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Elle s’appelait Paquita Gordero et avait choisi le Maroc comme seconde patrie pour se retrouver à la tête du secrétariat du défunt roi Hassan 2 après qu’elle ait fait d’abord ses preuves au collège royal.

Le fait qu’elle parle aussi bien l’espagnol que le français avait été déterminant dans sa carrière. Mais pas seulement, car cette femme au parcours exceptionnel savait avant tout rester muette comme une tombe et garder les secrets du roi. Dans la seule interview accordée à un journal marocain, Tel Quel, elle avait malicieusement affirmé que les murs du palais royal ont des oreilles et qu’il fallait s’y méfier y compris de son ombre, car tout est vite rapporté et tout se sait dans cette enceinte.

Communiste convaincue et repentie, elle avait quitter son pays pour fuir le franquisme et avait choisi le Maroc, un pays qu’elle connaissait à peine et où elle vivra plus de 70 ans en célibataire, avec peu d’amis, en raison de sa fonction, menant une vie austère, seule, loin des mondanités et des fêtes, avec le culte du secret. Hassan 2 appréciait beaucoup son franc-parler et ses avis, son français trop parfait pour une espagnole, et sa discrétion légendaire. Très touchée par sa mort comme si elle avait perdu une part d’elle-même, Paquita avait décidé de quitter le palais royal au lendemain de son décès pour laisser la place à une autre génération au moment où se tournait une page de l’histoire du Maroc et de sa propre histoire à elle. Elle est morte , emportant avec elle, ses secrets bien gardés dans sa tombe. Elle a été enterrée au Maroc, comme elle l’avait souhaité.

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