Manifs à répétition : Crise de bon sens

Manifs à répétition : Crise de bon sens

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Après les manifestations du 20 février qui ont, c’est un fait, directement contribué à l’accélération de la cadence des réformes, suivies de sit-in ici et là, un évènement de taille s’est produit, historique par sa portée et fondateur par sa teneur: le Discours royal du 9 mars qui a annoncé une révision profonde de la Constitution selon une approche d’écoute, de concertation la plus large et de créativité. L’action concrète de mise en oeuvre a tout de suite suivi et la Commission Consultative de révision de la Constitution a commencé à recueillir les conceptions des uns et des autres, appelés par ailleurs à s’impliquer en permanence dans cette réforme structurelle, du début jusqu’à la fin. Un mécanisme politique a été également mis en place pour assurer le suivi, la concertation et l’échange de points de vue sur ce grand chantier où le premier et le dernier mot reviendra au peuple marocain à travers un référendum populaire libre et régulier.

L’approche est on ne peut plus transparente et démocratique parce que fondée sur le partenariat, privilégiant l’implication de tous et bannissant toute logique d’affrontement. En elle-même, cette approche est un appel à la raison. A-t-il été suffisamment entendu ? Pas par tout le monde, nous est-il donné de constater. A la limite, les marches du 20 mars peuvent trouver leur justification dans la volonté des marcheurs de confirmer la teneur des revendications déjà mises en avant le 20 février et de rappeler que ces dernières ne se limitaient pas à la seule réforme constitutionnelle mais portent sur d’autres champs, même si plusieurs de ces revendications trouveront leur réponse à travers la révision constitutionnelle elle-même.

Cette dernière ambitionne justement de consacrer, entre autres, la consolidation de l’Etat de droit et des institutions, l’élargissement du champ des libertés individuelles et collectives, le renforcement du système des droits de l’Homme dans leurs multiples dimensions, l’élévation de la Justice au rang de pouvoir indépendant, le renforcement du statut du Premier ministre, la consolidation du principe de séparation et d’équilibre des pouvoirs, le renforcement des mécanismes de moralisation de la vie publique tout en liant l’exercice de l’autorité et de toute responsabilité ou mandat publics aux impératifs de contrôle et de reddition des comptes. En plus du fait qu’avec l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution, les institutions qui en seront issues seront systématiquement mises en place.

Continuer à investir la rue, malgré tout, n’est pas forcément une bonne idée dans le contexte présent. La dynamique en cours a, au contraire, besoin d’une forte dose de confiance, ingrédient essentiel pour l’émergence du projet de société auquel aspirent les Marocains, les jeunes en tête. Si la vigilance est requise, la suspicion gratuite et les préjugés sont l’ennemi du progrès parce qu’ils risquent de conduire à des situations ingérables et, par conséquent, tuer le bébé dans l’oeuf.

Sur le plan corporatif et professionnel, quand bien même les manifestations et sit-in -phénomène assez habituel chez nous- sont parfois nécessaires pour attirer l’attention sur des situations particulières, ils peuvent aussi être très pénalisants pour le pays comme pour la population. Aussi justes et justifiées soient-elles, les sorties à répétition dans la rue, à n’importe quelle heure et n’importe où, parfois pour un oui ou pour un non, prennent désormais une dimension nouvelle, handicapante pour les affaires comme pour les besoins sociaux des citoyens: Des enseignants en rupture de ban et des élèves privés de cours, des malades privés de soins, des administrés perdus dans les labyrinthes d’administrations désertées par leurs fonctionnaires occupés à battre le pavé quelque part, etc. Si revendiquer est un acte tout à fait légitime, il ne faut pas non plus perdre le sens du devoir, surtout quand les pouvoirs publics font preuve de bonne foi et de réactivité conséquente à chaque fois que les circonstances le permettent.                   

Pour la première catégorie comme pour la seconde, l’amour du pays requiert la construction sereine de l’avenir, loin des surenchères et surtout loin du mimétisme. Chaque peuple a ses propres réalités, donc ses propres motivations. Au Maroc, nous avons parcouru un important chemin en matière de réformes, de modernisation des structures de l’Etat, d’attention à l’égard des différentes catégories sociales, de développement… et nous sommes appelés à continuer sur cette voie. Nous sommes donc dans notre logique à nous. Nos expériences, nos luttes, nos acquis cumulés et notre évolution nous apprennent que tout projet d’envergure ne peut aboutir que dans le cadre de la préservation des valeurs nationales unificatrices et stabilisatrices, dans l’entente et loin des nuisances. Il ne nous est pas demandé de tout effacer et de recommencer à zéro. Ce serait pure folie suicidaire. Ce qui nous est demandé aujourd’hui, c’est de démontrer que nous sommes un peuple mature qui réalise ses ambitions dans l’assurance et loin de tout aventurisme.

Feu Hassan II disait qu’«user de patience et de modération est le seul art politique». Il avait mille fois raison.

Jamal HAJJAM _________________

 

 

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