Les révélations de WikiLeaks embarrassent aussi la France

Les révélations de WikiLeaks embarrassent aussi la France

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L’Iran est «un État fasciste», Hugo Chavez un «fou»: autant de déclarations de la diplomatie française révélée dimanche grâce à WikiLeaks et qui pourraient bien embarrasser Paris. Le site a transmis plus de 250.000 documents diplomatiques américains confidentiels à cinq titres de la presse internationale. Si certains de ces mémos révèlent les positions défendues par Paris sur des sujets sensibles, d’autres, à l’inverse, montrent comment la France et son dirigeant sont perçus par Washington. La diplomatie française a toutefois refusé, lundi, de confirmer les propos attribués à certains de ses responsables.

Au premier rang des révélations gênantes pour la diplomatie américaine, dirigée par Hillary Clinton, une description peu tendre de Nicolas Sarkozy. Le président français est jugé «susceptible» et «autoritaire». C’est un «empereur nu» dont la diplomatie américaine souligne la dureté envers ses collaborateurs. L’Élysée a fait savoir lundi qu’elle ne «réagirait pas» sur le sujet.

La «farce» de Téhéran en réponse à Obama

Les Etats-Unis ne voient pas non plus d’un très bon œil le projet de vente de navires de guerre Mistral par Paris à la Russie. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates aurait expliqué à son homologue de l’époque Hervé Morin qu’une telle vente «enverrait un mauvais message à la Russie et à nos alliés en Europe centrale et orientale». Ces derniers «se méfient toujours beaucoup de la Russie et ne savent pas jusqu’où ils peuvent faire confiance à l’Occident», rappelait-il, soulignant «que la démocratie russe a disparu et que le gouvernement était une oligarchie dirigée par les services de sécurité».

En retour, la France se distingue par la fermeté de sa position sur l’Iran, qualifié «d’Etat fasciste» par Jean-David Lévitte, le conseiller diplomatique du président de la République. «Le régime iranien actuel est dans les faits un Etat fasciste et le temps est venu de décider des prochaines étapes», aurait-il déclaré lors d’une discussion avec le sous-secrétaire d’Etat américain Philip Gordon sur le durcissement des sanctions contre Téhéran, soupçonné de vouloir se doter de l’arme nucléaire.

Le conseiller de Nicolas Sarkozy a aussi affirmé que la réponse iranienne aux ouvertures du président américain Barack Obama était «une farce». Barack Obama avait essayé de tendre la main en mars 2009 aux autorités iraniennes dans un message aux dirigeants et au peuple iraniens. «Le régime iranien doit comprendre qu’il sera davantage menacé par les difficultés économiques et les désordres sociaux qui suivront que par une négociation avec les Occidentaux», déclarait Jean-David Lévitte, selon ce mémo américain.

La France «solidaire» de Washington

Autre commentaire mis en exergue par les journaux, la sortie assassine de Jean-David Lévitte sur Hugo Chavez. «Lévitte a fait observer que le président vénézuélien Hugo Chavez est ‘fou’ et a dit que même le Brésil ne pouvait plus le soutenir», indique un mémo résumant une discussion entre le conseiller français et Philip Gordon le 16 septembre 2009. «Malheureusement, Chavez prend l’un des pays les plus riches d’Amérique latine et il en fait un autre Zimbabwe», aurait encore dit le diplomate français selon le document publié par le Guardian.

«Nous ne confirmons aucun des propos attribués à des autorités et des diplomates français dans ces documents», a réagi le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Bernard Valero, au cours d’un point presse. «Nous déplorons vivement la divulgation délibérée et irresponsable par le site Wikileaks de correspondances diplomatiques américaines», a-t-il poursuivi, jugeant que la «divulgation de documents classifiés du Département d’État constitue une atteinte à la souveraineté des États et au secret de leur correspondance».

Face à la controverse provoquée par la publication de ces documents censés rester confidentiels, Paris a affiché lundi son soutien à Washington. «Nous sommes très solidaires de l’administration américaine», a déclaré François Baroin, le porte-parole du gouvernement, sur Europe 1, fustigeant «ce qui est une menace» contre «l’autorité et la souveraineté démocratique». Selon le ministre, s’il y avait un tel site en France qui révélait des secrets d’Etat, «il faudrait être intraitable», le «poursuivre». «Moi j’ai toujours pensé qu’une société transparente, c’était une société totalitaire», a ajouté le ministre. «La protection des Etats, c’est quelque chose de sérieux, c’est la protection des hommes, des femmes, des citoyens» qui est en jeu. Selon François Baroin, les autorités américaines avaient informé le gouvernement français de ces publications.

 

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