L’Italie face à ses tiraillements internes

L’Italie face à ses tiraillements internes

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Par Amina Benlahsen

Si les attaques dirigées contre Berlusconi de la part d’une opposition fatalement montée contre lui ne sont pas pour étonner, les critiques qu’il a essuyées de la part de milieux lui vouant généralement de la sympathie sont certainement une source d’interrogation.

Il en est ainsi de l’Eglise italienne, dont le chef, le cardinal Angelo Bagnasco, a réclamé « sobriété, discipline et honneur » à toutes les personnes ayant « un mandat politique », allusion au chef du gouvernement dans le viseur de la justice dans une affaire touchant à sa vie privée.

Même son de cloche au Vatican dont le numéro deux, le cardinal Tarcisio Bertone, a invité « ceux qui ont une responsabilité publique dans les domaines administratif, politique et judiciaire, à s’efforcer de faire preuve d’une moralité plus affirmée, d’un sens de la justice et de la légalité ».

Ces déclarations, même faites sur un ton mesuré, ont leur poids sachant que l’électorat catholique avait massivement voté pour Berlusconi aux législatives de 2008.

Une autre critique, et non des moindres, est venue de la « patronne des patrons » italiens, Emma Marcegaglia, qui a dénoncé « un gouvernement complètement paralysé depuis six mois ».

« Quand je suis à l’étranger, je dis toujours qu’il existe une autre Italie, qui se couche tôt et se lève tôt pour aller travailler », a déclaré la présidente de la toute puissante Confidustria, une dame très écoutée dans la péninsule.

Les démêlées de Berlusconi avec la justice ne sont pas pour calmer les ardeurs des différents protagonistes, le chef du gouvernement étant dans le collimateur des juges de Milan (nord) qui entendent, outre la relance d’anciens procès, le juger pour prostitution de mineure et abus de fonctions.

Les sondages se sont, bien entendu, ressentis de cette salve de critiques et tous ces développements puisque près d’un Italien sur deux pensait, il y a quelques jours, que le chef du gouvernement devrait démissionner.

49 pc des 800 personnes interrogées par le quotidien « Corriere della Sera » estiment, en effet, que le président du conseil doit partir, contre 45 pc qui sont d’un avis inverse.

De démission, le chef de gouvernement italien, 74 ans, ne veut cependant pas entendre parler, en dénonçant le procès politique intenté contre sa personne sous des subterfuges ne touchant en rien à la gestion des affaires du pays.

« Il n’y a eu aucun abus de fonction, ni incitation à la prostitution encore moins de mineure », se défend Berlusconi en décriant « une attaque très grave des magistrats qui ont piétiné les lois à des fins politiques ».

« Je ne m’enfuis pas et je ne démissionne pas « , a déclaré Berlusconi dans un appel téléphonique diffusé lors d’un meeting de sa formation politique, le Parti du Peuple de la liberté (PDL).

« Je me défends et je réagis à ce qui est clairement une tentative de renverser la volonté des électeurs », a-t-il soutenu en soulignant « n’avoir aucun motif d’avoir honte de quoi que ce soit »,

« Le gouvernement va poursuivre ses travaux et le Parlement va procéder aux réformes nécessaires pour garantir qu’un magistrat ne puisse tenter de détruire de façon illégitime quelqu’un qui a été élu par les citoyens », a-t-il affirmé.

Pris à parti par certains médias, Berlusconi n’a eu de cesse également de démentir les faits qui lui sont reprochés en intervenant parfois, lui-même, sur antenne pour dénoncer le dénigrement dont il est l’objet.

Dans son combat contre ses détracteurs, le chef du gouvernement italien bénéficie du soutien inconditionnel de son allié de la Ligue du nord, Umberto Bossi.

Sa position a été cependant affaiblie par la rupture avec Gianfranco Fini, le président de la chambre des députés, qui dans sa scission, a été suivi par une quarantaine de parlementaires avec qui il a créé le mouvement « Futur et liberté pour l’Italie » (FLI).

Conséquence de cette dissidence, la coalition gouvernementale dispose désormais d’une majorité fragile au sein de la chambre des députés où elle n’a remporté un vote de confiance en décembre qu’au prix du ralliement de trois députés du camp adverse.

Cette érosion s’est poursuivie suite à la perte par le chef du gouvernement de son immunité automatique après que la Cour constitutionnelle ait décrété, il y a quelques jours, que c’était, désormais, au cas par cas que l’excuse dite de « l’empêchement légitime » sera examinée.

79 pc des Italiens en sont ainsi venus à estimer, selon un sondage d’opinion Ipsos, que Berlusconi devrait s’expliquer devant la justice et 54 pc pensent qu’il n’est pas persécuté par les juges.

Paradoxalement, 50 pc des personnes interrogées estiment que l’enquête judiciaire menée à l’encontre de Berlusconi ne fragilisera ni ce dernier ni le gouvernement et 42 pc pensent qu’il ira au bout de son mandat qui s’achève en 2013.

C’est d’autant plus plausible, relèvent les analystes, que l’opposition au chef du gouvernement reste désunie entre une gauche fragmentée et une alliance de centristes pilotée par trois chefs rivaux entre eux.

Vers quel côté penchera la balance ? Les prochains jours permettront certainement de le dire surtout qu’à un certain moment, Berlusconi s’était, lui-même, fixé fin janvier pour décider en compagnie de son allié, Umberto Bossi, de l’opportunité ou non d’envisager des élections législatives anticipées.

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