de PSD (pays sous-développés), PVD (pays en voie de développement), PED (pays en développement) puis de pays émergents.

Le Maroc est-il un pays émergent ?

Mais tout d’abord posons-nous la question « qu’est ce qu’un pays émergent ? ». Cette notion ne correspond à aucune définition économique précise.

A ses origines, au début des années 80, elle désignait les PVD offrant les opportunités pour les investisseurs internationaux. On parlait alors de « marchés émergents » et non de pays émergents.

De fait, il n’existe aucune liste officielle de pays émergents.

Son contenu évolue en fonction des événements qui se produisent dans le monde.

Mais au-delà de l’acception du terme, quels sont les critères pour déterminer si un pays est émergent ou non ?

Il n’existe pas non plus un critère universellement reconnu pour affirmer qu’un pays est émergent ou non

Dans le cas du Maroc, l’analyse peut partir de l’évolution des principales caractéristiques de l’économie marocaine, en se focalisant sur les trois éléments suivants :

La croissance,  le développement et l’emploi

La croissance se mesure à l’aide du taux de croissance du PIB (Produit Intérieur Brut). Ce dernier a été de 4,3% en moyenne ces 5 dernières années (ce qui est faible)

De plus l’économie marocaine reste fortement dépendante du secteur agricole et donc soumise aux aléas climatiques.

Le développement : Selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), le classement du Maroc selon l’IDH (Indice de Développement Humain), n’est guère enviable, 130ème sur 182 en 2012.

Le chômage : Même si, selon les statistiques officielles, le taux de chômage se situerait au dessous de la barre des 10%, le nombre de chômeurs reste non négligeable (un peu plus d’un million).

Le Maroc peut donc s’enorgueillir d’avoir le taux de chômage le plus faible du monde arabe et d’Afrique, voire même de certains pays d’Europe.

Mais, on assiste ces dernières années, à un développement du chômage des jeunes diplômés.

Alors, peut-on parler franchement de pays émergent. Au lecteur de conclure.

 

- L’endettement est-il une fatalité pour un pays comme le nôtre ?

Le Maroc est-il trop endetté ? Question très importante pour nous tous.

Selon certains observateurs, le niveau de la dette publique marocaine est tout à fait soutenable. Autrement dit, nos finances publiques disposent encore de capacités d’endettement pour le futur.

La norme retenue en Europe à travers les critères de Maastricht est que le rapport de la dette au PIB ne devrait pas dépasser 60%.

 

Qu’en est-il au Maroc ?

Le ratio d’endettement du Trésor public s’élève à 61,8% en 2013 et devrait atteindre 63,1% en 2014. Ce qui est somme toutes encore soutenable, à en croire nos responsables politico-économiques.

Soit, mais lorsque l’on intègre dans la dette publique, non seulement la dette du Trésor, mais aussi la dette garantie par l’Etat, c’est-à-dire celle contractée par les établissements et entreprises publics (EEP) et les collectivités locales, l’endettement devient alors moins soutenable, avec des ratios en augmentation constante : 64,8% en 2011, 73,3% en 2012 et 77,7% en 2013.

On voit donc  que le seuil des 60% est largement dépassé.

 

- Quels sont les économistes marocains qui vous ont le plus marqué à ce jour?

Un constat : il n’existe pas, au Maroc, une école d’économie à l’instar de l’école de Cambridge ou école de Paris ou l’économie marxiste.

La majorité de nos économistes universitaires actuels a été formée en Occident, particulièrement en France.

En attendant l’émergence d’une nouvelle école de pensée, on ne peut que regretter la disparition des anciens comme Aziz Belal, Driss Ben Ali, Rachid Achour, Thami Khyari, Mehdi Menjra, pour ne citer que les plus connus.

 

 

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