Liste Magnitski: Moscou riposte à une loi « dangereuse » des Etats-Unis

Liste Magnitski: Moscou riposte à une loi « dangereuse » des Etats-Unis

246
0
PARTAGER

Il s’agit d’une « ingérence ouverte dans nos affaires intérieures, et c’est une position aveugle et dangereuse », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.

« Nous regrettons que l’administration américaine, qui se dit être fidèle au développement de liens bilatéraux stables et constructifs, n’ait pas pu défendre cette position devant ceux qui regardent vers le passé et considèrent notre pays non pas comme un partenaire, mais comme un ennemi, conformément aux traditions de la Guerre froide », a-t-il indiqué.

Moscou a par ailleurs dénoncé un « jeu politique » des Etats-Unis, en qualifiant de « cynique » l’entérinement simultané par Barack Obama des sanctions visant des fonctionnaires russes et l’annulation de l’amendement Jackson-Vanik, imposant depuis 1974 des restrictions commerciales à l’encontre de la Russie.

Pour sa part, l’avocat de la mère de Sergueï Magnitski a salué la promulgation de ces sanctions. « C’est une décision juste. La loi n’est pas dirigée contre la Russie, mais contre des personnes concrètes impliquées dans la mort de Magnitski », a déclaré à l’AFP l’avocat Nikolaï Gorokhov, l’avocat de Natalia Magnitskaïa, la mère du juriste.

Selon cette nouvelle loi américaine, appelée la « liste Magnitski », les individus impliqués dans le décès de Sergueï Magnitski, ainsi que toute personne responsable de graves violations des droits de l’homme en Russie, se verront refuser des visas pour entrer aux Etats-Unis, et leurs avoirs pourraient y être gelés.

Adoptée la semaine dernière par le Congrès américain, cette loi a déjà suscité une vive indignation des autorités russes.

La Douma russe (chambre basse du parlement) a ainsi approuvé vendredi en première lecture des mesures de rétorsion à l’encontre de citoyens américains, avant même que la « liste Magnitski » soit promulguée par M. Obama.

Le projet de loi, voté par 431 voix pour et deux contre, prévoit notamment d’interdire l’entrée en Russie à des Américains ayant commis ou participé à un crime ou un délit à l’encontre de ressortissants russes se trouvant à l’étranger.

L’interdiction d’entrée concerne également des Américains ayant participé à l’emprisonnement illégal de citoyens russes ou ayant pris des décisions juridiques illégitimes à leur encontre.

Il est aussi prévu de geler leurs actifs et leurs activités en Russie.

Le texte adopté vendredi propose une entrée en vigueur de la loi dès le 1er janvier 2013.

La liste des personnes concernées n’a pas encore été révélée mais les députés ont indiqué qu’elle allait concerner surtout les personnes ayant commis des abus à l’encontre d’enfants russes adoptés aux Etats-Unis.

« Il y a eu une augmentation des cas, où des citoyens russes, se trouvant hors de Russie, ont dû faire face à des actions illégales. C’est particulièrement difficile à ignorer lorsqu’il s’agit d’enfants », a déclaré un député du parti au pouvoir Russie Unie, Vladimir Pliguine.

La législation est d’ailleurs déjà nommée, de manière officieuse dans les médias et par des députés, « le projet de loi Dima Iakovlev », du nom d’un petit garçon russe de deux ans, décédé en 2008 après que son père adoptif américain l’a oublié dans une voiture en plein été.

Le père avait été acquitté par un tribunal de Virginie, un jugement qui avait déclenché le courroux de Moscou.

Durant les débats à la Douma, les députés russes n’ont pas hésité à user d’une rhétorique digne de la Guerre Froide.

« Tout le monde comprend que l’époque où nous jouions le jeu des Etats-Unis est révolue », a ainsi déclaré le député communiste Pavel Dorokhine.

Le juriste Sergueï Magnitski avait été arrêté en 2008 après avoir accusé des fonctionnaires du ministère russe de l’Intérieur d’avoir organisé une gigantesque fraude de 5,4 milliards de roubles (130 millions d’euros) via des remboursements d’impôts.

Il est mort en détention à 37 ans, battu par des gardiens de prison et privé de soins.

Jeudi, le président russe, Vladimir Poutine, a qualifié d' »acte inamical » l’adoption à Washington de la « liste Magnitski », annonçant que la Russie devait y « réagir de manière appropriée ».


AFP

 

AFP/ actu-maroc.com

 

Commentaires