Les Marocains du Portugal à l’épreuve de la crise économique

Les Marocains du Portugal à l’épreuve de la crise économique

1466
0
PARTAGER

Dans un pays qui compte près de 4.000 ressortissants marocains, dont la majorité est établie dans la région de Porto (Nord), nombre d’entre eux se sont dits fortement préoccupés par la crise qui sévit dans le pays et dont les effets se font sentir en particulier sur le marché du travail, le premier à faire les frais d’une situation qui semble inextricable.

 

Face à cette crise qui prend pour beaucoup les allures d’une impasse, après que la croissance ait changé de bord, la ceinture est serrée et la peur de lendemains sombres commande désormais les attitudes et les comportements.

Cure d’austérité, chômage, récession, hausse des prix, sont les grands maux qui taraudent le Portugal, de plus en plus pris à la gorge par d’importants déficits publics, une dette colossale qui a atteint 107 pc fin 2011 et une récession qui ne cesse de s’aggraver (3 pc).

La vie devient difficile et chère, lance avec une moue désolée, Mohamed, 48 ans, un enseignant marocain vivant à Lisbonne depuis deux décennies, qui a vu son salaire amputé d’environ 200 euros à cause des coupes décidées dans le cadre du plan d’austérité, expliquant que le choix de partir pour quatre ans dans un pays lusophone s’est vite imposé de lui-même.

Tout en évoquant avec nostalgie les années du boom économique du Portugal, il a affirmé que sa situation matérielle s’est compliquée, d’autant qu’il avait contracté un emprunt immobilier et un crédit pour l’achat d’une voiture, se disant toutefois confiant que le pays, qui a déjà été par le passé sous la tutelle du FMI, saura rebondir.

Le pays qui s’efforce de casser la spirale négative et d’éviter un scénario à la grecque, a obtenu en mai 2011 un prêt de 78 milliards d’euros de l’UE et du FMI, en contrepartie d’un programme de redressement économique drastique aux effets dévastateurs non seulement pour les autochtones soumis à de lourds sacrifices mais aussi pour les travailleurs étrangers originaires pour la plupart des anciennes colonies portugaises et de pays de l’Europe de l’Est et employés dans des secteurs vulnérables à la crise.
« Avec cette crise persistante, il est de plus en plus difficile de trouver un emploi stable », confie Ait Hamou qui travaillait il n’y pas très longtemps dans une société de construction de ponts ferroviaires pour la ligne de grande vitesse qui devait relier les villes de Porto et Vigo au nord ouest de l’Espagne et qui a dû mettre la clé sous le paillasson.

Face aux difficultés économiques et financières, le Portugal qui avait fortement misé sur la grande vitesse pour développer son économie et promouvoir ses exportations, a annoncé récemment l’abandon du projet de TGV dont l’achèvement était prévu initialement en 2013.

Dans un pays où le salaire minimum s’établit à environ 500 euros brut par mois et le chô mage ne cesse de grimper, Ait Hamou affirme craindre d’être confronté aux formes d’emploi précaire et aux périodes d’inactivité ou de chô mage, ajoutant que la situation est bien pire pour d’autres qui se sont vus contraints d’aller tenter leur chance dans d’autres pays européens à la recherche d’une vie meilleure.

Si certains craignent que la situation s’aggrave davantage cette année en raison du contexte morose et des perspectives économiques peu encourageantes, d’autres par contre tentent de s’adapter en attendant des jours meilleurs.
« La crise est palpable mais contrairement à d’autres, je m’estime chanceux puisque j’ai un travail fixe qui me permet de vivre convenablement, affirme pour sa part Abdelkrim. S, employé dans l’usine de production du sucre « RAR », dans la région de Porto.
« Même si la crise a pesé sur mes économies, je continue d’effectuer des transferts à l’intention de mes parents restés au Maroc », se réjouit toutefois ce quadragénaire, père de deux enfants, qui travaille dans cette usine depuis 2001, année de son arrivée au Portugal.

Les effets de la crise s’observent sur la majorité des actifs étrangers tous âge confondus. Les difficultés économiques et la perspective de lendemains peu radieux, ont exacerbé la position déjà vulnérable des travailleurs étrangers, les plus touchés étant ceux qui ont des niveaux d’instruction et de qualification faibles et travaillant dans des secteurs très sensibles à la conjoncture économique tels le bâtiment et le textile, a affirmé Hamou Amgoun, président de l’association des immigrés marocains « Assalam », basée à Porto.
« La crise a particulièrement affecté les Marocains qui ont des contrats provisoires et ceux travaillant dans des unités industrielles mises à genoux par les difficultés économiques ou celles qui ont dû licencier certains de leurs salariés’, a-t-il ajouté, notant que plusieurs familles marocaines bénéficient du programme de logement social, ce qui leur permet de faire face aux contrecoups de la crise.

Dans ce contexte peu favorable, l’inquiétude continue de monter d’autant plus que les perspectives économiques du pays sont peu encourageantes. Aujourd’hui, le pays où l’austérité a durement frappé le pouvoir d’achat des ménages, est promis à une récession de 3,3 pc du PIB et un chô mage rampant, qui devrait s’établir cette année à 14,5%

Le tour de vis budgétaire exigé par la troïka qui représente les créanciers du pays (UE-BCE-FMI), se traduit notamment par une hausse des impô ts et de la TVA, réductions d’emplois publics et baisse des prestations sociales, outre une ambitieuse réforme du marché du travail, prévoyant notamment un assouplissement des horaires et des procédures de licenciement, ainsi que la suppression de jours fériés et de jours de congé.

Ce régime sec reste une pilule amère à avaler pour les Portugais et en particulier les jeunes acculés à une émigration forcée. Pour échapper à la crise, au chô mage et à la précarité, nombreux sont les portugais qui optent de plus en plus pour l’émigration en quête de cieux plus cléments, un phénomène ancien et récurrent dans l’histoire du pays qui prend un nouveau relief au fur et à mesure que le pays s’enfonce dans la récession.

Alors que le nombre d’émigrés portugais a pris l’ascenseur l’année dernière (150.000), de plus en plus de travailleurs étrangers, corvéables à merci sur place, fuient à leur tour le chômage et la précarité d’autant que l’horizon ne semble pas s’éclaircir.

Après la Grèce, le Portugal est dans le viseur des marchés et le risque d’un deuxième plan d’aide est de plus en plus menaçant. La conjoncture défavorable a alimenté des craintes selon lesquelles le pays pourrait se voir contraint de demander soit une aide supplémentaire, soit un allongement des délais du plan d’aide soit, à l’instar de la Grèce, une restructuration de sa dette.

MAP _________

Pour vos courriers et vos publications : actumaroc@yahoo.fr

www.actu-maroc.com

actumaroc@yahoo.fr

 

 

 

 

 

Commentaires