Les intérêts français mis à mal dans cinq points chauds du globe

Les intérêts français mis à mal dans cinq points chauds du globe

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Tous les experts s’accordent à dire que chacun de ces points chauds a « son propre calendrier, sa propre logique » qui nécessite « une réponse sur mesure ».

 

Mais « le fait que ces cinq pays, à des titres et pour des motifs différents, soient en crise n’est pas une bonne nouvelle pour la France », convient Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

« Quand vous avez cinq pays en difficulté dans lesquels vous comptez énormément, vous êtes plus ou moins directement en difficulté », résume ce spécialiste des questions diplomatiques. « La France a dans ces cinq pays un poids qu’elle n’a pas dans d’autres ».

« Ces Etats sont des pays où la France a une influence mais il y a bien d’autres Etats concernés par leurs problèmes », relativise Philippe Moreau-Defarges, expert de l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Au Niger, pays stratégique pour Paris en raison de ses gisements d’uranium et où des Français sont enlevés, voire tués, par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), les intérêts de la France sont visés très explicitement.

Conséquence: le Sahel, zone d’influence post-coloniale naturelle pour Paris, se vide progressivement de ses Français.

En Tunisie, ex-protectorat français, les émeutes et leur répression sanglante ont fait mercredi une première victime française, un enseignant franco-tunisien. La forte présence française et les enjeux économiques qui alimentent une relation bilatérale privilégiée pourraient souffrir de la déstabilisation du pays si elle perdure.

« La révolte se fait non pas contre la France mais contre le régime », note Pascal Boniface. Mais le vent « pourrait tourner si la France apparaît aux yeux de l’opinion tunisienne trop liée au régime du président ben Ali ».

Paris a tardé à réagir fortement face à cette révolte sociale inédite par son ampleur pour s’aligner finalement sur la plupart des pays occidentaux en condamnant « l’utilisation disproportionnée de la violence » contre les manifestants.

La Côte d’Ivoire, où deux hommes – le président sortant Laurent Gbagbo et celui que la communauté internationale reconnaît comme vainqueur de la dernière élection présidentielle, Alassane Ouattara – se disputent le pouvoir, représente aussi une sphère d’influence économique très importante pour Paris.
Dans ce pays, où de grandes entreprises françaises jouent un rôle majeur, « il y a une situation qui n’est pas bonne ». « Mais si elle se décantait, si un régime plus stable redynamisait le pays et l’économie ivoirienne, elle pourrait au contraire être favorable à la France », juge le directeur de l’Iris.

Plus pessimiste, Philippe Moreau-Defarges considère que l’influence française dans le monde, déjà en recul, est condamnée à diminuer encore avec les multiples crises touchant des pays proches de la France.

Il va y avoir « à nouveau une baisse d’influence française », prédit-il en évoquant « la fin d’une ère post-coloniale ». « Toutes les diplomaties qui avaient de l’influence sont dans le collimateur », ajoute-t-il, en citant les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En Haïti, autre pays francophone qui se perd dans une crise politique après avoir été frappé par un terrible un séisme il y a un an, comme au Liban menacé d’une nouvelle guerre civile après la chute du gouvernement, les diplomates français voient aussi leurs efforts bien malmenés.

Très attachée historiquement et culturellement à ces deux pays à l’avenir très incertain, la France aura fort à faire pour contribuer à redresser la barre.

AFP

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