LETTRE A UN PRESIDENT QUI NOUS EST (SI) PROCHE.

LETTRE A UN PRESIDENT QUI NOUS EST (SI) PROCHE.

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Je ne suis ni Nostradamus ni Madame Soleil, ni l’astrologue des médias arabes Aloussi mais hélas, toutes les prévisions apocalyptiques avancées dans ces épitres du désespoir sont encore, à l’heure ou je rédige ces lignes, en train de se réaliser à la faveur d’une guerre interminable, cruelle, sanglante qui a embrasé et mis à feu et à sang un pays déchiqueté, anéanti.
Un véritable océan (au propre et au figuré) nous sépare de cet ex-leader improbable que l’histoire et ses concitoyens jugeront  comme il se doit; mais d’ores et déjà et par une sorte de prise de conscience collective, le verdict  le plus solennel de l’histoire et du peuple américain fut l’élection en 2009 du Président Obama  à la tête des USA.

Si donc un immense désert me sépare de l’auteur de la plus longue et de la plus sinistre des tempêtes, son peuple, lui, m’est au contraire très proche. En raison d’abord du passé commun : le Maroc a été le premier pays ayant reconnu l’indépendance de l’Amérique il y a un peu plus de deux siècles sur un plan purement intimiste et affectif puisque à la faveur d’un séjour dense et productif de près d’une décennie, j’ai vécu, pour ainsi dire et à ma manière, ce « American dream » qui est loin d’être un vain mot ou un simple  slogan propagandiste et ce, au gré d’évènements vécus ou carrément créés dans ce pays (principalement à Atlanta à la veille, pendant et après le centenaire des Jeux Olympiques de 1996). Cette tranche de ma vie outre-Atlantique constitue la période la plus enthousiaste et la plus productive de ma longue et modeste carrière de serviteur de mon pays et de ses institutions les plus sacrées.

Alors, aujourd’hui, s’agissant de l’Algérie qui nous est si proche et de son Président qui l’est tout autant, nous allons user du même procédé et ce, pendant tout le temps qu’il faudra jusqu’à ce que les promesses se réalisent, les rêves se concrétisent, la sagesse prévale et la raison triomphe pour le grand bonheur des deux peuples qui il y a peu encore, n’en faisaient qu’un.

L’EPITRE DE L’ESPERANCE.

Monsieur le Président,

Vous excuserez, j’en suis persuadé, la longueur de ce préambule, mais c’est pour mieux venir au fait que j’y ai eu recours et vous le comprenez aisément.

N’étant mandaté par personne hormis ma seule conscience et mon incommensurable amour pour le Maroc et l’Algérie, deux entités également miennes et auxquelles, d’une certaine manière, j’appartiens dans des proportions variables certes, mais intangibles, je ne renie rien ! C’est un facteur enrichissant que je revendique, assume et tiens à clamer haut et fort.                                                               Non  seulement je ne renie rien, mais j’en tire, non pas une quelconque vanité stérile, mais une saine fierté revigorante.

Ma démarche, au surplus, n’a rien de cavalier ou d’irrévérencieux, loin s’en faut, et c’est même l’exact reflet du respect et de la considération profonde que je vous voue. Etant de la même génération que vous, j’ai pour ainsi dire le privilège de tutoyer l’histoire immédiate de nos deux peuples.
En faisant la même rétrospective que celle évoquée dans votre message à mon Roi, j’éprouve les mêmes sentiments que vous : l’euphorie, l’enthousiasme, l’émotion mais aussi, hélas le dépit et les regrets. Pour tout ce temps perdu en des luttes intestines, stériles et avilissantes ; pour cette course…aux obstacles  et entraves préfabriquées qui handicapent lourdement et freinent l’essor, le développement, l’épanouissement de notre région dont le peuple n’a pas eu l’occasion de donner la mesure de toute sa vigueur, de tout son génie, de son talent, de ses potentialités…
Par une sorte de masochisme collectif et presque banalisé, nous agissons à contre courant de nos propres intérêts et franchement, plus ça va, moins ça va et puisque hélas ça continue, il faudra véritablement que ça cesse.

