Manuel Valls au Maroc pour redynamiser la relation France-Maroc

Manuel Valls au Maroc pour redynamiser la relation France-Maroc

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« Relancer », « redémarrer », « réenclencher » la « machine bilatérale », ces mots revenaient comme un leitmotiv dans la bouche de ce conseiller du Premier ministre français pour définir les objectifs du déplacement demain de Manuel Valls au Maroc.

Manuel Valls, dont c’est le 3è déplacement au royaume depuis 2012, « entretient une relation forte avec le Maroc. Un pays qu’il apprécie. Cette visite s’inscrit dans le cadre d’un retour à la normale dans notre partenariat d’exception avec le Maroc », nous précise ce conseiller du Premier ministre.

Pour Matignon, « Il s’agira de faire le point sur la relation bilatérale dans tous les domaines. Il y a vraiment une volonté française et une volonté franco-marocaine de faire redémarrer notre coopération bilatérale. Et la visite du Premier ministre est en quelque sorte le point d’orgue de cette séquence de retour à la normale ».

Une année durant, Rabat et Paris ont vécu au rythme d’une crise inédite. La brouille a pris fin lors d’une rencontre au sommet, le 9 février dernier à l’Elysée, entre le roi Mohammed VI et le président François Hollande.

« Après la rencontre du roi Mohammed VI avec le président, il a été décidé de réenclencher la normalisation de la relation bilatérale entre deux pays partenaires que tant de choses relient. La visite du Premier ministre s’inscrit dans cette séquence de redémarrage et de remise en vitesse de croisière de la relation bilatérale », estime ce conseiller de Manuel Valls.

« La relation France-Maroc a été altérée par un certain nombre d’affaires judiciaires qui ont conduit à une crise entre la France et le Maroc », reconnaît-il, avant de rappeler que cette crise a été déclenchée en février 2014 après le débarquement de sept policiers à la résidence de l’ambassadeur du Maroc en France pour remettre une convocation d’un juge au patron de la DGST, Abdellatif Hammouchi, pour des allégations de torture. D’où la décision d’amender et de réviser la convention d’entraide judicaire en matière pénale entre la France et le Maroc.

Pour éviter de tels couacs à l’avenir, les deux gouvernements marocain et français ont décidé fin janvier de réviser la convention d’entraide judiciaire en matière pénale entre les deux pays et de créer un « mécanisme de coopération et d’information judiciaire renforcé » entre Rabat et Paris.

Selon ce conseiller, la situation était devenue «pénalisante ». « Les autorités des deux pays ont décidé de faire repartir leurs relations sur des bases nouvelles. La volonté politique a débloqué la situation. La rencontre entre le roi et le président a été suivie de toute une série de prise de contacts au niveau ministériel », nous précise-t-il.

Pour Matignon, le Premier ministre, qui « tenait à se rendre au Maroc », « avait d’ailleurs annoncé le principe de sa visite lors de la fête du Trône en juillet 2014 ». « Il va donc au Maroc pour faire redémarrer avec nos interlocuteurs marocains le moteur de la relation bilatérale, préparer la réunion de haut niveau qui se tiendra à Paris d’ici l’été et tracer les perspectives d’avenir ».

Cette visite « à finalité politique » est destinée « à réenclencher l’ensemble des outils de la coopération bilatérale entre la France et le Maroc », notamment la coopération sécuritaire et judiciaire qui a été suspendue par le Maroc durant la crise qui a sévi entre les deux pays.

Pour Matignon, « le contexte créé par les attentats de Paris a incontestablement joué » dans le dénouement de cette brouille. « Nous avons besoin de notre partenaire marocain. Les risques terroristes sont tels que nous avons besoin d’une coordination extrêmement forte et d’un fonctionnement absolument normal de la coopération sécuritaire et judiciaire. Le Premier ministre évoquera d’ailleurs cette coopération lors de ces entretiens à Rabat».

Estimant que la visite en février dernier de Bernard Cazeneuve au Maroc avait permis de relancer la coopération entre services, Matignon précise que depuis fin février des rencontres au niveau des hauts fonctionnaires se sont tenues pour « s’échanger à nouveau des informations, partager les expertises et coopérer sur les plans technique et opérationnel ». « Il est clair que sur le plan politique, il y a une volonté de part et d’autre de reprendre au niveau antérieur les relations entre les deux pays », répète-t-on à Matignon.

Au menu de cette visite du Premier ministre, une audience avec le roi Mohammed VI durant laquelle il serait notamment question de la situation dans la région du Maghreb, au Sahel et au Mali, des entretiens avec son homologue Abdelilah Benkirane, qui seront suivis d’une déclaration à la presse, d’une intervention sur le plateau de la chaîne marocaine 2M et d’un dîner avant de s’envoler pour Lisbonne.

Outre ses questions, la formation des imams sera également évoquée. Un sujet de brûlante actualité qui rentre dans la stratégie française de lutte contre les phénomènes de radicalisation. « La France et le Maroc peuvent coopérer » dans ce domaine à travers l’Institut de formation des imams, inauguré le 27 mars à Rabat par le roi Mohammed VI, qui va accueillir une cinquantaine d’imams français.

« Le roi Mohammed VI, qui est commandeur des croyants, a une vision de l’islam qui est celle du juste milieu. Il y a des terrains sur lesquels la France et le Maroc peuvent coopérer pour que l’islam du juste milieu qui prévaut au Maroc coïncide avec l’islam qu’on veut promouvoir en France », indique-t-on à Matignon.

Durant ce déplacement de quelques heures, le chef du gouvernement français doit se rendre au mausolée Mohammed V pour se recueillir sur les tombes des souverains défunts Mohammed V et Hassan II.

Cette visite intervient après celles des ministre de l’Intérieur et des Affaires étrangères et à la veille du déplacement du ministre des Finances, Michel Sapin, le 12 avril.

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