L’hymen, cet honneur à si vil prix

L’hymen, cet honneur à si vil prix

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Et de la même manière, l’affaire Amina Filali, cette jeune fille de Larache qui  a récemment mis fin à ses jours après avoir longtemps enduré les affres de son mariage avec son violeur, devenu son époux par la force de la loi… cette affaire, donc,  nous  interpelle et nous rappelle notre arriération chronique dans la relation de notre société aux femmes et à leurs corps. Pourquoi donc Amina a-t-elle été mariée à son violeur ? Parce qu’il est le seul à pouvoir accepter son « infamie » après qu’il l’ait lui-même violée et déflorée. Ainsi donc, et comme par enchantement – un enchantement douteux –, Amina, la fille violée devient une femme souillée, « dépravée », perverse, inapte à devenir l’épouse de tout autre homme que celui qui l’a violée. Son viol devient son calvaire, à elle. Brusquement, cette jeune victime se retrouve responsable du déshonneur de sa famille, et de tous les autres membres de la tribu.

Bien, maintenant tentons de dépasser nos hypocrisies, et regardons la réalité en face. Amina n’est pas un cas isolé, loin de là… et nous le savons tous.  Chacun de nous a entendu, au moins une fois, le cas d’une fille qui a été mariée à son violeur, ces épousailles étant la seule façon d’éviter le scandale du viol et l’opprobre publique qui lui est fatalement associée. Et dans la plupart des cas, la mère du « jeune marié » considère que « celle-là s’est foutue de son fils et qu’elle l’a pris dans ses filets, lui collant aux fesses… ». Ainsi donc, selon cette logique, le violeur devient la victime de sa victime, qui « s’est foutue de lui ». Et qui dit ça ? Une autre femme, qui s’instaure accusatrice de la fille violée pour la seule raison que le violeur est son fils.

Il me revient à l’esprit l’histoire de cette fille, que je n’oublierai jamais, qui a eu tant et tant à endurer de la part de sa propre mère. Cette fille avait été violée plus d’une fois, encore et encore, par un homme qui se trouvait être son père. Et lorsque la mère avait eu vent de la chose, elle avait dans un premier temps décidé d’attaquer son mari en justice, avant de se rétracter parce que… la fille était encore vierge. Le père sodomisait sa propre fille. L’hymen était donc intact et c’était le principal. Qu’un père sodomise ainsi sa fille de six ans, et plus d’une fois, devient une question de second ordre. Personne ne prête attention aux dégâts psychologiques de cette fille, à sa relation avec son père et avec son corps. Le plus important est cette petite membrane qui revêt alors, dans ces moments, plus d’importance que la femme elle-même. Une membrane qui vaut davantage que sa dignité, que son humanité, et que tous les sentiments bons ou mauvais qu’elle peut ressentir.

J’estime que de telles décisions, plus que maladroites, odieuses, prises par les proches des filles voilées sont encore plus abjectes que le viol en lui-même.

Nous demandons tous l’abrogation de cette loi qui permet au violeur d’épouser sa victime pour éviter la prison. Cette demande est aussi légitime qu’urgente ; mais nous avons besoin, aussi, d’une révolution des mentalités qui, au lieu de compatir à la situation des violées, les considèrent avec pitié car elles ont perdu « ce qu’elles ont de plus cher », qu’elles ont perdu ce qui fait d’elles des êtres à part entière… C’est cela la vraie catastrophe, c’est cela le vrai drame…  Arrivé à ce stade, j’ai comme une envie forcenée de demander l’ablation chirurgicale de cet hymen, au moment de la naissance, car ainsi, le viol sera enfin considéré pour ce qu’il est, hymen ou pas hymen, virginité ou non. Car ainsi on cessera de considérer que la violée a perdu du fait de son viol ce qu’elle détient de plus cher en elle. Car ainsi, enfin, on oubliera de penser à ce que nous estimons être le plus important (la défloration) et nous regarderons en face ce qu’aujourd’hui, nous considérons être secondaire, le viol en lui-même.

Et puis, au-delà, quand donc pourrons-nous dépasser cette hypocrisie de l’hymen. Lors d’une étude de terrain sur les relations sexuelles avant le mariage, j’ai interrogé nombre de jeunes. Et à ceux qui ont dit qu’ils avaient déjà eu ces relations, j’ai demandé si c’était avec des prostituées ou avec leurs amies. Dans la plupart des cas où ces relations unissaient des couples de jeunes, la fille gardait sa « virginité ». Et dans plusieurs autres cas, les jeunes hommes questionnés ont reconnu ne pas pouvoir épouser une fille non vierge. Bien entendu, aucun de ces jeunes ne s’est jamais demandé si sa future épouse, vierge, était la même que celles qu’ils avaient connues et qui était, aussi, vierges ; un de ces jeunes m’a dit : « Qu’elle fasse ce qu’elle veut, pour peu que je n’en sache rien ». Un autre jeune m’a révélé que le plus important à ses yeux, c’est que sa future épouse prenne bien garde à ne pas toucher « à cet endroit ». Qu’elle puisse, un jour, penser à un autre homme qu’elle a connu dans la passé importe peu ; comme il importe peu qu’un autre homme, avant le mari, l’ait « embrassée » et « visitée » ailleurs qu’à « cet endroit « . Le plus important, donc, ce qui compte, ce qui prime, c’est cette membrane magique, merveilleuse, dont la présence cache ces pratiques éventuelles passées que le mari ne saurait ni voir ni admettre.

Posons-nous un instant avec nous-mêmes et méditons : qu’une fille garde sa virginité ne veut absolument rien dire. Qu’une autre fille l’ait perdu et cela ne signifie pas davantage. L’honneur et la vertu ont infiniment plus de valeur qu’un hymen auquel la science a pu trouver une parade en mettant au point un produit dont la valeur varie entre 120 et 8.000 DH, en fonction de sa durée de vie. L’amour, la loyauté, les valeurs et la vertu, et toutes les autres nobles valeurs, ont plus d’importance que cet hymen pour lequel Amina est morte et à cause duquel mourront d’autres Amina.

 

 

par Sanaa El Aji- Assabah  ________________

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