Au niveau marocain, je suis foncièrement persuadé que la plus haute Autorité de l’Etat a donné les preuves irréfragables de sa détermination à sauvegarder l’essentiel et à favoriser l’évènement d’une ère de concorde, de paix, de solidarité bilatérale.
La pomme de discorde réside dans cette propension des dirigeants du pays frère  à remettre en question notre intégrité territoriale, alors que mon pays, par la voix des défunts Mohammed V et Hassan II, avaient toujours refusé de parler frontières avec la puissance occupante, considérant à juste titre que, au nom de l’éthique et de la décence élémentaire, cette question ne sera débattue qu’avec les dirigeants d’une nation libérée. Au prix de sacrifices inouïs et d’une lutte héroïque à laquelle mes concitoyens et leurs Souverains ne furent pas étrangers.

Par une sorte d’ironie de l’histoire (elle est malicieuse, dame histoire et ce n’est pas à vous,  Monsieur le Président, que je rappellerai cette évidence) c’est sur ce point nodal qu’achoppent nos efforts de normalisation et notre volonté de mettre un terme à cette sempiternelle rengaine devenue marque de fabrique de nos rapports : je t’aime, moi non plus.

Alors, comme le crierait savoureusement un Oranais de mes connaissances quand il veut manifester son agacement  et sa volonté de changer les choses : Barka !, un Espagnol dirait : Basta ! Et un Français : Assez !
Aujourd’hui, au lendemain d’une offre  de paix  émanant de mon Roi et que la communauté internationale  considère comme crédible, courageuse, réaliste et pragmatique, aujourd’hui, nous, Marocains , considérons que la balle est désormais dans votre camp.

Vous êtes partie prenante ? Alors l’option «  autonomie élargie » pourrait être ce qu’il y a de mieux pour agir et vivre ensemble. Certains de vos concitoyens disent ne pas être concernés ? Qu’à cela ne tienne ! Je leur demande humblement d’être nos émissaires volontaristes auprès des « Hôtes du Tindouf » pour les convaincre de saisir cette opportunité  et donner ainsi toutes ses chances à la paix,  à l’union, à l’unification des efforts collectifs pour un meilleur futur de notre grand peuple. Il faudra à la partie d’en face faire preuve du même courage, de la même lucidité, de la même perspicacité pour ne pas insulter l’avenir. Et pour cela, il faudra à tous voir loin, voir large, penser à l’homme thème de toute entreprise et finalité de toute action.

Et je ne sache pas, Monsieur le Président, que quelqu’un autre que vous, puisse accomplir cette tache et mener à bien cette mission de conciliation et de réconciliation. Je ne crois guère à une quelconque action des tenants et aboutissants d’un panarabisme bien plus virtuel que réel et qui malheureusement s’apparente, au mythe légendaire de Sisyphe et a donné plus d’une fois la preuve de ses limites et de ses incohérences.

C’est donc à vous, Monsieur le Président, qu’échoit cette belle et exaltante mission. Vous êtes suffisamment fort et l’Algérie suffisamment apaisée pour vous offrir le luxe de mettre la barre de votre action au niveau le plus élevé, le plus noble aussi. Après avoir conduit votre pays vers ses objectifs prioritaires et fondamentaux,  vous êtes en mesure de viser, après ces objectifs, un but plus sublime, un idéal incontournable : la paix de nos deux peuples après la concorde domestique.

Monsieur le Président,

Veuille Dieu, le Tout Puissant vous guider dans la voie du succès que méritent vos efforts et réaliser tous les vœux que vous avez formulés dans votre récent message à mon Roi et à mes concitoyens des deux rives.

Post scriptum

Au lendemain de votre réélection en 2009 à la tête de la République Algérienne, un certain nombre de bonnes volontés sous la houlette de notre concitoyen Abdelrhni Bensaid, initiateur du projet et infatigable cheville ouvrière du processus de normalisation, ont créé un site ‘’ www.maroc-algerie.com ‘’ à travers lequel ils ont lancé un appel émouvant, pathétique et porteur d’espérance. Ce véritable manifeste des cœurs unis qui a sensibilisé et reçu l’aval et les encouragements de plus de vingt mille signataires parmi lesquels un grand nombre d’Algériens, est en fait le prélude à cette mobilisation citoyenne des deux bords pour la réouverture des frontières, la circulation des personnes et des biens et l’élévation des rapports algéro-marocains au niveau qui devrait inéluctablement être le leur.

 

Abdezahid Ben Ahmed

 

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