Mosquée de Ground Zero : la position risquée de Barack Obama

Mosquée de Ground Zero : la position risquée de Barack Obama

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L’ancien juge H. Lee Sarokin résume la situation dans le Huffington Post. « Notre président parle d’une des valeurs les plus chéries par ce pays [la liberté religieuse], et les républicains se frottent les mains en se demandant comment utiliser cette déclaration en vue des élections sous les yeux inquiets des démocrates ».

Lors d’un repas de rupture du jeûne de ramadan à la Maison Blanche, vendredi, M. Obama a rappelé l’importance de la liberté religieuse, et le droit des musulmans d’avoir des lieux de culte. Mais le président a rapidement nuancé ses propos en indiquant qu’il ne portait pas de jugement sur la « sagesse » de construire une mosquée à cet endroit, mais qu’il rappelait simplement le droit des musulmans d’avoir des lieux de culte.

CANDIDATS DÉMOCRATES ANXIEUX

La presse américaine a vu dans cette seconde déclaration un manque de constance préjudiciable pour la majorité démocrate. Le site Politico estime que si les deux déclarations sont cohérentes, elles envoient des « signaux différents », permettant de se demander si Barack Obama « a bien réfléchi à son intervention dans le débat ».

Le Washington Post évoque « l’anxiété » de certains candidats démocrates aux élections de mi-mandat dans des districts difficiles. « Obama a raison sur le fond, mais a politiquement tort. Or nous devons nous concentrer sur le politique », explique un démocrate cité par le quotidien.

Les sondages confirment effectivement les craintes des démocrates. Selon une étude de CNN reprise par le Washington Post, 68 % des Américains sont contre la construction de cette mosquée. Un pourcentage qui monte à 70 % chez les électeurs indépendants, ceux-là même qui avaient massivement soutenu le candidat Obama lors de sa conquête de la Maison Blanche.

UN « DÉBAT D’AOÛT » ÉPHÉMÈRE ?

Ces débats sont pain bénit pour les républicains qui, selon le New York Times, agitent le chiffon rouge du danger de l’islam à des fins purement stratégiques. « Les droits des musulmans seront mis en gage tant que les républicains verront un intérêt politique à contraindre les démocrates à les défendre. »

Conséquence, « les candidats démocrates prennent soin de prendre leurs distances avec les positions de Barack Obama », décrypte Politico. Certains, comme le leader de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, ont pris clairement position contre le projet, estimant que la future mosquée devrait « être construite ailleurs », tout en réaffirmant le principe de la liberté religieuse. Les seuls candidats démocrates qui soutiennent ouvertement le projet sont bien souvent élus dans des districts acquis à leur parti de longue date.

Si le Huffington Post déplore que les deux partis se comportent comme des « gamins égoïstes » pensant « qu’être élu ou réélu est plus important » que « s’occuper du pays », la controverse pourrait bien ne pas passer le cap de la rentrée. C’est en tout cas ce qu’espère un membre du Parti démocrate cité par le Washington Post : « Les ‘débats d’août’ sont une vieille tradition. On met en avant des sujets qui paraissent centraux au plein cœur de l’été, mais qui ne le seront plus en octobre, surtout quand les électeurs auront bien plus important à penser. » Un récent sondage Pew indique que si 19 % des Américains suivent attentivement le débat sur la mosquée, ils sont 39 % à le faire sur la situation économique de leur pays.

LEMONDE.FR

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