L’État islamique revendique les attentats meurtriers des mosquées au Yémen au lourd...

L’État islamique revendique les attentats meurtriers des mosquées au Yémen au lourd bilan : 142 morts

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Deux attentats suicides ont été perpétrés dans deux mosquées de la capitale Sanaa, contrôlées par les milices chiites houthis qui tiennent de la ville depuis septembre. Le bilan est très lourd.

Des attaques kamikazes menées quasiment au même moment dans deux mosquées du centre ville de la capitale Sanaa ont fait au moins 142 morts et 351 blessés, selon un bilan toujours provisoire. Pendant la prière hebdomadaire de midi, un kamikaze s’est fait exploser à la mosquée Badr, dans le sud de la capitale yéménite, suivi d’un autre à l’entrée de ce même lieu de culte au moment où les fidèles prenaient la fuite, selon des témoins. Un troisième kamikaze a attaqué une mosquée du nord de la capitale. Les attentats se sont produits quasiment au même moment. Les attaques ont été revendiquées par le groupe Etat islamique.

Ces deux mosquées sont contrôlées par les miliciens chiites Houthis, qui tiennent la ville depuis septembre. Soutenues par l’Iran et proches de l’ancien président Ali Abdallah Saleh, elles combattent son successeur Abd-Rabbou Mansour Hadi, qui a trouvé refuge à Aden, dans le Sud, après la prise de Sanaa. Parmi les morts figure un important responsable religieux de la milice, l’imam de la mosquée Badr, Al-Mourtada ben Zayd al-Muhatwa. Devant les mosquées, des corps gisaient dans des mares de sang, alors que les fidèles transportaient les blessés dans des pick-up vers les hôpitaux.

Un quatrième attentat suicide a eu lieu à Saada, bastion des Houthis dans le Nord, où un kamikaze s’est fait exploser devant une mosquée mais sans faire de victime, les forces de sécurité l’ayant empêché d’y pénétrer, selon une source proche de la milice. Au sud du pays, des coups de feu ont été tirés au canon antiaérien contre des avions qui survolaient le quartier présidentiel à Aden, la ville où le nouveau président a trouvé refuge. Selon des témoins, les avions visés volaient à très haute altitude.

Un milicien Houthi devant une voiture endommagée par l'attaque suicide, le 20 mars 2015 à Sanaa, capitale du Yémen.

Les attentats ont été «fermement condamnés» par le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon qui demande à tous les protagonistes de cette crise «de cesser immédiatement tout acte hostile et de faire preuve du maximum de retenue». Il demande aussi qu’ils «respectent leur engagement à résoudre leurs divergences pacifiquement», dans le cadre de la médiation entreprise par l’émissaire de l’ONU Jamel Benomar. La Maison Blanche a formulé les mêmes condamnations par la voix du porte-parole de l’exécutif américain, Josh Earnest.

Le Yémen s’enfonce davantage dans la crise attisée par la milice chiite des Houthis et les jihadistes sunnites d’Al-Qaïda, deux groupes hostiles au pouvoir du président Abd Rabbo Mansour Hadi. Les houthi ont achevé de s’emparer de Sanaa avec la prise le 20 janvier du palais présidentiel et le siège imposé aux résidences de M. Hadi et d’autres responsables yéménites. Le 6 février, elle a dissout le Parlement et installé un Conseil présidentiel. Cette mesure avait été qualifiée de «coup d’état» par Abd Rabbo Mansour Hadi qui avait ensuite réussi à fuir Sanaa vers Aden, la capitale du Sud.

Depuis l’insurrection populaire de 2011, dans le sillage du Printemps arabe, qui a poussé au départ le président Ali Abdallah Saleh, le pouvoir central a été marginalisé par les Houthis et Aqpa qui ont accru leur influence, tout en se livrant une guerre sans merci. Preuve de l’affaiblissement du pouvoir, Abd Rabbo Mansour Hadi, le président internationalement reconnu, a dû être évacué jeudi vers un «lieu sûr» après un raid aérien contre son palais présidentiel à Aden. Mais il «n’a pas quitté le pays», a déclaré une source de la présidence. Des affrontements avaient éclaté avant ce raid à Aden entre les unités d’un général rebelle, Abdel Hafez al-Sakkaf, et des membres des «comités populaires» (supplétifs de l’armée) fidèles à Abd Rabbo Mansour Hadi. Les troupes fidèles au président ont réussi à reprendre le contrôle de la ville. Après ces combats, celui-ci a dénoncé «l’échec d’une tentative d’un putsch».

Des enquêteurs inspectent le sol d'une mosquée de Sann dévastée le 20 mars 2015 par un attentat suicide.

Le général Sakkaf, dont les liens sont avérés avec les Houthis et l’ex-président Saleh, a fui Aden après les affrontements mais son convoi est tombé dans la nuit dans une embuscade sur la route menant à Sanaa, selon un responsable militaire. Il s’en est sorti indemne et quatre gardes du corps ont péri, a ajouté le responsable sans autre précision sur le lieu où se trouve désormais le général qui avait refusé un ordre de limogeage de Abd Rabbo Mansour Hadi. La situation était calme vendredi à Aden où les forces pro-Hadi ont renforcé leur contrôle, en multipliant les barrages routiers, selon des correspondants de l’AFP.

Le mouvement Ansaruallah, autre nom pour les Houthis, soupçonné d’avoir le soutien de l’Iran, avait déferlé en septembre 2014 à Sanaa, venant de son bastion Saada, puis étendu son influence vers l’ouest et le centre du pays. S’il a rencontré peu de résistance de la part des forces gouvernementales, il en est tout autre avec Aqpa qui a revendiqué depuis septembre de nombreux attentats contre les Houthis. Les espoirs suscités par l’ouverture d’un dialogue destiné à sortir le Yémen de la crise, parrainé par l’ONU, sont quasiment morts et les observateurs évoquent un sérieux risque de guerre civile.

Des blessés sont évacués de la mosquée après un attentat suicide, le 20 mars 2015 à Sanaa.

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