LES NOUVEAUX RICHES

LES NOUVEAUX RICHES

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A quelques mois de l’indépendance de notre pays, j’ai eu le privilège d’effectuer un stage à la Marine Française et aussi de voyager en Europe, à travers des séjours entrecoupés. Ce qui m’a aidé à être au courant de l’actualité pour être parmi ces jeunes de l’époque informés sur la chose, aussi bien politique que sportive. En fervents patriotes, fils de familles nationalistes, nous souhaitions le retour d’exil de Mohamed V pour bientôt. Le Bon Dieu a exhaussé nos vœux. C’est ainsi que le 16 Novembre 1955, SM Le Roi Mohamed V fût un retour triomphal. Le 18 Novembre 1956, le Maroc libre de toute tutelle a célébré la Fête du Trône. Dans un climat de liesse populaire ardente et émouvante et au milieu d’un immense enthousiasme sans précédent, le Souverain a prononcé un important discours-programme où il disait :
« Notre peuple cher et fidèle,
«  En ce jour béni, Dieu nous comble de ses bienfaits en nous permettant, après une douloureuse séparation, de revenir dans notre chère Patrie  et au milieu de notre peuple. Ensemble, nous  avons été soumis à un épreuve qui, n’a fait qu’affermir notre foi en notre destin et rendre plus nette notre conscience de nos droits et de nos devoirs. »
« Nous nous réjouissons de pouvoir annoncer l’avènement d’une ère de liberté et d’indépendance. » Notre premier objectif est la constitution d’un gouvernement marocain responsable et représentatif, expression authentique de la volonté du peuple ; il aura à remplir trois missions à la fois :
-    La gestion des affaires politiques,
-    La création d’institutions démocratiques issues d’élections libres, fondées sur le principe de la séparation des pouvoirs, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle reconnaissant aux marocains de toutes confessions les droits du citoyen.
Nous prions Dieu de nous assister dans nos efforts pour maintenir l’unité de la nation, veiller sur ses intérêts et assurer son bonheur. »

 

Le Souverain qui s’adresse aujourd’hui à vous, fier d’avoir accompli son devoir envers la nation, se félicite des attitudes héroïques de son peuple qui a su déployer des efforts constants, mener une lutte continue et consentir des sacrifices pour la cause sacrée de la Patrie.

Au seuil de la deuxième année de cette ère nouvelle, il est de notre devoir de nous pencher sur l’année écoulée afin de dresser le bilan de l’œuvre accomplie. Une fois que nous aurons établi ce bilan, nous tracerons le programme pour les mois à venir, car il est nécessaire que l’édifice que nous construisons soit harmonieux  et repose sur des bases solides. »
Ce discours royal était pour notre génération le principal orienteur dans notre vécu quotidien  et dans nos activités et en a inspiré les authentiques patriotes parmi nous, durant toute leur vie.
C’est dans cette optique que je tiens à féliciter « Tel Quel » pour sa publication de ce grand dossier que nous espérons que les décideurs vont faire redresser le gouvernail à même de re-répondre à l’appel du Père de la Nation lancé à son retour, le 18 Novembre 1955.

Votre humble serviteur, à l’instar de tant de soldats dans l’ombre, parmi la génération de l’indépendance, ayant œuvré et travaillé durement au service de son  pays avec loyauté et dévouement depuis  le 5 Juin 1955 à nos jours, en fournissant quotidiennement plus de 12 heures de travail assidu et non-stop, n’arrive toujours pas, comme tant d’autres à avoir une propriété, alors qu’en témoin authentique de son temps, je constate l’émergence de « nouveaux riches », chaque décennie.
Il est urgent de transformer dans la réalité le slogan ayant prévalu dans les années 60 : « d’où as-tu  ça ?. C’est pour dire encore une fois que le dossier réalisé par l’hebdomadaire est venu à point nommé, à même de jeter relativement un regard sur l’application de ce slogan, vieux de 50 ans, de manière tacite, et auquel, en forme d’interrogation, on a jamais répondu. Personnellement, je ne prétends rien, et sans fausse modestie, si je dis que votre humble serviteur, restant loyal au cap tracé à l’aube de l’indépendance, attend toujours une réponse adéquate et  transparente à ce questionnement.
Un grand économiste anglais avait dit qu’on ne peut pas être immensément riche  si on s’acquitte convenablement de ses impôts, comme on ne peut pas être un citoyen honnête et au service de l’intérêt général si on n’honore pas ce devoir. Justement, c’est là où commence le disfonctionnement de la distribution des richesses. Concernant ce sujet, le regretté Défunt Souverain avait fait une allocution en disant :
«  Fidèles sujets,
Après avoir remercié Dieu de nous avoir comblés de sa grâce, nous devons agir en parfaite connaissance de nos droits  et de nos devoirs. »
« Que ceux qui parmi vous, sont avisés instruisent les ignorants. Que ceux qui écoutent notre discours en portent témoignage aux absents. Que chacun parmi vous se rende compte que l’ère de l’indépendance exige plus d’efforts et de sacrifices que celle du protectorat.

L’indépendance ne signifie nullement le règne de la licence et de l’anarchie, ni la prépondérance des intérêts particuliers. Elle ne signifie pas non plus l’insubordination et le refus de payer les impôts qui conditionnent la vie même de l’Etat et de ses activités dans tous les domaines. »
Coïncidence ou providence, quelques mois après le discours royal concernant la fiscalité, et alors que je me trouvais en Europe, un ami bien avisé m’informa  d’une anecdote qu’il avait lue dans le journal «  U. S. News » en Septembre 1956 qui rapporte ce qui suit : « On songerait en haut lieu à simplifier  à l’avenir le libellé des feuilles d’impôts et ne comprendront plus que quatre points :
1-    Combien avez-vous gagné ?
2-     Combien avez-vous dépensé ?
3-     Combien vous reste-t-il ?
4-     Faites nous parvenir cette somme  dans les plus brefs délais.
Ce qui à la perplexité, c’est ce parvenisme criard, devenu monnaie courante, ayant fait émerger cette caste de nouveaux riches qui exaspère jeunes et adultes sur fond d’un sentiment de frustration et de dol. Il faut dire que l’accaparement par certains de milliers d’hectares, en faisant d’eux de nouveaux féodaux sans que leurs familles le soient, est vraiment inconcevable. Car, à vrai dire, combien de temps faut-il pour un jeune, même ambitieux et grand travailleur, rien que pour pouvoir posséder  un appartement ?;
Alors que pour les personnes de troisième âge qui souhaitent avoir une seconde chance pour devenir propriétaire, il leur est aujourd’hui impossible de le prétendre à cette allure vertigineuse du prix du foncier qui est passé en l’espace de quelques années de 50.00 DHS le mètre carré à 50 000.00 DHS le mètre carré. La chose peut être à la rigueur avalée si au moins l’Etat fait des rentrées fiscales proportionnelles à cette hausse intolérable, ne serait-ce que pour contrecarrer la spéculation immobilière.

Said Sabbar

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